‹ François RudeChapitre 20 sur 68 · VIERGE IMMACULÉE · texte numérisé non relu

VIERGE IMMACULÉE

(Eglise Saint-Gervais, à Paris.)

œuvre beaucoup plus connue que la Vierge Immaculée, sa contemporaine. L'intérêt en est beaucoup plus vif. Si le buste de Mercure

sculpté à Bruxelles est, apparemment, le point de départ de Ia statue du dieu, cette fois, du moins, Rude n’exécutait pas une commande, il traduisait une idée propre. Au Salon de 1828, le Mercure, comme la Vierge, se présentait à l’état de plâtre. Mais, tandis que le plâtre de la Vierge ne fut pas repris, celui du Mercure fut ensuite traduit en bronze pour le Salon de 1834. Ce bronze figura plus tard à nouveau à l'Exposition Universelle de 1855, fut acheté par l'Etat, placé au Luxembourg, et enfin admis au Musée du Louvre, où il a trouvé sa place définitive.

Le Moniteur du 22 mars 1828 contient de "cette "œuvre une appréciation originale, qu'il convient de reproduire, parce qu'elle résume clairement l’argument traité et permet de percevoir, du même coup, l’écho de l'opinion contemporaine : « Le Messager des Dieux est représenté au moment où il vient de tuer Argus, et où, rajustant sa talonnière, il va remonter aux Cieux. Ie double mouvement par lequel le dieu marque son impatience de s'élever dans les airs en s’occupant d’un léger accessoire, produit, dans le développement de la figure, des contrastes heureux. Déjà le bras gauche, sur lequel voltige une élégante chlamyde, semble prendre sa route vers les hauteurs, tandis que le regard se dirige encore vers la main qui touche le talon. Rien de gêné dans cette attitude si tendue qu’elle soit : tout est souple ; les formes sont nobles et légères ; la tête est bien celle de Mercure, et l’ouvrage est d’un statuaire excellent. »

Le grand succès du Mercure rattachant sa talonnière est parfaitement expliqué par l’auteur anonyme de cette analyse qui, pour être assez faiblement écrite, n’en est pas moins, dans l’ensemble, d’une remarquable justesse.

Le Mercure de Rude a de nombreux ancêtres : le plus célèbre est assurément le Mercure volant de Jean de Bologne ; le plus récent, sans doute, est un Mercure rattachant sa talonnière qui date de 1744 et se classe au Louvre sous la signature de Pigalle. Le mérite de Rude ne réside donc pas, ici, dans l'invention. Le triomphe du maître dijonnais a consisté, comme le laisse entrevoir l'appréciation du Momieur, dans la difficulté vaincue. Aïnsi considéré, le Mercure est bien vraiment un morceau supérieur, d’une rare valeur comme exercice académique et comme travail technique. Avouons qu'il serait excessif d'aller au delà. |

Un grand critique d’art, qui n’est autre que le célèbre Charles Blanc, saluait, il est vrai, dans le Mercure, un chef-d'œuvre de premier ordre, et le brillant dithyrambe qui se lit à ce sujet dans le précieux catalogue de Ia col-

Page 1