‹ François RudeChapitre 60 sur 68 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Un grand artiste n’est point un isolé. Dans l’histoire artistique de son … | je temps et dans l’histoire artistique de tous les temps, il occupe une place qui lui appartient en propre et que concourent à lui assigner son tempérament “4 24 et son éducation. 4

Le tempérament et l'éducation de Rude nous ont été révélés par l’ étude NS même de sa vie. | | FFE

Aussi bien, le RSR de Rude enfant nous était-ilapparu en pleine lumière dès l’abord : il n’en a jamais changé. Le jeune poëlier de la rue Poissonnerie, grandi au milieu de la tempête révolutionnaire, est demeuré tel à que l’avait fait le premier contact avec la vie ; l'atelier paternel avec sa "a | dure besogne quotidienne, le Royal-Bonbon avec l'entraînement juvénile de 32 à son ardeur patriotique l’ont marqué d’une ineffaçable empreinte. Rude est toujours resté le fier volontaire de quatre-vingt-douze, qui, à huit ans, … | avait entendu le cri vibrant de la Patrie en danger, qui avait rêvé guerres et conquêtes, qui ne reculait pas devant le duel pour soutenir l'honneur de 2328 son petit sabre, et qui, après thermidor, cachait ses armes pour ne pas les rendre. Toujours, aussi, il est resté le travailleur acharné de la forge, ami . des humbles parce qu'ila été des leurs, inébranlable sur ses principes, attaché à ses convictions avec le même dévouement qu'à ses amis. Il est resté, enfin, te | le jeune homme loyal et confiant qui, dès le premier entretien, gagnaït l° ‘af fection précieuse de Devosge. La lettre aux électeurs dijonnais de 1848 ou la. lettre aux élèves de « l'atelier David » respire la même franchise que. a. #1 | déclaration de 1800 au directeur de l’École des Beaux-Arts. +12 11 at

Mais ce Bourguignon authentique, fils d’un forgeron dijonnais et d’une paysanne d’Arc-sur-Tille, ce Bourguignon robuste et france, largement

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pourvu des vertus les plus séduisantes de sa race, était un artiste, et dés le premier jour, encore qu’à son insu.

Artiste dans l’âme et bourguignon du fond du cœur, Rude ne saurait être, en vérité, qu'un artiste bourguignon, c'est-à-dire un héritier du vieux génie artistique de sa race. En lui revit ce qui a fait la force et la grandeur de la sculpture bourguignonne de l’âge d’or : le sentiment intime de la vie concrète et le sens profond de la valeur plastique. En un temps où Claus Sluter n'est pour ainsi dire connu de personne en dehors de quelques érudits, un artiste, qui peut-être lui-même ne le connaît pas ou en sait à peine le nom, continue sa tradition et la renouvelle. Le phénomène est assurément de ceux qui portent à la méditation. Et cette survivance de l’art bourguignon d'autrefois, mystérieusement ressuscité dans l’âme de Rude, a beau être contrariée par l'éducation, traversée par les circonstances, elle éclate, à de

certaines heures, avec une telle évidence, que nul ne pourrait songer à la nier.

Deux œuvres, à cet égard, sont éminemment révélatrices : le Jeune Pêcheur napolitain et le Tombeau de Cavarignac.

Le Jeune Pêcheur napolitain est un de ces chefs-d’œuvre où rien ne s’interpose entre l'artiste et le modèle. Le sens intime de la vie humaine, le sens intime aussi de la valeur plastique, évocatrice de la sensation, s’y affirment superbement, donnant au corps sa réalité moyenne et tangible, aux membres l’élasticité, l’aisance au geste, la fraîcheur au sourire.

Le réalisme du tombeau de Cavaignac estencore, au premier chef, de l’art direct. C’est le portrait d’un mort poussé jusqu’au plus extrême souci de la vérité. Et, si autour de ce cadavre, traité avec toute la vigueur dont un Ligier Richier eût été capable, il flotte cependant une âme, c'est qu'en effet, pour Rude, une âme flottait encore autour du combattant frappé en pleine bataïlle par l’implacable fatalité.

Or, ce sentiment de la vie et de la valeur plastique peut paraître aujourd’hui tout naturel chez un artiste ; il peut paraître tout simple que Rude ait directement saisi, dans l'Enfant à la tortue, un moment de vie individuelle dans la spontanéité même de son mouvement, comme il peut paraître tout simple que Rude ait étendu le cadavre raidi d’un grand Républicain sur la dalle funèbre. Mais il faut replacer ces œuvres dans le milieu qui les entourait à leur heure de gestation. Et alors, il apparaît bien que ces œuvres d’art direct étaient aux yeux des contemporains de Louis-Philippe non

seulement des nouveautés, mais He hardiesses, et, pour ES des sujets de scandale. Une appréciation, que nous rappelions tout au long à propos du pêcheur napolitain, se terminait par cette apostrophe : « Pour Dieu ! si vous voulez du nu et rien que du nu, restez dans la mythologie, 54 À vivez sur les héros, ne touchez pas à l’humanité !» De même, ee de | fut peu goûté de plusieurs critiques et non des moindres. David d’ Angers ne s’est pas seulement attaqué au groupe du Départ, le monument du cimetière Montmartre a trouvéen lui un détracteur dépourvu d’ indulgence : 3 « Rude se montre sévère à l'endroit du général Cavaignac, parce qu'il n’a pas fait preuve d’un grand enthousiasme au sujet du monument de 1

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