L'ENSEIGNEMENT ET LA TECHNIQUE DE RUDE
Le grand sculpteur dijonnais n’a pas seulement produit, il a encore ensei- | gné. L'enseignement a tenu dans sa vie une place considérable, à certains égards même prépondérante. I//enseignement, en effet, doit beaucoup : 24 Rude et Rude doit également beaucoup à son enseignement. |
C'est à Bruxelles qu'il eut pour la première fois des élèves. Autour de l’exilé, jeune encore et modeste, s'était formé un petit cercle de débutants 24 dont quelques-uns eurent du goût et même du talent. On y vit, entre autres, le sympathique Feignaux ; Stas, de Louvain ; Van der Strœten, fils de l’actif architecte royal qui prodiguait complaisamment à Rude les commandes ; Van der Hœrt, qui épousa Victorine Frémiet, sœur Cadeies ES de Sophie, et devint ainsi le beau-frère de son professeur. |
Comime il se livrait tout entier à ses élèves, Rude avait bien re Ass Mr. sur eux une influence profonde. L/un d’eux, Feignaux, en est témoin : «Rude, — disait-il au DT Legrand, — bien qu’il ne donnât jamais SE à ses élèves, avait une manière à lui d’insinuer ce qu'il désirait, et cette manière était irrésistible. Un fait vous en donnera la mesure : il avait re 2440 à nous détourner de l’estaminet, nous Flamands ! » FH
Dans cette intervention moralisatrice, se surprend l'union Éroie ic Le l’homme et de l'artiste : le secret de son influence sur ses disciples est tout D entier dans la confidence de Feignaux. EE AU LL
Son désintéressement égalait d’ailleurs sa sollicitude: « Rémarqees nous RS dit encore Feignaux, qu'il ne recevait pas de rétribution de ses élèves et
que jamais aucun d'eux ne lui fit un cadeau : on savait qu'il ne l’eût pas accepté ! »
Par contre, il recevait ses disciples chez lui ; ils allaient passer la soirée dans son humble salon. Les deux sœurs Sophie et Victorine étaient, paraît-il, d'excellentes musiciennes : on avait donc organisé des concerts intimes. Rude créa même dans son propre intérieur des sortes de cours à l’usage de ses élèves. Ecoutons, en effet, une fois encore la voix du bon Feignaux : «(Un de ses amis, dit-il, à sa sollicitation, nous professa la géométrie, le calcul et l'algèbre » et ces leçons s’ajoutaient aux cours que Rude recommandait à ses élèves, notamment (toujours au témoignage de Feignaux) certains «couts publics de physique et d'anatomie. »
Comment Rude si soucieux du perfectionnement intellectuel et moral de ses disciples n'eût-1l pas été aimé d’eux autant qu'il en était admiré ? C’est qu'ils voyaient en lui quelque chose de plus qu’un démonstrateur de principes ou qu'un correcteur d'épreuves, un ami supérieur dont l’affection agissante les enveloppait de ses effluves et les élevait à lui.
Or, l’enseignement ainsi compris n’a pas seulement des effets sur les élèves qui le reçoivent, mais aussi des effets sur le maître qui le donne. Enseigner, assure-t-on, c'est apprendre deux fois. En vérité, c’est trop peu dire. C’est son enseignement à Bruxelles qui a dégagé dans l'esprit de Rude les principes esthétiques qui lui étaient propres et dent sa maïn s’inspirait. Il a réfléchi pour les jeunes gens qui se fiaient à lui, et c’est lui-même qui, le premier, a recueilli les bénéfices de sa réflexion. Pour les formuler à ses disciples, pour les leur rendre assimilables, il a été conduit à raisonner peu à peu ses propres idées : ainsi, 1l serait plus juste que paradoxal de dire qu'il a été son propre élève et qu’il s’est mis lui-même à l’école de son propre génie.
Rude, chef d'atelier à Bruxelles, entouré d’un noyau de quelques fervents de son art, refaisait de la sorte sa propre éducation. Grâce à cet effort intérieur, Rude remontait lentement la pente funeste qu’il avait descendue à : son insu pendant ses années d’études parisiennes. Sans qu'une pensée de réaction ou de révolte se fît jour dans sonesprit, des idées nouvelles surgissaient du fond même de sa nature artistique. Ces idées se dessinaïient, elles lui apparaissaient dans l’atmosphère heureuse de sa vie calme et sereine aux premiers temps de son mariage, dans la quiétude d’une vie matérielle momentanément assurée, à la chaleur réconfortante d’un foyer longtemps
rêvé. Il n’est pas surprenant que, dans ces conditions, l’auteur de Marius et d’Aristée soit devenu l’auteur de la Légende d'Achille et quela brillante série des bas-reliefs de Tervueren se soit annoncée comme le prélude des
chefs-d’œuvre de l’âge mûr. SNS II
Mais si les idées de Rude allaient se dégageant, de plus en plus claires et de plus en plus précises, ce n’est point sans que des influences se fussent exercées sur lui. Les conversations de quelques amis, notamment du théo-
Ras DNS LAURE TON CEE