PREMIER E ACHILLE SE VOIT ENLEVER BRIS
49 Achille se voit enlever Briséis, sa captive, sur l'ordre d’Agamemnon ; 50 Le corps de Patrocle est rapporté dans la tente d'Achille ;
69 Achille combat Hector ;
7° Achille, sur son char, traîne le corps d'Hector autour des remparts de Troie ; |
8° Priam aux pieds d'Achille.
Ii importe d'observer, dans ces bas-reliefs, avec quel art déjà exercé Rude a su traduire par le ciseau les scènes antiques.
Dans le premier tableau, où l’on voit Achille enfant trempé par sa mère Thétis dans les eaux du Styx afin de le rendre invulnérable, la figure du premier plan, c’est-à-dire la mère du héros, est traitée avec une remarquable délicatesse : elle tient son fils par'le talon, seul endroit qui, n’ayant pas été touché par les eaux miraculeuses, sera un jour mortellement atteint. Les trois sœurs fatales qui filent la destinée humaine forment un groupe harmonieusement composé : les visages des Parques sont sévères, ainsi qu'il convient, et pourtant gracieux dans leur coupe classique, tandis que la draperie est ménagée avec une adresse et une élégance consommée.
Dans le second bas-relief, Achille est déjà le protagoniste. C’est le bel éphèbe, cher à l'imagination grecque, et l’on serait tenté de voir dans le fier adolescent au geste prompt, sculpté à Tervueren, le prototype d'un autre éphèbe qui lui ressemble singulièrement et qui se profile en plein Paris, sur l’Arc de Triomphe de l'Etoile.
Le héros est maintenant habillé en femme ; il vit parmi les filles de Lycomède. Se dérobant à la guerre, il a pris le nom de Pyrrha et il ne laisse pas d’effaroucher parfois ses compagnes par les échappées de ses manières brusques et garçonnières. I/'artiste l’a représenté au moment où il trahit sa véritable personnalité. Dans le coffre apporté par l’artificieux Ulysse, 1l vient de découvrir un casque, un bouclier, une épée cachés parmi des parures féminines. Le jeune homme, incapable de se contenir, s’est précipité sur ces armes. Il a déjà posé le casque sur sa tête, d’une main délibérée, d'un geste délicieusement gauche pourtant, à cause de ses vêtements d'emprunt. C'en est fait. Achille s’arrachera aux douceurs de la maison de L'ycomède. Mais l’une des jeunes filles, Déidamie, a saisi la scène. Elle a entendu le roi d’Ithaque dont le discours véhément est souligné d’un bras énergique. Déidamie a laissé tomber sa lyre et penche la tête, navrée, car
elle savait bien quel était l’hôte de son père, et son cœur saigne d’une secrète douleur.
Si le troisième tableau, hardi et ému tout à la fois, joint avec un rare bonheur la fermeté à la grâce, le tableau suivant nous offre une scène qui n'est ni moins complexe, ni moins habilement conçue. Achille, cette fois, est le désespéré. C’est la désolation d’un fort chez qui la douleur même fait
pressentir l’action. Ses larmes sont en même temps larmes d'amour et
larmes de colère : Agamemnon ose lui enlever Briséis, sa belle captive. Une terrible rancune gronde dans le cœur du guerrier, tandis que Briséis, qu’il ne voit pas et ne veut pas voir, entraînée avec une brutalité que tempère l'amitié de Patrocle, écarte coquettement ses voiles, enveloppant le héros
d’un long et tendre regard.
Une douleur plus mâle s'exprime lorsque Achille se jette sur le cadavre de son ami Patrocle tué par Hector.
Maïs voici que l'heure de l’action a sonné. Achille va combattre le meurtrier de son ami. Il s’élance, couvert de sa nouvelle armure, celle que Vulcain, à la prière de Thétis, a forgée de ses mains divines. L'attitude est superbe : la flamme de la vengeance éclaire l'œil menaçant du plus vaillant des Grecs, tandis que la courageuse victime de la fatalité pare de son mieux les coups de celui à qui un implacable destin a promis la victoire. Mais ce qui saisit le plus dans ce tableau si ardent et si plein de vie, c’est l'impression de la bataille, la sensation de la mêlée, qu'avec une dizaine de figures Rude a su donner à la scène. Ici encore, c’est l'avenir qui s'annonce : le sculpteur futur de l’Arc de Triomphe s’essaye avec un rare bonheur.
Il y a moins de feu dans le septième bas-relief : ici tout est en attitudes et en nuances. Le regard du vainqueur plein de son triomphe savoure la vengeance et suit le cadavre lamentable que l'allure rapide des chevaux,
tenus d’une main haute et vigoureuse, entraîne autour des murs de Troie. On ne saurait donner meilleure traduction plastique du mot cruel qu’Ho-
mère fait alors prononcer au fils de Pélée : « Certes, Hector est plus facile à manier que le jour où il incendiait les vaisseaux grecs ! »
Et, pour finir, c’est la scène de nuit dans la tente d'Achille. Une lampe éclaire le refuge où le héros, après l'ivresse du triomphe, est rendu à son inconsolable douleur : la mort d’un ennemi détesté ne lui a pas restitué l’ami qu’un soir l’on rapporta dans cette même tente. Achille songe à Patrocle à jamais perdu et qu’il a pu seulement venger. Alors Priam arrive : le père d'Hector vient redemander le corps de son fils. Cette scène, la plus humaïne sans doute de toute l’Iliade, est rendue par le ciseau de Rude avec une éloquente et touchante sobriété. Le vieillard, dans l'attitude rituelle du sup-