‹ François Rákóczi II, prince de TransylvanieChapitre 53 sur 65 · Lettre du 8 avril 1735. Rodosto · texte numérisé non relu

Lettre du 8 avril 1735. Rodosto

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mattre a été déposé, après Pâques, dans un palais où, pendant trois jours, un service religieux a eu lieu ; tout le monde pouvait voir le corps, une fois il y eut trente Turcs, mais malgré cela ils ne croient pas que le prince est mort, ils disent que Ton a revêtu quelqu'un de ses vêtements et que lui, est parti. S'ils pouvaient dire vrai! » ajoute le dévoué Mikes.

Le corps avait été soigneusement embaumé et il fallut attendre jusqu'au 4 juillet l'autorisation de la Porte de transporter secrètement le cercueil à Gonstantinople. Clément Mikes le fit déposer dans la chapelle Saint-Benoîte On voulut le placer à

1. Il y a bien des années que les Hongrois désiraient voir les cendres du héros national reposer enfin dans sa patrie, i^ais ils se heurtèrent à des obstacles que Ton eût pu croire insurmontables. Le patriotisme et la persévérance de quelques Magyars en vinrent à, bout. Dès 1888, Ràlmân Thaly et Mgr Fraknôi firent des recherches et ce ne fut pas sans difficultés qu'ils parvinrent à retrouver dans la chapelle Saint-Benoît remplacement exact du cercueil de Râkôczi; des fouilles furent faites, toutes portes closes, des procès- verbaux dressés, et le silence se fit, c'était la condition qu'on avait imposée aux Hongrois pour leur permettre de faire des recherches . A cette époque, le supérieur général de TOrdre des Lazaristes, de Paris, déclarait quïi ne laisserait pas le cercueil de Râkôczi quitter la chapelle, le prince de Transylvanie ayant, par son testament, exprimé le désir de reposer en terre française, nul n'avait le droit de transgresser ce désir. Plus tard, les pourparlers furent repris, différentes propositions furent faites, on pensa, un moment, à transporter le cercueil à Budapest où il eût été déposé dans la crypte de Téglise des Lazaristes ; après de laborieuses négociations, les Lazaristes se rendirent au vœu de la nation hongroise et ils consentirent h laisser partir les

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côlé de celui d'Hélène Zrinyi, mais on vit que les ossements renfermés dans ce cercueil étaient réduits en poussière, seul le crâne était intact, on le déposa dans le cercueil du prince.

Ainsi mourut, sur la terre d'exil, celui dont la seule pensée, mais pensée incitatrice de grandes œuvres, avsdt été l'amour de la patrie. Le peuple avait vu en lui l'indépendance nationale menacée, la justice violée, la liberté vaincue, il put voir aussi, dans cette noble figure, la grandeur d'âme et la générosité, car jamais le prince Rdkôczi ne voulut tirer vengeance de ceux qui l'avaient persécuté.

Comme Rakoczi en avait exprimé le désir, son cœur fut envoyé aux Camaldules de Grosbois qui le déposèrent dans leur cimetière ^

reliques de celui qui, pendant près de deux siècles, avait reposé, comme il Tayait souhaité, en terre française.

1. Le prieur d'edors, le P. Macaire, le mentionna ainsi : < In hujus Coenobii Cfiemeterio jacet cor sanctissimi Franclsci II D. G, Sa Ho Im et Transilvanise Principis Reikoczy, partium Reg:ni Hungariœ Dominî, Siculorumque Comitis, etc., qui miro divinse provldentiee ordine per varia vit«e discrimina ductus in Domino requievit Rodostii ad Propontldem anno saiutis mundi 1733 die 8 mensis aprilis setatis suœ 59. » Lors de la Révolution de 1793, le couvent fut saccagé et depuis on n'a pas retrouvé remplacement où avait été déposé le cœur de Râkôczi. U est intéressant de faire remarquer qu'au moment de la guerre franco-allemande, les officiers prussiens qui habitèrent Tancien couvent demandèrent au propriétaire delà maison s'il savait où était le cœur de Râkôczi, et pendant leurs moments

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Il avait disposé de ses manuscrits et décidé qu'ils ne seraient publiés qu'après sa mort.

Après la mort de Ràkoczi, les exilés ne se dispersèrent pas tous, il en resta un certain nombre à Rodosto ; mais Tun après l'autre la mort les prit; les premiers qui moururent manifestèrent le désir de reposer dans le jardin de Râkoczî, à Tombre des arbres qu'il avait plantés, ainsi se forma le Hortus Hungarorum^, Si moins d'un demi-siècle plus tard, il ne restait plus guère des compagnons d'exil du prince de Transylvanie, quelques-uns avaient laissé des descendants qui perpétuèrent le souvenir de François Ràkôczi, en Turquie, dans

de loisirs, ils creusaient le jardin pour y chercher Tunie funéraire.

1. Le Hortus Bungarorum devint un véritable cimetière, où les catholiques voulurent se faire inhumer; ce fut alors le c cimetière catholique ». 11 subsista longtemps et, en 1S30, on l'agrandit en prenant encore sur ce qui avait été le jardin de Râkôczi.

R. Thaly a relevé, avec un grand soin, les noms qui se trouvent sur les registres de l'église de Rodosto ; les noms hongrois s'y succèdent d'abord rapidement, puis s'espacent Les registres des mariages, des naissances et des baptêmes, sont très intéressants à consulter; dans ce dernier, on voit qae Clément M^es remplit souvent les fonctions de parrain.

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ce coin de terre où le dévoûment et la fidélité avaient conduit leurs pères.

Un instant, les espérances des exilés se ranimèrent; Joseph, le fils aîné du prince, arrivait à Rodosto. Comme George, son frère cadet, il avait été élevé à la cour impériale, et, en i734 seulement, il était parvenu à s'échapper de Vienne ; pour se soustraire à la surveillance autrichienne, il se rendait en Italie oii il se plaçait sous la protection de l'ambassadeur de France. Il vint en France *, puis retourna en Italie pour se rendre, de là, en Turquie. Il voulait voir son père, il arriva trop tard.

Les exilés reçurent avec joie le fils de leur prince, mais « nous l'attendions pour notre consolation, il vint pour notre désolation », écrivit Mikes.

A peine le prince François Ràkôczi II avait-il disparu que la Porte faisait demander aux exilés, dont le comte Csdky avait pris la direction, s'ils voulaient reconnaître pour leur chef, le fils aîné du prince Râkoczi ; tous les exilés acceptèrent avec

1. Pendant le séjour qu'il lit à Paris, vers 1735, il épousa Marie-Josepha Gontentière qui, le H décembre 1736, donna le jour à une fille que Ton nomma Josepha-Charlotte. Elle entra au couvent et mourut religieuse, au monastère de la Visitation Sainte-Marie, le 3 juillet 1780.

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empressement et le gouvernement ottoman ouvrit des négociations avec Joseph Ràkôczi et avec Bonneval, qui avait connu à Vienne le fils du grand proscrit. Les pourparlers durèrent longtemps, mais finirent cependant par aboutir. Ce fut le 5 décembre 1736 que Joseph Ràkôczi arriva à Rodosto, il y demeura peu de temps et se rendit à Gonstantinople oii il vécut en grande intimité avec Bonneval.

L'échange de vues, les notes diplomatiques, les négociations étaient très actifs et dénotaient une situation grave. La Turquie était menacée par ses deux puissants voisins. Le représentant de la Russie, à Constantinople, écrivait des Turcs : « Voici le moment le plus opportun, non seulement pour rompre leur orgueil féroce, mais même pour détruire définitivement cette race sans loi. » « Quant à l'Autriche, elle marcherait avec les Russes pour chercher des compensations à ses pertes récentes. Vaincue en Italie, amoindrie en Allemagne, elle se laissait entraîner et dériver vers rOrient*. » L'empire ottoman aurait eu intérêt à voir Joseph Râkôczi faire une diversion en sa faveur, en soulevant la Hongrie et la Transylvanie,

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