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LA STATUE DE MONGE A BEAUNE

L'année même où une inauguration retentissante et quelque peu théâtrale

célébrait l'établissement définitif du Réveil de Napoléon à Fixin, en 1847, :

Rude s’occupait d’une nouvelle commande, venue à lui quelques mois plus

tôt. L'initiative appartenait, cette fois, à une ville de Bourgogne. Beaune …

avait résolu d’honorer par l'érection d’un monument la mémoire d un de ses enfants les plus glorieux, le savant Monge. Ce n’est point sans des conséquences fort visibles que Monge succède,

dans la chronologie des grandes œuvres, au Napoléon de Fixin. Le goût des

idées complexes et subtiles dans l’iconographie a lancé Rude dans une voie où son tempérament se complaît, où son ciseau même se délecte. Maïs, ici, le tour de force est peut-être encore plus saisissant. Le lyrisme du sujet se prêtait, dans le Réveil, à la combinaison de la fiction et du symbolisme.

À Beaune, c'est d’une science exacte qu'il s'agit d'évoquer l’image : c’est.

l’abstrait qu'il s’agit d'exprimer par la plastique. Rude entreprend

de modeler le professeur de l’Ecole polytechnique dans le feu de l'enseigne- |

ment.

« Si Monge avait à dépeindre des formes de !’ eue idéales où réelles, il annonçait, 1l suivait du regard ces formes dans le vide de l’espace ; ses mains les dessinaient par leurs mouvements ingénieux, elles indiquaient les contours des objets comme s’ilseussent été palpables, en fixaient les limites et ne les dépassaient jamais. Cette rare justesse dans la peinture mimique des formes, cette vue supérieure et si nouvelle, cette attraction profonde et la chaleur d’un ensemble si bien combiné de gestes, de regards, de paroles, absorbaient à la fois, par tousles organes des sens, l'attention des auditeurs.»

TèTrE DE MONGE.

(Musée de Dijon.)

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Ainsi s’exprimait, le jour de l'inauguration de la statue, sur la place publique de Beaune, un élève de Monge, le baron Dupin. Il suffit de considérer la statue elle-même pour s'assurer combien le geste familier du maître a été saisi sur le vif.

Mongeapparaît en tenue du dix-huitième siècle finissant, élégante maïs sobre. Il se tient solidement campé, comme un digne collaborateur de l’expé-. dition d'Egypte. Il ne s'appuie pas, mais tout le corps porte sur la jambe droite qui s’infléchit légèrement. La pose est à la fois naturelle et noble. D'un côté, le manteau traîne jusqu’à terre; de l’autre, il se relève sur un petit pilier agrémenté d’arabesques et surmonté d’un solide géométrique, qui résume le décor. Monge parle, il enseigne. La démonstration ardue qu’il poursuit absorbe sa pensée. L'effort intellectuel du démonstrateur plisse le front, fronce les sourcils, tandis que l'œil, clair et vif, suit la netteté de l’idée qui lentement, sûrement, se déroule vers son but. Le geste accompagne et. interprète la parole du savant : le coude droit se baisse et se retourne laissant retomber la main dont les doigts se replient dans un mouvement complexe, comme l’idée, tout naturellement POUR et sans effort, Le le jeu de Ia pensée qui emplit tout l’homme.

Maïs ce n’est pas seulement ici une attitude individuelle qui se LOUE immortalisée. Une vérité générale émane de cette statue si profondément pensée. Rien ne distrait le spectateur de l’idée synthétique, en sorte que, si le Gaspard Monge de Beaune est un chef-d'œuvre, c’est que ce portrait rigoureusement véridique d’un grand Bourguignon est, en même temps, la statue idéale du mathématicien.

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