Mikes, lettre du 5 mars 1738: Csernavoda
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avait suivi Joseph Ràkoczi àans «cette campagne de Valaèhie, il retourna ensuite à Rodosto où les « émigrés qui pouvaient tenir à l'ombre d'un prunier » restèrent groupés autour du comte Csàky.
Quand le prince François Râkôczi était mort, Mikes s'était senti pris du désir de revoir sa patrie. Il demanda l'autorisation de rentrer en Hongrie, le gouvernement la lui refusa, et il en éprouva une profonde douleur, que ses sentiments religieux l'aidèrent seuls à supporter : il se soumit aux décrets de la Providence et l'une de ses dernières lettres*
1. Rodosto, 20 décembre 1758. — Chère Tante, non seulement nous, mais tout le genre humain est comme le condamné à mort qui ne sait pasquemd on le conduira à Téchafaud. Notre sort est semblable. Que de seigneurs, que de nobles hommes n'avons-nous pas déjà ensevelis, celui-ci telle année, celui-là une autre année!... Je suis seul maintenant... d*aprôs Tusage, on m'a fait bashug parce que Ton sait que de ceux venus avec le vieux Râkôczi, je reste le dernier... Quel monde I Que de vicissitudes j'ai éprouvées, mais la Providence de Dieu a toujours été avec moi et avec nous tous. Je pourrais faire tout un sermon sur les tribulations de notre vie, dans cette vallée de larmes!... Que décidera le Seigneur de moi? Je suis entre ses mains. Mais ce que je sais, c'est que la poussière doit retourner à la poussière. Et heureux celui qui n'est pas mort aux yeux du Seigneur, mais qui meurt dans le Seigneur. Après im si long exil, puis-je me souhaiter un autre bonheur?
Lorsque je vous écrivais ma première lettre, ma chère Tante, j'avais vingt-deux ans, j'écris celle-ci dans ma soixante-neuvième année. Â l'exception de dix-sept emnées, j'ai passé ma vie dans des pérégrinations inutiles. Je ne devrais pas dire a inutiles », car il n'est rien d'inutile dans les décrets divins. Dieu dispose tout à sa gloire. Ne désirons que l'accomplissement de la volonté de Dieu. Demandons-lui la vie bienheureuse, une bonne mort, le salut étemel. Et alors cesseront
montre que la résignation était entrée dans son âme.
Avec Joseph Ràkôczi finissait le rôle historique de la famille Rdkôczi.
On a reproché aux fils de François Ràkoczi II de n'avoir pas été à la hauteur du nom qu'ils portaient; le fait est incontestable^ mais la responsabilité n'en incombe pas aux enfants du prince de Transylvanie et de la princesse de Hesse-Rheinfels, tous deux donnèrent des preuves irréfutables d'un rare courage, d'une haute intelligence, d'une inébranlable résistance aux coups de l'adversité; s'il leur eût été donné de former le cœur et l'esprit de leurs fils^ la tâche leur eût été aisée et quel résultat n'eût-on pas été en droit d'attendre de pareils éducateurs... mais arrachés, dès l'âge le plus tendre, à la sollicitude de leurs parents, ces enfants furent élevés par leurs persécuteurs ; ce qui n'avait pu réussir contre Julianna et François Râkéczi fut possible contre Joseph et George Rdkôczi; quand ils purent échapper au joug qui les opprimait, il était trop tard...
Les Hongrois déposèrent les armes ; ils renon-
Tobsession, comme le péché, comme les pérégrinations, comme les désirs insensés. Amen.
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cèrent aux luttes désespérées, et le découragement s'empara de leurs âmes^ ils subirent la domination autrichienne^ eux dont un Français a dit : m Ils ont été les porte-glaives de l'Europe orientale, ils ont usé dans cette lutte séculaire ce qu'ils auraient pu garder d'énergie pour résister à ceux-là même qu'ils ont tant de fois sauvés*. »
Cependant si le soulèvement des Eouroucz ne réalisa pas toutes les belles espérances qu'il avait fait naître, il ne passa pas sans laisser de traces : sur € cette motte de terre qui, disait Sobieski, rendrait du sang si on la pressait, » des combattants obscurs et sublimes s'étaient succédé, les descendants de ceux qui avaient arrêté les Tartares et les Osmanlis se montrèrent dignes de leurs devanciers. Ils luttèrent, ils résistèrent et lorsqu'ils furent vaincus par le nombre et par la trahison, ils surent encore faire respecter leurs droits.
La Hongrie fut contrainte de laisser la maison d'Autriche établir sa souveraineté sur la couronne de Saint Etienne, mais, par contre, la maison de Habsbourg et ses conseillers furent obligés de reconnaître à la Hongrie le droit d'être gouvernée conformément à ses lois magyares, appliquées par