LA REVOLUTION A DIJON
l'intendant du roi de prise de corps, le Parlement se décide à le décréter d'ajournement. Sur ce fait, douze des plus anciens conseillers sont appelés à Paris, avec ordre d'y porter les registres de leur compagnie. Sa Majesté leur adresse les plus vives remontrances et fait enregistrer, de son exprès commandement, les lettres patentes cassant, rompant et annulant tous leurs arrêts au sujet de l'octroi de Nuits et de Beaune, dont les taxes continueront à être perçues autant qu'Elle le jugera bon. De retour à Dijon, les magistrats feignent d'avoir été bien accueillis à la cour, mais la vérité transperce et le mécontentement général s'accentue ( e).
La fermentation des esprits ne tarde point, d'ailleurs, à se traduire en troubles dans la rue. Ainsi, quand le marquis de Chaillou va faire enregistrer, au Parlement, la suppression du bureau des finances, il est l'objet de huées terribles et peu s'en faut qu'on n'assomme son secrétaire, malgré la protection de deux archers. La maréchaussée, requise à l'instant, sous les ordres de son lieutenant Lhuillier, et de Jossinet, son souslieutenant, met le sabre au clair pour effrayer les insoumis. Deux ou trois personnes sont blessées ; la ville s'emplit de consternation et de sourde rage.
Le lendemain, il se trouve que des créanciers font saisir les meubles du soLis-lieutenant Jossinet, dans son domicile de la place Saint-Michel. Lhuillier accourt. On crie: « Au loup! Au loup! » Lui, furieux, tire deux pistolets de ses poches. Aussitôt, les injures de redoubler, les pierres de pleuvoir. Le maire s'inter-
(i) Cf. Le Mercure dijonnois, journal de Claude Micault, avocat au parlement de Dijon, comprenant les événements de 177/1 à 1781). Le manuscrit, conservé à la bibliothèque de Dijon, a été partiellement publié dans les Mémoires de l'Académie dijonnaise, années 1885-1886.
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pose et le lieutenant général, marquis de Gouvernet, SOUS couleur de punir l'officier, en réalité pour le soustraire aux ameutés, ordonne qu'il soit conduit au Château. Chemin faisant, on le roue de coups, on lui crache au visage, on lui arrache son épée : c'est miracle qu'il ait la vie sauve.
Dès que le populaire a commencé à se révolter, tout lui semble exaction. Que le régiment des chasseurs de Franche-Comté vienne prendre ses quartiers à Dijon et qu'on le loge chez les habitants, tout le monde éclate en doléances. On parle de caserner les soldats dans les couvents ; mais les seuls bénédictins se prêtent à la combinaison. En fm de compte, les chasseurs s'installent à Longvic, sous la tente, et ceux qui se plaignaient si fort font vanité de les avoir éloignés de la ville et curiosité d'aller visiter leur camp.
Cependant, le Parlement a été exilé. Quatre avocats dijonnais se rendent auprès de M. le premier président Legouz de Saint-Seine, en sa terre de Saint-Seine, et lui témoignent du respect de leur corporation. Tel est l'effet de leur démarche qu'ils sont mandés immédiatement par le Garde des Sceaux. Mais ils se moquent bien de tout blâme: leur ordre les approuve et le fait paraître nettement en les défrayant de leur voyage. En vain se publie un arrêté du Conseil, interdisant les protestations des cours et compagnies « à peine de forfaiture ou de perte d'emploi pour chacun ». Les affiches de ce document sont lacérées. Un nommé Jouy, premier huissier, concierge du Trésor, est surpris, vers onze heures du soir, en flagrant délit de lacération et l'on découvre sur lui des papiers contre le gouvernement. L'ère des libelles est déjà ouverte. L'esprit de la révolution est presque mûr.
Sous le coup des événements qui se précipitent, les