DE SI
VS
Le sujet aussitôt conçu et arrêté, un souffle épique a soulevé l'artiste.
Ce qu’il représentera, c’est un monde : l'épisode qui renouvelle l’histoire, le moment unique des Annales nationales. Dans l'étroitesse d’un groupe en relief, en quelques figures colossales, devra tenir cette grande idée : la Fyance patriote, la Liberté armée contre l'Envalnsseur. Il faudra que dans ce relief retentisse la grande voix de la nation, que jeunes et vieux, enflammés, s’élanceñt, héroïques et confiants, à l'ennemi.
On raconte que Sophie Rude, qui, dans l'atelier de son mari, posait pour le Génie de la France, avait beau s’époumoner et crier de toutes ses forces, Rude lui répétait toujours : « Plus fort, plus fort ! » Et Rude, en vérité, a réalisé ce miracle qu’il paraît impossible que la France ait crié plus fort qu'elle ne crie dans son œuvre.
Ce qu’il y a d’admirable dans cette œuvre maîtresse, c’est la synthèse. Une grande synthèse, en art, est le triomphe et aussi la marque suprême du génie. Or, une grande synthèse en sculpture suppose la concentration vigoureuse de la pensée, un souffle créateur qui prête la vie au moindre grain de pierre et dote chaque détail de sa signification propre, — subordonnée pourtant à l’idée directrice de l’ensemble, — une puissance de conception, enfin, qui donne à la composition l'unité souveraine et développe autour d'elle les éléments accessoires comme autant d’harmoniques du thème fondamental. I/œuvre superbe où préside le Génie de la France réalise à merveille ces conditions. Dans la figure centrale, le cri de détresse, qui est en même temps cy2 de guerre, fait l’unité du morceau; le cr: domine, l'oreille en est frappée en même temps que l'œil ; deux sens, pour ainsi dire, se combinent pour porter l'émotion au ‘plus haut point, et rien, dans la sculpture, ni ancienne ni moderne, ne produit pareil effet. Mais, si le cri est ici en quelque sorte le centre, il n’est pas le tout : l’anxiété tragique et fière des traits, les cheveux épars, la vigueur épique du geste, la maïn dressée, l'épée droite, les ailes frémissantes, éperdument élargies, tout semble propager le cri, tendre l'être tout entier dans la violence du suprême effort. Et telle est la magie souveraine de cet art que l'impression elle-même se prolonge. Fixez l'œuvre d’un œil attentif : elle n’est point immobile; le cri persiste et s’'amplifie ; il a commencé en cri d’ angoisse, il se continue, s’achève, éclate en cri de victoire.
Les autres figures qui entourent le vibrant Génie de la France et lui font
cortège ne sont point inférieures. Les mêmes qualités de style se retrouvent dans le groupe des patriotes armés que la voix sublime transfigure en héros.
Cliche A. G
TèTEe DE LA MARSEILLAISE DU DÉPART DES VOLONTAIRES (Arc de Triomphe de l'Etoile.)
Ici, Rude suscite pleinement cette sensation à laquelle il s'était essayé à . Tervueren, dans le combat d'Achille. Une tête de cheval surgit, hennis- . sante, et c’est toute une cavalerie. Avec quelques personnages seulement,
Érupe Pour L'Arc DE Triompne (Dessin).
(Collection G. Joliet, Dijon.)
CR
il parvient à donner l’illusion d’une foule, la vision intense de la bataille c'est le tourbillon qui passe, c’est un torrent de mouvements où jeunes et
vieux, hommes et chevaux s’excitent, se mêlent, s’entraînent, et l’impression du tumulte patriotique est acquise. En un mot, c'est, dans un