A. Vandal : Une ambassade française en Orient
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le P. Cachaud, qui se rendit à Rodosto pour lui porteries secours de la religion, ce qu'il fit, plus tard, maintes fois, pour d'autres exilés. Dans son testament, Bercsényi stipulait d'assez nombreux dons ; il fit remettre trois mille piastres à l'église Saint-Benoît où reposait déjà sa femme, la comtesse, née Cséky ^ .
Par la mort de Bercsényi, le prince Rékôczi perdait le plus fidèle ami, un confident et un conseiller de tous les instants, un partisan que rien n'avait pu ébrsmier ; il lui fit ériger un monument dont on lui attribue l'inscription funéraire.
Une lueur d'espoir vint, un instant, éclairer la morne solitude de Rékôczi ; le prince George, son second fils, celui qui était né le 8 août 1701, à Vienne, pendant sa captivité à Wiener-Neustadt, et qu'il n'avait pas vu jusqu'alors, avait pu enfin s'échapper de Vienne.
Élevé, avec son frère aîné, le prince Joseph, par les soins de la cour d'Autriche, ces enfants,
1. Cet argent était destiné à la célébration de messes solenneUes aux jours anniversaires de la mort du comte et de la comtesse Bercsényi, plus trois cents messes basses, au cours de Tannée. Avec le surplus des intérêts, on devait envoyer, chaque année, cent piastres à leur ûlle, Elisabeth-Sophie, religieuse dans un couvent de Glarisses, à Presbourg; quand elle serait morte, cet argent devait être distribué aux forçats du bagne de Constantinople, {et ai ibidem fuerint Hungari : habeatur eorum specialis ratio).
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orphelins dont les parents étaient en vie, eurent un sort qui rappelle la mélancolique destinée du duc de Reichstadt. Pour leur enlever jusqu'au souvenir de leur nom^ on leur donna, à Tainé, le titre de marquis de San-Marco, au cadet, celui de marquis délia Santa Elisabetta, et à tous deux, on fit don de domaines, en Sicile. Le prince George alla en prendre possession, mais dut retourner à Vienne ; ce fut en 1726 seulement qu'il lui fut possible de quitter TAutriche; il arriva le IB juin 1727 à Rodosto.
Le prince Ràkôczi, heureux de voir enfin son fils, fit tous ses efforts pour le retenir, il organisa des parties de chasse, des excursions aux environs, mais le jeune prince, qui ne comprenait pas le hongrois, goûtait peu les distractions qu'on lui offrait. Malgré toute la bonne volonté des exilés, malgré toute la sympathie qu'ils témoignaient au fils de leur chef, le séjour, parmi eux, était triste, austère même, pour ce jeune homme qui ne pouvait comprendre ni partager leurs sentiments ; la Hongrie lui était inconnue et les traditions ancestrales étaient pour lui lettre close.
Son père lui donna le titre de comte de Makovicz et le laissa, avec d'infinis regrets, quitter
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Rodosto. Mikes qui Texcuse de ne pas se plaire en Turquie, écrit : « Des larmes furent versées au moment de son départ, et nous lui avons souhaité de revoir sa patrie. »
Le jeune prince se rendit en France, où il prit du service dans Tarmée française; il épousa la marquise de Béthune et vécut sous le nom de comte de Kelislak. En 1742, sur Tinvitation du sultan, il se rendit à Gonstantinople, mais il ne put rien faire pour contribuer à un soulèvement en Hongrie ; il revint à Paris et, étant devenu veuf, épousa Marguerite-Suzanne de Bois-l'Isle. Il mourut, le 21 juin 1756, à la Ghapelle-Saint-Denis.
Ràkôczi pensait que la Hongrie avait accepté la domination autrichienne et s'était peu à peu détachée de lui, cette pensée explique la démarche qu'il fit faire en septembre 1729. Il chargea le baron Vigouroux, qui avait toute sa confiance et qui connaissait ses sentiments les plus intimes, de porter une lettre à Auguste II, roi de Pologne.
Il faisait demander, par son intermédiaire, que l'empereur autorisât son fils à se rendre en Pologne où il le suivrait. Il ne revendiquait pour
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lui-même que le titre de prince de Transylvanie, mais il ne voulait pas jurer fidélité. Pour son fils atné Joseph, il demandait la principauté de Burgau et le comté de Nellenbourg, avec cent mille thalers de revenus. Il s'engageait à ne rien entreprendre contre l'empire, et le roi de Pologne se porterait garant de cet engagement. U demandait, outre cela, Tamnistie pour tous ses partisans et la restitution de leurs biens, ou une compensation. Si R^kéczi se rendait en Pologne et que le roi le jugeât nécessaire, il était disposé à écrire à l'empereur une lettre de soumission. Le baron Vigoureux ajoutait que Rdkéczi pourrait quitter la Turquie, si on lui envoyait un navire, en alléguant que la Pologne avait besoin de lui ; de plus, il prêterait serment au roi.
La Turquie était menacée par l'empire et parle czar^ surtout si les Hongrois prenaient parti pour elle. Si la France attaquait Tempereur en Italie, les Ottomans prendraient les armes et, à ce point de vue, l'empereur devait tenir compte de l'existence de Rdkôczi et de ses intentions^ d'autant plus que des envoyés hongrois s'étaient rendus auprès de l'exilé pour lui faire connaître l'agitation qui se produisait dans le pays où l'on disait préférer le joug turc au régime autrichien.
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La réconciliation avecRakôczi eût délivré Tempereur de ces troubles et aussi de ses préoccupations ; le prince lui-même désirait la paix et il était prêt, pour vivre dans un État chrétien et finir ses jours dans le calme, à se fixer en Saxe ou à Hambourg puisqu'on ne voulait pas lui.
accorder l'autorisation de rentrer dans son domaine de Pologne. Non seulement, le roi Auguste et le ministre saxon Manteuffel s'occupaient de la réalisation de ce projet, mais aussi le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume. Le 4 novembre 1729, le ministre Seckendorf mandait sur Tordre du roi,, au prince Eugène, de consentir à ce que demandait Rdkôczi, s'il voulait renoncer à « ses idées vagues. » Le 16 novembre, le prince Eugène répondait à l'envoyé saxon que Rdkôczi simulait des sentiments qui n'étaient pas sincères et qu'il ne songeait pas sérieusement au repos ; il prétendit que l'on avait fait parvenir entre les mains de Pempereur un projet d'après lequel la Hongrie pourrait être soulevée en un mois.
On avaitdonc comptéen vain sur l'intervention du» prince Eugène, car le 10 décembre, il écrivait à Seckendorf que l'empereur ne voulait rien entendre et il résumait ainsi son refus : si Rdkôczi veut sincèrement le repos, qu'il s'humilie devant l'em-
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^ereur, sans conditions^ comme un sujet doit le faire ; ce n'est pas la volonté qui lui manque pour nuire à Tempire, mais la force ; le roi de Pologne n'a pas besoin de lui, quant à l'empereur, il serait au- 4lessous de sa dignité de traiter avec un rebelle K,.
Ainsi se terminèrent les négociations ; l'intervention, sincère et cordiale, de deux rois n'avait pu vaincre la haine et les suspicions de la cour impériale qui ne voulait voir en Rdkôczi qu un ^< rebelle » se dressant contre son maître et non le chef d'un parti, ayant combattu pour l'indépendance de sa patrie.
Les perturbations que l'on avait craintes se réalisèrent plus tôt encore qu'on ne Tavait prévu ; -ce ne furent pas les Turcs, mais l'Europe qui inquiéta l'empire. A Ahmed avait succédé Mahmoud, prince pacifique qui écrivait à Eugène de Savoie qu'il n'avait rien à craindre, ni de Rikôczî ni des menées de Bonneval.
Le roi de Pologne, Auguste II, était mort en 1733 et Stanislas Leczinsky avait été élu par une .partie de la nation. L'empereur et le czar s'opposèrent à cette élection du gendre de Louis XV q ai ^tait arrivé en Pologne, travesti en paysan. Le
1. < Als einem mit unendlichen Missethateoi beflecktea Rel)ellen... «
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second candidat était le fils d'Auguste II, Tépoax de la fille de Joseph I". Des armées russes et autrichiennes étaient à la frontière pour assurer
la liberté de Télection, elles entrèrent dans le pays, et Stanislas se réfugia à Danlzig.
La diplomatie impériale pensait que la France n'interviendrait pas, le cardinal Fleury désirant avant tout la paix, aussi quelle ne fut pas sa sur^ prise en apprenant, qu'après l'élection d'Auguste III, au trône de Pologne, les armées françaises s'étaient mises en marche vers le Rhin et Tltalie.
L'Autriche n'avait d'autre alliance que la Russie, Tarmée n'était pas prête, les finances étaient en mauvais état et le prince Eugène n'avait plus la force de commander une armée, ces conditions défavorables eurent pour conséquence des insuccès qui se suivirent rapidement sur le Rhin et en Italie. Au mois de novembre 1733, le maréchal de Villars entrait à Milan. Cette nouvelle parvint à Rodosto, où les exilés, les yeux toujours fixés vers rOccident, soupiraient en contemplant les eaux de la mer de Marmara « comme le malade de TËvan- « gile attendant, pendant trente ans, sur le bord « du lac qu'un voyageur passe ^ . »
1. Cl. Mikes, lettre du 4 septembre 1133. — Il écrit, un peu plus tard : c Les proscrits attendent anxieux les résultats de cette
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Râkéczi voulait partir pour la France, mais la Porte s'y opposa. Le ministre français fit répondre que Rdkôczi n'avait qu'à se rendre avec des troupes en Istrie, pour pénétrer ensuite en Croatie et se rencontrer avec Bonneval.
Deux Hongrois, les barons Émeric et George Gombos, tentèrent encore un suprême effort ; ils se rendirent à Jaroslo oii se tenait une Diète, ils obtinrent quelques promesses, mais l'un des frères ne voulait s'engager à faire ce que demandait la Pologne que si ce pays lui assurait l'équivalent des biens qu'il possédait en Hongrie. En 1734, à la Saint-Michel, il envoya un de ses hommes de confiance, Jean Kiss, à Jaroslo, il obtint des passeports et un guide. Kiss, porteur de nombreuses lettres, se rendit à Rodosto, il fut reçu par un secrétaire français de Rdkoczi qui savait le hongrois. Les exilés l'entourèrent pour avoir des nouvelles, « ils voulaient savoir qui était mort, qui vivait encore. » Le comte Csdky fit mander Kiss et s'informa de sa famille, il apprit ainsi que sa fille avait épousé le comte François Kârolyi. Kiss s'entretint aussi avec Clément Mikes et il eut deux fois l'occasion de voir le prince « qui avait alors une
guerre. En tireront-ils profit? Dieu le sait. Ils espèrent et ils espéreront jusquâ ce qu'ils meurent... »
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longue barbe et portait le costume hongrois. » Jean Kiss reçut vinglHîinq pièces d'or et, chargé d'une mission pour les frères Gombos, il repartit pour la Pologne ; il était porteur de nombreuses lettres des exilés à leurs familles. De retour chez lui, devant un crucifix, auprès duquel brûlait un cierge, on lui fit jurer de ne rien révéler de ce qu'il avait vu à Rodosto. Ce fut peut-être le dernier Hongrois qui alla voir Ràkôczi.
L'homme de guerre qui avait, un jour, pris la plume ne l'abandonna plus ; après ses Mémoires^ Ràkôczi écrivit encore; les Instructions de saint Etienne à son fils lui suggérèrent le projet d'en rédiger d'analogues pour ses fils, car malgré sa résignation, il pensait toujours, il espérait, malgré tout, qu'un jour ses fils renoueraient les traditions ancestrales et pourraient occuper le trône de Transylvanie. De ses lectures, de son expérience personnelle, de ses réflexions, il composa un ouvrage qui pouvai t être utile à ses fils, aussi bien dans la vie privée que si la volon té de Dieu leur donnait des peuples à conduire \ Réflexions sur les principes de la vie