‹ François Rude, sculpteur, ses œuvres et son tempsChapitre 10 sur 111 · LA REVOLUTION A DIJON · texte numérisé non relu

LA REVOLUTION A DIJON

impressions sont plus fortes ; les humeurs s'attestent ; les actes parlent. Le 1.0 septembre 1788, on apprend que M. de Brienne est destitué, et Necker nommé ministre d'État, à sa place, et directeur général des finances. On illumine de toutes parts et l'on allume des fusées. Peu après, Messieurs du Parlement sont rappelés d'exil. On les reçoit avec des acclamations, des mascarades, des danses, des feux d'artifice. Le habitants du quartier de la Petite-Poissonnerie se distinguent, en cette circonstance, par leurs libérales démonstrations. Vingt notables, chefs de famille, assemblés en comité, font célébrer un Te Deum aux Cordeliers et organisent une grande fête en l'honneur des magistrats. Par leurs soins, un long cul-de-sac se trouve transformé en salle de bal, revêtue de tapisseries, enguirlandée de fleurs, égayée de transparents, éclairée de lustres et de petites lanternes qui croisent leur reflets dans la glace du fond. Une table de soixante couverts est dressée tout proche ; les passants sont invités à boire à la santé du roi et de Messieurs les Conseillers. En reconnaissance, les magistrats dotent une rosière que l'on marie le 29 novembre suivant, à renfort de spectacle, de bal, de souper et d'attendrissants discours. Cette manifestation, essentiellement bourgeoise et populaire, a fait assez de bruit pour être l'objet d'une relation spéciale (i).

Quelques mois s'écoulent ; les esprits vont s'échauffant toujours et l'heure sonne de la convocation des États-

(1) « La Rosière de la Petite-Poissonnerie, fête donnée en réjouissance de la rentrée du Parlement de Dijon, par une Société d'habitants du quartier de la Petite- Poissonnerie, » brochure, in-8, (Bibliothèque de Dijon). — Voir aussi le « Journal de ce qui s'est passé, k Dijon, à l'occasion de la rentrée du Parlement, dédié au roi, » Paris et Dijon, 1789, in-8, Ibid. et le « Mercure dijonnois )> de Claude Micault.

De Foijrcaud. a

î8 FRANÇOIS RUDE ET SOIN TEMPS

Généraux. Subitement, le mercredi i^' juillet 1789, on est avisé, de Paris, que les trois ordres se sont confondus : quelle victoire pour le Tiers-Etat I Dijon se pavoise; on s'exalte ; on s'embrasse. Pourtant, de sourdes oppositions se décèlent; les aspirations bourgeoises se sentent combattues avant même de s'être bien définies'; tous vivent dans une fièvre d'attente et de méfiance, résolus à ne point capituler. Le i5 juillet, à deux heures de relevée, sans raison connue, le tocsin gronde à Saint-Philibert. La rue s'encombre de citoyens en armes ; le lieutenantgénéral, marquis de Gouvernet, qui passe, est insulté par les enragés et sauvegardé par les modérés à grand' peine. On est tout près d'une jacquerie. Deux jours plus tard, les papiers de Paris apportent le récit de la prise de la Bastille, de la rentrée du roi dans sa capitale, sans garde, sans pompe, environné de députés à pied sans distinction de rangs. C'est fini des anciens préjugés, du moins en apparence. Parlement, chambre des comptes, noblesse, clergé, de bonne grâce ou par peur, arborent à l'envi la cocarde blanche et rouge. A la solennelle procession du jeudi 20 juillet, pour demander à Dieu la paix dans le royaume et la fin de la sécheresse, on voit marcher pêle-mêle des gentilshommes, des magistrats, des marchands, M. de Gouvernet à côté d'un clerc de la basoche, le premier président coude à coude avec son cordonnier. Dès lors, presque plus un Dijonnais qui ne s'enrôle dans la milice bourgeoise et ne veuille monter sa garde en simple soldat. Un comité s'improvise où, comme aux Etats- Généraux, les trois ordres s'abolissent en fusionnant. L'égalité est proclamée. La Révolution est faite(i). On se rend compte, à présent, de l'ambiance morale

(i) Cf. Mercure dijonnois.

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