APOLLON ET LES MUSES
(Esquisse pour un fronton destiné au théâtre de la Monnaie à Bruxelles. Non xs ) % (Dessin de la collection G. Joliet, Dijon.)
renoncer à la direction de son atelier. Ses élèves s Re : à Rude. Rad alors, avec la franchise que nous lui connaissons bien, leur fait cet profession de foi qui le peint tout entier : «Il est inutile, mes amis, que no! laissions s'établir entre nous des malentendus. Vous me saurez gré de vous parler sans détours. Je dois d’abord vous prévenir que je n’entends pas l'office d’un chef d'atelier à la manière de tout le monde. D’ordinaire, lorsqu'un groupe des jeunes gens se place OS la Gates LE d’un maître, le maître |
tection. Ce compromis DAIEUNES Dent nuire à l'éclosion des tente il m6
lui est jamais favorable, et je n’en veux à aucun prix. Vous me doïinez, recourant à moi, ‘une marque de Hole estime, une preuve de confiance
pendance n'était pas peut-être de nature à servir ses élèves, il ajoute : « Hors de l'atelier, je serai votre camarade, votre compagnon dévoué, mais, où que je sois, ne faites fond sur ma bonne volonté pour vous ménager un passe-droit quelconque. J'ai une devise qui me plaît : À CHACUN SELON SES ŒUVRES, et je m'y tiens. Cela dit, s’il vous faut, pour vous diriger en vos études, un homme droit, amoureux du vrai, sympathique à vos efforts, aussi désireux que vous-mêmes de voir s’accuser votre tempérament indi-: viduel et parfaitement résolu à écarter de vous toute influence extérieure, füt-ce la sienne, prenez ma main : je suis cet homme-là. Le meilleur enseignement est celui qui donne aux élèves les plus grands moyens d’émancipation et leur fait contracter les habitudes d'esprit les plus personnelles. Mon idéal de professeur serait tout uniment de vous mettre en mesure de vous passer de moi. Donc, je vous invite à réfléchir. Vous connaissez mes conditions. 11 dépend de vous d’y acquiescer ou de vous tourner vers un autre statuaire. »
Cette profession de foi si nette et qui, d’ailleurs, explique tant de choses, frappa les jeunes élèves de David. Ils répondirent par une belle lettre qui mérite d’être intégralement citée :
| | $ Paris, 14 juin 1842.
« Monsieur,
Les élèves de l’atelier David, tous bien convaincus qu'il n’y a que M. Rude qui puisse continuer ce que leur maître a fait jusqu’à ce jour, viennent le prier de nouveau de vouloir bien les accepter pour élèves. Ils déclarent en outre à M. Rude que les paternelles et bienveillantes observations qu'il a voulu leur faire, dans un esprit de sollicitude extrême, les ont vivement touchés ; mais qu'après les avoir suffisamment müûries dans leur pensée, ils persistent toujours à ne vouloir d'autre maître que lui.
En conséquence, ils s’empressent d'assurer M. Rude qu'ils ne cesseront jamais de faire chaque jout de nouveaux efforts pour mériter de plus en plus les précieux conseils qu'il voudra bien leur donner, et le prient d’agréer l'expression de leur profond respect et de leur inaltérable reconnaissance. »
Le pacte était conclu. Rude reçut donc les élèves de « l'atelier David ». Il enseigna désormais à Paris sans interruption et toute une pépinière de disciples sortit de cet enseignement.
Afin de donner une idée de la fécondité de l’enseignement de Rude, rien ne vaut une liste, si incomplète soit-elle. Nous empruntons celle-ci aux recherches minutieuses de M. Louis de Fourcaud qui a recueilli, à défaut d'un
registre d'atelier, les noms de quelques artistes particulièrement distingués, qui travaillèrent sous la direction du maître et profitèrent de ses leçons. Les noms qu'il a relevés sont les suivants :
Arnaud (Charles-Auguste), de la Rochelle ; — Aublet (Nicolas), de Paris ; — Bangillon (Emile), de Méru (Oise) ; — Becquet (Just), de Besancon ; — Blanc (Armand), de Dijon ; — Boury (Charles-Martial), de Paris,
UN coin pu MUSÉE RUDE, A Dijon.
— Brun (Henri), de Saint-Jean-le-Vieux (Isère) ; — Cabet (Paul), de Nuits (Côte-d'Or) ; — Cain (Auguste), de Paris ; — Capellaro (Charles-Romain),de Paris ; — Carpeaux (Jean-Baptiste), de Valenciennes ; — Chatrousse (Emile), de Paris ; — Christophe (Ernest), de Paris ; — Cordier (Charles), de Cambrai ; — Delarue (Sébastien), de Romorantin (Loir-et-Cher) ; — Devers (Joseph), de Turin (Piémont) ; — Durst (Marius), des Ternes (Seine) ; — Franceschi (Jules), de Bar-sur-Aube ; — Frémiet (Emmanuel), de Paris, neveu de Rude; — Gautier (Jacques), de Paris; —
— Gayraud fils (Joseph-Raymond-Paul), de Clermont-Ferrand ; — Guitton (Victor-Edouard-Gaston), de Napoléon-Vendée ; — Idelin (Henri-Frédéric), de Claïigerotte (Haute-Saône) ; — Le Bourg (Charles-Auguste), de Nantes ;
— Lecavellier (Charles), de Caen (Calvados) ; — Levéel (Armand), de
Briquebec (Manche); — L'homme de Mercey (Bernard), d'Autun ; — Marcellin (Jean-Esprit), de Gap (Hautes-Alpes) ; — Martin (Auguste), de Dunle-Roï (Cher) ; — Michaud (Claude), de Paris ; — Montagne (Pierre-Marius); de Toulon (Var) ; — Montagny (Etienne), de Saint-Etienne (Loire) ; — Pantard (Marc), de La Beissière (Cantal) ; — Penel (Touis), de Saint- Etienne (Loire) ; — Schrœder (Louis), de Paris.
Ajoutons à cette liste, Garaud (Joseph) de Dijon, auteur de plusieurs œuvres estimées en Bourgogne, et que nous avons déjà rencontré sur notre route.
Au surplus, on ne saurait apprécier le rayonnement de cet atelier sans avoir jeté un coup d’œil sur la technique du Maître et sur sa méthode de travail.
La technique de Rude a été le résultat de sa culture scolastique, de son enseignement et de son propre goût. Si conscient qu'il ait été, à de certaines heures, des abus de l’École, il a toujours gardé l'empreinte du dogmatisme académique ; mais les réflexions qu’il s’est imposées pour former ses élèves ont dégagé, dans son esprit, des principes qu'il aimait, nous l’avons vu, à condenser en formules; et, d'autre part, son tempérament personnel, modifié par les contingences de sa vie, a contribué dans uñe large mesure à
Jui créer une manière.
C’est, au total, une manière à la fois spontanée et laborieuse où se retrouvent ces deux qualités en apparence contradictoires du Bourguignon : la vivacité primesautière de la conception et la lenteur méthodique de la réalisation. Attaché fermement à la nature, amoureux du mouvement, Rude pourtant ne se fie jamais à une improvisation : il est difficile à luimême. Sans parler des cas où, pour des raisons spéciales, il abandonne entie-
rement un parti primitif (par exemple le premier projet du Napoléon de
Fixin ou de la statue de Ney), il n'arrête définitivement l'invention qu'au moment de l'exécution. Toute œuvre provoque de sa part de nombreuses
ébauches préalables. Nous en avons la preuve dans les dessins inédits qui
appartiennent à M. Gaston Joliet, à Dijon. L'’heureux possesseur de ces précieux documents a bien voulu, — par une faveur spéciale dont nous lui sommes infiniment reconnaissant, — nous permettre d'en faire profiter nos lecteurs. |
D'ailleurs, tous les dessins de Rude qui nous sont parvenus se rapportent à son œuvre plastique, — à l'exception d’un seul, qui appartient auMusée de Dijon.et remonte à l’époque de ses premières études dans sa ville natale :
c'est une copie du tableau d’Anatole Devosge, le Dévouement de Cimons
Les autres, pour la plupart au Louvre, nous ramènent à des œuvres de sculpture conçues ou réalisées.
Or, rien n’est plus instructif que ces études préparatoires pour qui veut
LE DÉVOUEMENT DE CimoN (Dessin, copie du tableau de Devosge). (Musée de Dijon.)
pénétrer dans l'intimité même des procédés du Maître. La conscience de
l'artiste s'y manifeste à tout instant. La moindre commande donne lieu à
des esquisses renouvelées. Rude jette des idées sur un bout de papier quel= conque, il reprend les esquisses, les transcrit, les modifie, les remanie, sauf à utiliser quelque jour ailleurs un motif qui lui a paru momentanément mal venu. S'agit-il de faire du nu? I,//anatomie l’attire aussitôt ; il se souvient des bons et fermes principes de Devosge ; il se préoccupe si bien de la musculature qu’il voit comme à travers la peau du modèle et dessine, pour s'en inspirer, le jeu même du squelette et des tendons. Prudhon, formé à la
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