‹ François RudeChapitre 58 sur 68 · JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

JEUNE FILLE

(Musée de Dijon.)

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même discipline, ne soigne pas davantage ses dessins. Maïs c’est surtout la : 20 composition qui est longue à venir dans ses moindres dé aussi cherchés que des ensembles. + NES “2h É Le groupe de la Marseillaise a été, assurément, spontané dans sa donnée ‘Ne synthétique : il n’en a pas moins été retouché à maintes reprises dans l’or- 4 donnance de ses éléments avant de revêtir son aspect définitif. Et ce ne à sont pas seulement des dessins qui attestent la patiente élaboration du Le. chef-d'œuvre. Le Musée de Dijon possède un premier projet du groupe. ‘nl I1 expose aussi la maquette d’une tête colossale, dite improprement «tête de vieillard », qui était destinée à faire partie du haut-relief. ; E | Cette maquette, à la place d’honheur qu'elle occupe, captive l'attention. SE Elle n’est pas seulement un précieux « témoin », elle doit être retenue comme un incomparable morceau d'étude. Une charmante téfe de jeune fille, = modelée en vue del’Hébé, l’avoisine et en fait d'autant mieux ressortir les dimensions. Sur son socle massif, la tête du héros révolutionnaire que Rude ; a conçue, apparaît comme celle d’un Titan. Cette tête est un monde. On croirait que des convulsions géologiques en ont modelé la face aux creux pe à profonds, aux reliefs puissants, tandis qu’un feu intérieur fait jaillir le regard et que l'élan irrésistible d’un mouvement mystérieusement traduit … rejette en arrière l’abondante chevelure. N'est-ce point l'enveloppe formi- … dable et pourtant humaine qu’habite et façonne l'âme ardente d’un géant ? Jamais peut-être Rude n'a été plus près des hardiesses modernes que dans cette tête splendide, née de son seul génie épique et. affranchie de toute ges | formule d'atelier. A II est facile, au contraire, d’apercevoir, dans la plupart de ses œuvres, 24 l'influence de l’enseignement traditionnel et des procédés académiques. ..… Sans doute, Rude s’est délivré d'assez bonne heure des pis d'école, auxquels il se résignait au temps du Marius ou du Génie immolani, et il asu Le retrouver avec toute son ampleur le drapé des grands maîtres de la Renais- = sance, comme en témoignerait à lui seul le Cavaignac. Mais le symbolisme, langue de convention dont l’art classique faisait au dix-reuvième siècle un si. constant usage, se reconnaît dans la plupart des compositions du Maître et. notamment dans ses statues historiques. Ce ne sont pas seulement parfois les s attributs qu'appelle presque inévitablement la détermination obligatoire du re 4 personnage : le symbole situe la scène. Rude veut-il, par exemple, camper 2 le Maréchal de Saxe sur le champ de bataille, il aura soin de ménager une > roue d’affût brisée, une grenade tombée, une fascine qui supporte un EFt ae,

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telet et un casque. De même Jeanne d'Arc écoutant ses voix a une armure à côté d'elle pour évoquer l’action à laquelle ses saintes la convient.

Les choses réelles, au contact des symboles, se réduisent en signes et le sculpteur recourt volontiers à l'emploi d'accessoires stylisés. N’est-il pas curieux et instructif d'observer comment le ciseau de Rude figure l’eau ? Elle apparaît soit dans le panneau de la Légende d’Acmlleoù Thétis trempe son fils dans le Styx, soit dans le Réveil de Fixin, dont le roc volcanique est battu par les vagues, soit dans l'Amour dominateur du monde qu'entourent les flots peuplés des espèces aquatiques. Dans les trois cas, l'élément cher aux classiques se présente comme une série de plis parallèles dont la sinuosité suffit à rendre le mouvement de l’onde. Ce n’est certainement pas dans un mode de traduction aussi rudimentaire qu’il faudrait chercher la moindre trace de réalisme.

Pourtant, si le symbolisme comme moyen d'expression a fait obstinément son office chez Rude, il est juste de dire que la part de la convention et du procédé scolastique a toujours été diminuant. Les dernières œuvres de Rude témoignent d’un symbolisme renouvelé et vivifié. Les anciennes formules disparaissent. Elles n’ont laissé dans l'Amour dominateur que le plissement factice dont est faite la mer où baigne le pied du jeune dieu ; et, si Hébé est elle-même un symbole, il n'apparaît point qu’elle fasse aucun sacrifice à la tradition du style académique.

C’est surtout à Dijon que l’on peut se rendre compte de cette évolution. Dans la salle dite du Musée Rude, une sollicitude pieuse a réuni en nombre des œuvres originales, des maquettes, des moulages qui forment le plus bel ensemble : et c’est, en même temps qu'une véritable exposition permanente, un hommage mérité au génie d’un artiste dont l’œuvre honore au plus haut point la ville où il est né et l’école d’où il est sorti.

CEPAP ISERE RER

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