‹ François Rákóczi II, prince de TransylvanieChapitre 52 sur 65 · V. Fraknôi · texte numérisé non relu

V. Fraknôi

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civile et de la politesse (Tun chrétien, tel est le titre de cet ouvrage qu'il rédigea en français^ parce que, pensait-il, ses fils connaissaient mieux cette langue que le latin et qu'ils savaient aussi peu le hongrois que lui, l'alleinand. Dans cet ouvrage, dont le premier chapitre est écrit en forme de lettre, il commence par montrer à ses fils tout ce qu'ils doivent à Dieu, eux qui ont été élevés sans rintervention de leur père et de leur mère ; il les entrelient de leurs obligations morales, envers eux-mêmes et envers les hommes ; il leur parle de la conduite à tenir envers les égaux et les inférieurs ; il leur recommande de ne pas murmurer contre le sort et de supporter avec patience les épreuves que la Providence leur impose. Il les prémunit contre les dangers de la cour; il est d'avis que les princes doivent s'entretenir avec les savants et qu'aux théâtres, on doit préférer les conférences sur les sciences ou sur l'histoire. Parlant des femmes, il compare leur sort dans le monde païen et parmi les musulmans, avec la situation que leur a faite le christianisme.

Il termine en montrant que l'obligation la plus sacrée des souverains est de remplir leurs devoirs à l'égard de leurs peuples... que dans l'intérêt de son âme, le prince doit supporter tous les maqx

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qui s'abattent sur lui plutôt que de manquer à la parole donnée ou à ses promesses, et n'attendre de délivrance que de Dieu, « Tout chrétien doit « craindre Dieu, plutôt que les hommes, mais « surtout les princes qui sont les représentants de « Dieu sur la terre, les dépositaires de la vérité, « de l'amour et de la puissance. »

Ailleurs, il écrit : « Beaucoup conviennent, mais « bien peu sont fermement convaincus, de cette véa rite que Thomme propose et que Dieu dispose. »

En 1725, il avait terminé un Traité de la puissance dans lequel il s'occupait de la Constitution de saint Etienne et de la Bulle dOr d'André IL Après avoir parlé des devoirs des princes à l'égard de leurs peuples, il explique que le christianisme n'annihile pas la liberté des peuples, mais, au contraire^ la complète. Ses ouvrages historiques et politiques, offerts en hommage à T « Éternelle vérité », sont inspirés par la foi religieuse et par l'amour de la patrie, c'est ainsi qu'il termine l'un d'eux en demandant à ses fils de pardonner à ceux qui ont stigmatisé leur père et sa patrie et de se consoler par la conviction que Dieu juge autrement que les hommes. Les Aspirations (Tunprince chrétien montrent autant d'humilité de cœur que d'élévation d'esprit.

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La ¥16 que Râkéczi menait à Rodosto répondait à Tesprit qui inspirait ses ouvrages. Dès son arrivée, il avait fait construire une chapelle, il en fit don aux religieux et ajouta une maison et des terrains*. Il se montra fort généreux à Tégard des Jésuites de Gonstantinople ; à Tépoque oii il était en France, il leur avait envoyé de l'argent pour dire des messes pour le repos de l'âme de sa mère ; de Rodosto^ il leur fit remettre quatre mille piastres, dans le même but.

Parmi les objets précieux qui figurent dans le trésor de l'église, se trouve un ostensoir offert par Râkôczi ; les registres de l'époque font mention d'autres dons fort nombreux. Au cours de Tannée 1731, il envoya dix mille piastres pour les Missions volantes des Jésuites.

Il était considéré par les catholiques de la Turquie comme leur protecteur, étant l'ami du Grand Seigneur ; il vécut en bons termes avec le sultan

1. K. Thaly a recherché l'acte de cette donation qui devait se trouver au couvent des Frères mineurs de Péra, mais les archives et la bibliothèque de ce couvent ayant été incendiées, le document émanant de Râkôczi a été la proie des flammes. En 1818, on a reconstitué un acte qui établit la donation faite par a Francisci Ragoschi ». Cette chapelle subsiste encore aujourd'hui; on y conserve précieusement quelques objets ayant appartenu à Râkôczi; deux religieux la desservent; ils tiennent en môme temps une école gratuite qui y est annexée ; ils y enseignent la religion, le latin, le grec et le français.

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Ahmed qui lui demanda même quelquefois conseil; quand^ à la suite d'un soulèvement des janissaires, le sultan Mahmoud monta sur le trône, il témoigna à Fexilé autant de sympathie que son prédécesseur. Les notables catholiques sdlaient fréquemment faire des visites au prince Rdkôczi, et Cl. Mikes raconte la réception faite à l'archevêque grec, venu en grande pompe, avec quatre évêques, à Rodosto pour voir Ràkôczi. En 1725, le grandvizir ayant ordonné d'amener prisonniers, à Constantinople, l'archevêque catholique et les prêtres de Sofia, l'archevêque eut connaissance de cet ordre et chercha un refuge auprès de Ràkéczi. Le prince intervint auprès de la Porte en sa faveur, mais n'obtint pas la grâce sollicitée ; néanmoins nul n'inquiéta l'archevêque qu'il garda dans sa maison, pendant quelques mois, jusqu'au moment où il put le faire embarquer pour Raguse. Dans le testament, rédigé en français, vers l'année 1732, le prince Ràkôczi déclarait vouloir mourir dans la foi catholique. Quelques années auparavant, en 1722, il avait écrit, à l'intention de ses fils qu'alors il n'avait pas encore revus, une lettre que l'on peut considérer comme une sorte de testament moral ^ 1. Voir à la fin du volume.

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En 1734, Râkôczi reçut une nouvelle bien faite pour le réjouir, l'ambassadeur de France lui apprenait que son iils aîné, Joseph, avait quitté Vienne, sans prendre congé de personne et était arrivé à Venise. « Il n'y a plus un R^kôczi entre les mains de l'empereur », écrit Mikes. Le jeune prince que son père attendait avec une impatience bien compréhensible se dirigea d'abord vers Rome.

Au mois de janvier 1735, le prince Ràkéczi espéra encore pouvoir partir pour la France, la Porte n'en donna pas Tautorisation, le grandvizir conseillait d'attendre un temps plus favorable...

La santé de Texilé s'altérait, mais il ne voulait pas en convenir, « tout se passait comme à l'ordinaire, dans l'ordre accoutumé. » Au mois de mars il tomba malade, cependant le jour de l'Annonciation, il assista à la grand'messe. Le dimanche des Rameaux, il ne put se rendre à l'église, il entendit la messe dans sa chapelle et le prêtre lui apporta un rameau bénit qu'il reçut à genoux, en disant que c'était sans doute le dernier.

Le lundi et le mardi» il parut reprendre des forces, il se leva à l'heure habituelle; le mercredi^

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il se sentit plus faible^ mais aux questions qu'on lui adressait, il répondit qu'il ne souffrait pas. Le jeudi saint, il reçut la communion avec de grands sentiments de ferveur; dans la journée, la faiblesse augmenta et quand, à minuit, le prêtre lui demanda s'il était disposé à recevoir les derniers sacrements, le prince fit un signe affirmatif. Il reçut Textrême-onction et écouta les exhortations du prêtre, avec des larmes dans les yeux. « Il nous regardait, écrit Mikes, et il mourut en s'endormant comme un enfant. »

Le jour même. Clément Mikes écrivait : « Ce « que nous redoutions est arrivé. Dieu nous a faits « orphelins, à trois heures du matin, il nous a (( enlevé notre cher maître et père. Aujourd'hui « étant vendredi saint, nous pleurons la mort de « notre Père du ciel et de notre père terrestre. « Dieu a fixé la mort de notre maître à ce jour « pour la sanctifier par le mérite de Celui qui est « mort pour nous... C'est nous qui sommes à « plaindre, nous qui sommes devenus des orphe- « lins, abandonnés sur cette terre étrangère... Que « Dieu nous console*... »

Un peu plus tard il écrivait : « Le corps de notre

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