‹ Francʹois RudeChapitre 8 sur 50 · A. Etex, les Souvenirs d'un artiste, p. 201 et · texte numérisé non relu

A. Etex, les Souvenirs d'un artiste, p. 201 et

Retour devait faire pendant au Départ : c'est la retraite de Russie ; les soldats exténués et mutilés jonchent la plaine et teignent de leur sang l'interminable linceul de neige. Le guerrier du premier groupe qui avait conduit les volontaires à l'ennemi revient vieilli , aveugle comme Bélisaire, un bandeau sur les yeux ; la déroute ramène désespérément les bataillons héroïques trahis par le sort, vaincus par l'hiver, non par l'ennemi ; les loups affamés rôdent autour des héros; l'hiver domine le groupe, enveloppé de peau d'ours, le front chauve, le regard livide, assis sur un glacier : le drame est saisissant. Après la Bérésina et la retraite, voici la Résistance, la France envahie, épuisée, luttant contre l'envahisseur à l'heure suprême où tout est perdu fors l'honneur. Les héros des grandes guerres sont morts, la garde est tombée à Waterloo, mais ils ont laissé des fils dignes de leurs pères et de leurs aînés, derniers défenseurs du sol sacré qui se groupent autour de l'autel de la Patrie, prêts à vendre chèrement leur vie, l'éclair aux yeux, la haine au cœur. Le quatrième bas-relief devait représenter la Paix agitant un rameau d'olivier et faisant rentrer d'un signe les épées dans les fourreaux. Le laboureur accouple ses bœufs; l'agriculteur reprend ses travaux paisibles; le matelot roule des cordages et le commerce transporte des ballots. L'idylle succède aux scènes tragiques, mais l'idylle héroïque, car les grandes secousses et les terribles drames ont élevé à la hauteur de l'épopée tous ces paysans et ces boutiquiers qui ont présenté leur poitrine à la mitraille et gardent au front et dans les yeux comme un reflet de la fournaise de Wagram et de Waterloo.

Quel merveilleux ensemble c'eût été ! Rude disait qu'en sculpture l'exécution est tout et que les conceptions les plus poétiques ne sont rien tant qu'une main puissante et sûre ne les a pas traduites en marbre ou en pierre, aussi ces superbes esquisses augmenteraient-elles nos regrets plus qu'elles ne relèveraient sa gloire, si le groupe du Départ n'était sous nos yeux et ne nous apprenait quelles formes admirables eussent revêtues ces vigoureuses ébauches. Depuis un demi-siècle bien des essais ont été faits pour donner un couronnement à l'Arc de triomphe, mais toujours en vain : il semble que la pierre elle-même proteste et proclame que Rude seul était capable d'achever l'œuvre. Il demandait au gouvernement de Juillet de bâtir sur la plate-forme une maison-atelier, afin de faire sur place les modèles des figures qui seraient ensuite coulées en bronze ; il rêvait de placer sur cette plate-forme V Apothéose de Napoléon foulant un hémisphère

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