‹ François RudeChapitre 12 sur 68 · NAPOLÉON EN EMPEREUR ROMAIN · texte numérisé non relu

NAPOLÉON EN EMPEREUR ROMAIN

(Musée de Dijon.)

de Rude. Le gouvernement avait envoyé des troupes pour arrêter Napoléon.

« Quand on annonça que le premier régiment était aux portes de la ville, M. Frémiet, qui jouissait d’une grande considération parmi les bonapartistes, fut d'avis de rassembler les plus énergiques et les plus actifs du parti, de gagner la montagne et de rejoindre ainsi l'Empereur. Rude se chargea de les réunir au café Boulée, depuis Frascati, situé rue Rameau.

… Le temps pressait ; l'aspect de la ville et du quartier, remplis de soldats aux cocardes blanches, était menaçant. Comment prévenir les bonapartistes ? :

Après plusieurs allées et venues, Rude rentre au café, il était désert ; mais dans la seconde salle, séparée de la première par une cour, il trouve, lui sixième, cinq patriotes parmi lesquels se faisait remarquer Madigny, d’Arc-sur-Tille, homme résolu, d’une haute taille, et portant sur le chapeau sa cocarde de 93, large comme un écran. Il avait amené deux paysans de ses amis, tricolores comme lui. À ce moment, on entend la trompette, c'était l'avant-garde arrivant par la rue Chabot-Charny. Les six hommes, déterminés malgré leur petit nombre, sortent par la porte du logement de M. Devosge et se rangent en bataille contre les planches de 1a salle de théâtre, alors en construction, faisant face à la place Saint-Etienne. Un régiment de hussards (le 5€ ou le 6€), avec les longues barbes et les kolbachs, sabre au poing et cocarde blanche en tête, s'avançait droit à eux :

Vive l'Empereur ! crie la petite troupe ; « les soldats n'avaient qu'à abaisser la pointe de leurs sabres pour nous clouer contre les planches », disait Rude en racontant cet épisode. Le premier peloton les regarde, regarde les cocardes et les drapeaux tricolores de ces six hommes, fait son quart de conversion pour entrer rue Rameau et passe impassible. Le deuxième peloton s’avance à son tour :

Vive l'Empereur ! crie une seconde fois et avec plus de force la petite troupe. |

Les soldats les regardent, hésitent, et, sur le commandement de conversion, répondent par un cri général de : Vive l'Empereur ! Les premiers, qui avaient passé sans rien dire, répètent alors cette acclamation, qui se propage sur toute la ligne du régiment avec une rapidité explosive.

Ce fut là, et à cette occasion, que la division du maréchal Ney se rallia aux impérialistes. »

Sans doute l’histoire rigoureuse ne confirme pas entièrement ce récit,

M. Louis de Fourcaud l’a démontré. Rude, avec son imagination d'artiste, a exagéré quelque peu son rôle et Ney était déjà rallié à Napoléon à la date où le sculpteur, dans ses souvenirs, le montre encore hésitant. Mais l’algarade doit être retenue, parce qu’elle est très caractéristique pour l'étude de la personnalité de Rude. Le tempérament paternel et l’âme plébéienne ressuscitent en lui. D'autre part, l’ardeur de Frémiet a été, elle aussi, communicative, et telle est la tournure des événements que, si Rude s’est le plus échauffé, c’est surtout Frémiet qui est compromis.

La fortune impériale s’abîme à Waterloo : le roi va revenir. Frémiet reçoit de M. de Bercagny, préfet de la Côte-d'Or pour quelques heures encore, uñ avertissement aussi éloquent que laconique : « Fuyez, il n’est que temps. » Il faut donc tout quitter, et sans perdre une minute. Dans ces instants d'angoisse, Rude n’a qu’une pensée : rendre service à son bienfaiteur, aider cette famille en détresse. En hâte, il accompagne à la diligence Frémiet qui part pour la Belgique : c’est en Belgique que Rude conduira au fugitif ses enfants. Désormais, la décision du sculpteur est prise : la famille Frémiet est sa famille, le foyer de Frémiet sera son foyer. Puisque son bienfaiteur et les siens sont exilés, il sera exilé comme eux.

Cependant les Cent-Jours, si peu favorables au travail artistique, ont valu à Dijon une œuvre de Rude. C'est une terre cuite, un buste de Napoléon en empereur romain. Ce morceau, que nous offre le Musée de Dijon, est extrêmement curieux. Plus d’un admirateur de Rude se sent tenté de le désavouer. Ce Napoléon, à peine ressemblant, est-il donc l’œuvre d’un maître ? En fait, peu de documents sont aussi caractéristiques, et, pour l’histoire même du talent de Rude, aussi intéressants. Ce Napoléon, en effet, est conventionnel, littéraire et même déclamatoire dans sa pose, jusque dans ses traits. Toute l'Antiquité, toute la littérature des conciones s’est interposée entre l'artiste et son modèle, si bien que le sens de la réalité individuelle s’est, du coup, évanoui. Le buste du Musée de Dijon ne représente pas Napoléon, à proprement parler : c’est une abstraction d'empereur. Et par là devient sensible le travail qui s’est fait à Paris dans l’âme de Rude. Revenu à Dijon, il a produit une œuvre qui trahit jusqu'à l'excès l'influence du dogmatisme scolastique. En sorte que le buste modelé durant les Cent-Jours est faux, comme l’idée même que se faisait Rude de Napoléon, lorsque, en 1815, il voyait encore en lui un héros révolutionnaire,

L'erreur politique, assurément, importe peu ; autrement grave était la

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déviation du sens artistique, résultat d'un enseignement acadé consciencieusement suivi. « J'ai perdu sept années de ma Rude plus tard, en parlant de ses études parisiennes. Se dû forcer le chiffre, si des circonstances tragiques ne lui av un supplément d’académisme, et s’il avait quitté Dijon pou

d'aller rejoindre Frémiet en Belgique, tandis que s’inaugurai règne de Louis XVIIT. \

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