‹ François RudeChapitre 11 sur 68 · LES CENT-JOURS A DIJON · texte numérisé non relu

LES CENT-JOURS A DIJON

À la fin de l’année 1814, Rude se trouvait à Dijon, et la cité natale était, dans sa pensée, une première et douce étape vers l'Italie de ses rêves. Or, Rude, de retour à Dijon, est soudain ressaisi par les sensations de son enfance. Le milieu et le décor y aident singulièrement. Car les jours de troubles ont reparu. Ce n’est plus la ville paisible que l'élève de Devosge a naguère quittée, c’est la ville agitée de passions politiques que parcouraient jadis le canonnier Antoine Rude et le bataillon minuscule du Royal- Bonbon. N'est-ce point l’époque où, à travers une invasion étrangère, la Révolution se débat sous la forme paradoxale de la Restauration napoléonienne ?

Au défaut de sa propre famille dispersée, Rude a trouvé un foyer chez son protecteur d’hier et de toujours, chez Frémiet. Ce fonctionnaire des finances impériales est un fougueux bonapartiste : il est de ceux pour qui la Révolution et l’Empire se sont confondus, plus que jamais inséparables en face de la monarchie des Bourbons rétablie. Ie débarquement de Napoléon au golfe Jouan ravive soudain la foi de ceux qui n’espèrent qu’en lui ; leur ardeur s’exalte ; c'est une fièvre. Et voilà Rude repris par la politique, dont il ne semble guère s'être occupé pendant son séjour à Paris. Le lauréat du prix de Rome redevient un Dijonnais attentif aux manifestations locales, mêlé aux aventures de la rue. La juvénile bravade d'autrefois revit dans l'âme de Rude : le volontaire convaincu de 92 se retrouve tout entier dans le manifestant de la rue Rameau.

Il faut reproduire ici tout au long le récit de cet épisode curieux, tel que le DT Legrand nous l’a transmis d’après les souvenirs mêmes

Page 1