‹ François RudeChapitre 21 sur 68 · MERCURE · texte numérisé non relu

MERCURE

RATTACHANT SA TALONNIÈRE.

(Musée du Louvre.)

C1, Braun,

lection Thiers mérite d’être cité : «Le Mercure de Rude est supérieur au Mercure de Jean de Bologne. Celui-ci est figuré dans la plénitude du mouvement qu’il accomplit, celui-là promet le mouvement qu’il va accomplir. Il le commence et l'imagination du spectateur le continue et l’achève. Le Mercure de Rude est plus jeune, plus beau, de plus haute race et d’une élégance olympienne. Sa tête, sans pétase, est vraiment divine. Un dieu ne craint ni l’ardeur du soleil ni les intempéries de l'air. Mais quelle grâce

dans l'élan du jeune immortel ! quelle auguste beauté dans ses formes !

Je ne me lasse point d'admirer sa tête charmante et sereine, sa chevelure ailée, son torse évasé aux dépressions légères, ses hanches serrées indiquées à peine, ses bras qui n’ont point connu les efforts du travail, ses mains qui effleurent ce qu’elles touchent, ses jambes sveltes comme doit les avoir un messager des dieux, son pied leste, rendu plus leste encore et plus mince par le déploiement de ses talonnières, enfin cette draperie négligemment nouée autour du cou et qui n’est, ici, qu'une élégance de plus, un indice du vent qui souffle dans les régions de l’air où Mercure va prendre son vol ; elle vient accompagner les membres de ce corps robuste et délicat et donner à la partie supérieure de la figure une ampleur qui fait paraître la jambe plus fine et la tête plus légère. »

On ne saurait écrire plus belle page et pourtant, même dans cet éloge enthousiaste, il n’est pas un mot qui n’aboutisse à justifier une appréciation plus modeste. Les qualités que Charles Blanc relève, avec une justesse de touche d’ailleurs si saisissante, sont toutes, en fin de compte, des qualités

de métier. Double mouvement combiné avec un sens profond des attitudes, .

facture impeccable de l’ensemble et des détails de la statue, adaptation savante des gestes et du relief, déploiement de ce goût souverain qui fait que de tant de muscles tendus et de forces dépensées résulte un effet qui paraît calme, aisé et comme souriant : voilà assurément qui impose l’admiration et fait proclamer très haut, avec le critique du Moniteur, que « l’ouvrage est d’un statuaire excellent ».

Mais, pour réaliser un vrai chef-d'œuvre, il faut encore plus ou mieux : une idée, un sentiment, une étincelle.

La figure du Mercure est souverainement élégante et sereine. Het-ellé bien celle de Mercure ? Le critique du Moniteur le déclare. Est-elle olympienne ? Charles Blanc nous l’affirme. Elle est, en tout cas, humaïinement inexpressive. JL/'originalité de l'attitude, adaptation et variante de tant d’autres Mercures antérieurs, ne sort pas du domaine de l’ingénieux. Elle

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