‹ François RudeChapitre 61 sur 68 · DESSIN POUR LA LAPIDATION DE SAINT ETIENNE · texte numérisé non relu

DESSIN POUR LA LAPIDATION DE SAINT ETIENNE

(Collection G. Joliet, Dijon.)

Godefroy Cavaignac, son frère : la chose est nee naturelle, l'art E ayant représenté son modèle sous les traits d’un cadavre amaigri, avec R raideur de la mort. »

Cette méconnaissance ne saurait surprendre ; mais elle rappelle à à une | juste appréciation et ramène aux enseignements de l” histoire. Car, l’esthé- 4 tique bourguignonne que Rude, en plein dix-neuvième siècle, faisait revivre, … était l'inverse de l'esthétique classique qui régnait alors dans le goût public et dans les milieux officiels : à l’École, à l’Institut, au Salon. Cette antinomie … fondamentale explique justement les démêlés de Rude avec les institutions officielles de son siècle, ses désertions du Salon, ses déceptions à l’Acadér la sévérité et l'injustice de beaucoup de ses contemporains, l’existe recluse, enfin, à laquelle ce joyeux et cet optimiste s rest condamné tot sa vie. |

Le classicisme académique et orthodoxe n’a pas seulement contrarié Rude : l'ennemi s’est infiltré dans la place ; le Maître lui-même a sacrifié plus ou moins aux préjugés du jour, en vertu même de sotf éducation.

Nous savons ce qu'a été cette éducation, à Dijon d’abord, ensuite et surtout à Paris, nous savons dans quel milieu Rude a grandi et dans quel milieu il s'est développé, quelles influences positives et négatives il a subies, combien ont pesé sur sa conscience d'artiste les principes scolastiques et les travaux commandés. Le symbolisme obstiné des accessoires suffirait à en témoigner. Il faut redire le mot que Rude lui-même a redit si souvent, qu’il a dû prononcer notamment en brisant son Aysstée : « J'ai perdu sept années de ma jeunesse ! » Aïnsi lui-même jugeait-il de ses années d’études parisiennes. Tout dans sa vie et dans son œuvre prouve combien il voyait juste.

L'éducation d’un artiste, quelle qu’elle soit, marque son génie d’une trop forte empreinte pour qu'il puisse jamais s’en dégager complètement. Rude a eu beau lutter contre lui-même, se refaire une technique et des principes : jamais 1l n'a éliminé certaines idées et certaines habitudes d’esprit qu'il devait à l’Académie et à la mentalité de son siècle, qu'il avait respirées en quelque manière à l’école et hors de l’école et qui, — tel le souci du symbolisme, — s'étaient insinuées jusque dans la substance la plus intime de son être artistique.

Rude, héritier de l’art bourguignon de jadis, a donc été, en même temps, un Français du dix-neuvième siècle. Ce dualisme est indispensable à comprendre pour quiconque veut pénétrer l’œuvre complexe du maître dijonnais.

Jamais Rude, à dire vrai, n’a renié l'esprit classique. Ila essayé de le transformer en lui, de l’épurer, de l’interpréter, de l’accommoder et parfois de l’asservir à son tempérament propre et à son inspiration originale : jamais il n’a songé à s’en abstraire. Et il est intéressant de suivre, à cet égard, dans sa vie et dans son œuvre, l’évolution de sa pensée.

D'abord disciple convaincu et docile de Devosge et de David, on croirait qu'il perd tout contact avec l’âme bourguignonne d'autrefois. Avant le départ de Dijon, on n’aperçoit chez lui aucune trace d’art direct. Le Dévouement de Cimon est une copie d'élève, le Saint Joseph est un pastiche, le Luiteur au repos est une bonne et sage étude : le bas-relief symbolique ou la ronde-bosse d’après l'antique, ce sont des variations courantes à la reproduction desquelles s’évertuent à l’envi les artistes jeunes et vieux de ce temps-là. Un pas de plus, c'est Marius méditant sur les ruines de Carthage ; un autre pas, c'est le Génre ailé immolant un taureau, c'est-à-

dire des œuvres de 1809 et de I811x, fortement imbibées de littérature ; un

pas encore et c’est, en 1815, ce triomphe de l'abstraction qui s'intitule. Napoléon.en empereur romain. Cette terre cuite est vraiment la pièce. justificative la plus opportune pour illustrer le mot de Rude : « J'ai perdu sept années de ma jeunesse ! » Bien plus, à l'heure où il façonnait ce buste.

si peu napoléonien, c'était pour son avenir qu'un critique eût rete. er1: 0

droit de tout craindre. TR

À Bruxelles, heureusement, enlevé à l’asservissement de ses modèles habituels, à l’enseignement dogmatique de ses maîtres officiels, à l’am-. biance de ses condisciples, Rude remonte, parla vertu de son tempérament propre, le courant qu’il a descendu à Paris. Ce n’est point l'artiste dijonnais qui vient rendre aux Pays-Bas la dette de son pays, mais c’est la Belgique. elle-même qui réveille l’âme bourguignonne de Rude : le miracle du quinzième siècle, sous une autre forme, se répète au dix-neuvième. Dans #È les bas-reliefs de Tervueren, surtout dans 1a légende d'Achille, à traversle voile de la composition littéraire, la vérité humaine transparaît. Tout n’est donc pas perdu. Tout est regagné au contraire, lorsque jaillit d’un blocde marbre officiellement fourni ce gage merveilleux de l'avenir qui s'ap-. pelle le Jeune Pêcheur napolitain. N'est-ce point, en effet, la révélation de l'artiste à lui-même et la revanche de l’art bourguignon naguère opprimé, qui, sous une forme moderne, revendique ses droits éternels ?

La légende qui nous montre Rude tirant son Pêcheur napolitain d'un marbre fourni par l'État est vraiment une légende aimable. On se plaît à y croire et à penser que ce marbre blanc livré à Rude en 1820 fut double-

ment providentiel, puisqu'il en tira, d’une part, son Pêcheur, et d’ autre Es

part ce buste de La Pérouse où l'étude de son œuvre nonbre. le point de départ de la riche et belle série des statues d'histoire. . |

La fortune brillante de la statuaire d'histoire telle que Rude l'a conçue DRE

est l’un des traits les plus frappants de son œuvre totale. On é évoqueavecun

plaisir toujours nouveau et une admiration toujours égale cette splendide À re

galerie. C'est le Maréchal de Saxe, vainqueur hautain et séduisant ; © ES Louis XITT adolescent, avec l'élégance souveraine de son insouciance ot se tuelle et légère ; c’est Cavaignac dont la vie, comme un souffle du passé, … hante encore le cadavre déjà refroidi ; c’est le Réveil de Napoléon à Fixin,.

dans la vaporeuse féerie de son Eee poétique ; c'est Monge, à Beaune, développant les vérités les plus hautes de la mathématique ; c'est J canne : #

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