ÉPHÈBE DU DÉPART DES VOLONTAIRES
(Arc de Triomphe de l’Etoile.)
bloc de pierre animé d’un souffle créateur, toute l’armée des vainqueurs de Valmy.
Ainsi le cri, le mouvement, voilà la nouveauté de l’œuvre et le secret de sa puissance. Le sublime, ce fut de faire hurler la pierre et de la mettre en marche, non certes d’un pas de parade ou de défilé, mais d’une véritable marche révolutionnaire, de la course héroïque et précipitée à la frontière.
Un pareil défi à la décence académique ne pouvait être, au temps de Louis-Philippe, du goût de tous. Un émule de Rude, — qui fut plus d’une fois mieux inspiré, — David d'Angers, s'exprimait à ce sujet en ces termes :
« La passion qui grimace aux heures les plus solennelles est ridicule. La laideur n’entraîne pas, et le visage de la liberté, tel que Rude l’a rendu, est hideux. La douleur peut crier en sculpture, maïs jamais l'enthousiasme qui doit électriser une nation. L/art, dans le groupe du Départ, de Rude, est l'expression d’une fausse chaleur. Un acteur qui crie à outrance croit sans doute émouvoir les spectateurs : il agace leurs nerfs ou les fait sourire de pitié. L'étendard, porté à travers l’armée, sur la redoute conquise, vaut le discours le plus énergique de la patrie. Quelles paroles d’un chef pourraient atteindre à l’éloquence d’une telle scène ! La Liberté indiquant du geste aux citoyens en armes le chemin de la victoire, c’est la Marseillaise en action.
« Rude a voulu rappeler, sur l’Arc de Triomphe, le départ pour la frontière..…. Un groupe de vieillards s'apprête au combat, un jeune homme va partager leurs périls, une figure aïlée plane sur eux, et, selon la pensée de l’auteur, elle chante la Marseillaise. Telle est la composition du statuaire. D'abord ces personnages, armés comme des Gaulois, sont un contresens. L'homme courbé, qui fait ployer son arc, est non seulement d’un dessin très mou, maïs il rappelle une façon de combattre qui n’a nul rapport avec l’époque de la Révolution. La Liberté indique d’une main qu'il faut marcher en avant ; de l’autre, elle appelle les défenseurs de la France ; l'action se trouvait ainsi suffisamment exprimée sans qu’il fût nécessaire de faire hurler la bouche. Le geste aide à comprendre au premier coup d'œil le sentiment moral de ce groupe. D'ailleurs, plus les masses sont imposantes, plus les auditeurs sont nombreux, moins la voix conserve d'action : c'est par des gestes grands et simples qu’on entraîne les foules. Un sabre levé en l'air a plus d’éloquence aux yeux d’une armée que des paroles qu'elle n'entendrait pas. Rude laisserait supposer, par la manière
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