SAINT JOSEPH
Notre-Dame de Dijon
(Chapelle des Œuvres,
inconnus de lui, et qui fournissent avec les aflégories et les symboles la matière à peu près exclusive de l’art académique.
Un buste, que Rude a fait entre temps, lui a procuré un nouveau protecteur : c’est le buste du graveur Monnier, dont le gendre, Frémiet, contrôleur des contributions directes, demeure rue des Forges. Ce fonctionnaire impérial est fort répandu en ville ; c’est un fin lettré et un connaisseur. Très vite il s’est engoué du jeune élève de son ami Devosge. C’est la coalition bienfaisante de Frémiet et de Devosge qui finit par arracher à l’obstination d’Antoine Rude le oui si longtemps espéré.
Ce fut assurément un jour heureux pour Rude que celui où sa vocation, enfin victorieuse, conquit le droit de se développer librement. Maïs ce jour de joie fut bientôt suivi de jours de deuil. Rude perd sa mère le 11 avril 1803. Une attaque de paralysie immobilise peu après son père, qui s'éteint lentement et meurt à son tour le 7 mars 1805. La misère s’abat sur cette malheureuse famille d’orphelins. Il faut vendre la maïson de la rue Poissonnerie. A grand’peine, Devosge et Frémiet trouvent à leur protégé des travaux pour le faire vivre. Le buste de Mugnier, qui date de cette époque, nous demeure inconnu de même que celui de Monnier, et le seul témoin de l’activité artistique de Rude en ces heures sombres est pour nous le Sasnt Joseph (plus semblable à un Saint Christophe) de Notre-Dame-de-Dijon (chapelle des Œuvres), imitation curieuse et hardie du célèbre Faune à l'Enfant.
Cependant, les travaux académiques de Rude, poursuivis obstinément à travers tant d'épreuves, ont manifesté des progrès si évidents et affirmé aux yeux des bons juges une telle nature d'artiste que Frémiet et Devosge décident d'envoyer, coûte que coûte, Rude à Paris. C’est à Paris seulement qu’un jeune artiste d'avenir, sous l’Empire, peut trouver assez de travail d'atelier pour vivre en se perfectionnant. Devosge, au surplus, se rend compte que son meilleur élève n’a plus rien à apprendre de lui désormais, et, respectueux de ceux qui ont, à cette heure, réputation de grands maîtres, il leur remet modestement et consciencieusement la destinée de celui à qui ses leçons ont révélé à la fois Ja dignité de l'Art et son propre génie. |