‹ Francʹois RudeChapitre 34 sur 50 · I-RANCE. — SCULPTEURS. ANTOINE-LOUIS BARYE · texte numérisé non relu

I-RANCE. — SCULPTEURS. ANTOINE-LOUIS BARYE

gence du mouvement que Ton sent, en même temps que l'impossibilité

de faire un pas, l'effort désespéré pour continuer de courir.

De même dans Y Elan surpris par un lynx, le menu agresseur, ayant, à l'inverse du précédent, sauté sur le dos de la victime. Ou dans la lutte puissante du Taureau attaqué par un ours. Ces deux grosses pièces auront quelque peine à être, Tune victorieuse, l'autre vaincue: le taureau est, même pour un ours, un morceau de résistance ; il ne s'avale point comme le lièvre par le jaguar.

Cependant voici encore un taureau; mais cette fois terriblement compromis. C'est le Taureau attaqué par un tigre, une des plus belles pièces de l'œuvre, et dont il existe d'anciennes épreuves admirables. Ce taureau, que Barye a également représenté sans son adversaire, sous le titre de Taureau cabré, est peut-être, au point de vue du mouvement, un des plus lancés. A fond de train, tout le poids du corps portant sur les deux pattes de derrière qui vont le jeter en avant comme deux ressorts. L'avant-train paraît avoir une furieuse direction oblique, dont il serait bon pourtant de se délier, car il n'est pas de boulet qui ferait plus de ravages. Cette masse puissante du taureau se cabrant en avant et un peu de côté ne donne pas, chose curieuse, l'impression de la lourdeur, mais plutôt de mouvements légers dans une chose lourde.

Drame encore, ou plutôt monologue dramatique, le Sanglier blessé, un des derniers modèles de Barye. Cette fois l'adversaire a été l'homme, et ce n'est pas un croc, mais un épieu qui a fait la plaie, où il reste planté. L'animal peu beau, mais rudement dolent, exhale sa plainte rauque par l'hiatus de son groin.

Drame surtout F Ocelot dévorant un héron, une pièce qui à notre avis n'a pas toute la célébrité qu'elle mérite, et que nous rangeons parmi les plus belles. La contraction considérable de tous les muscles du carnassier accroupi, contrastant avec la flaccidité de cet oiseau qui n'est plus qu'un paquet de plumes inanimé, excite peut-être plus d'émotion que ne ferait la lutte de puissants ennemis. La tète du héron surtout, une étonnante et navrante tête morte, avec des yeux éteints et un grand bec bête même dans la mort!... Une critique pourtant. Ceux qui ne connaissent point l'ocelot pourraient croire, à la vue du bronze, sans doute les proportions n'étant pas assez indiquées, qifil s'agit d'un animal de plus forte taille. On peut d'autant mieux noter cette critique, qu'une insuffisance de ce genre est peut-être unique dans toute l'œuvre. Or, l'ocelot est une

ANTOINE-LOUIS BARYE 67 exquise et mignonne créature de petit tigre (allez le voir au Muséum), si veloutée, si caressante à Poéil, si mignonne, qu'on voudrait l'avoir sur ses

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