‹ François Rude, sculpteur, ses œuvres et son tempsChapitre 11 sur 111 · LA RÉVOLUTION A DIJON IQ · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION A DIJON IQ

et sociale à laquelle François Rude a dû ses premières impressions et le commencement de ses idées. Il est tout naturel que les enfants du peuple, en un pareil moment, nourris parmi de telles influences, conçoivent et conservent jusqu'à la fin de leur vie, même à travers les transformations fatales de leur pensée, un idéal familier de fraternité démocratique. Nous verrons comment le cours des choses modifiera, chez le sculpteur de l'Arc-de-Triomphe, la tendance initiale; mais toujours le sentiment de l'égale dignité originaire des hommes et le culte de la liberté le posséderont. Ce culte sera, du reste, essentiellement théorique. François Rude aura tout de l'indépendant, rien du sectaire. Nous avons à retenir ce trait fondamental.

L'enfance de Rude.

Antoine Rude, père de notre statuaire, était fils d'un boucher de Saint-Seine-sur- Yingeanne, — le Saint- Seine du premier président en exil. Ayant fait de bonne heure son apprentissage de chaudronnier-poêlier ou de « pocher », suivant l'appellation courante, il exerçait sa profession dès 1780, en qualité de maître, à Dijon, rue Petite-Poissonnerie, proche la rue du Lacet et la rue Musette (i). La femme qu'il se choisit fut Claudine Bourlier, d'une famille de cultivateurs d'Arc-sur-Tille, 011 il l'épousa le 1 1 mai de l'année suivante, en présence du chaudronnier Jean Peucque, du boucher Lessetaire, du menuisier Antoine Gaumont et d'autres amis ou parents (2). C'était un homme actif et industrieux, habile à faire marcher de pair la construction des poêles, la chaudronnerie et la serrurerie encore (3). Comme la

(i) Archives municipales de Dijon : Registre des impôts. En 1780, Antoine Rude, « maître pocher, rue Poissonnerie », paie 6 livres pour taille et 18 sous pour capitalion. En i858, la rue a pris le nom de François Rude.

(2) Registres de la paroisse d' Arc-sur-Lille, aux archives du grefl'e de Dijon. Acte de mariage dressé par le curé Ferguet, Antoine Rude est né à Saint-Seine le 8 mars 1765 ; Claudine Bourlier à Arc-sur-Lille, le 9 février 1766.

(3) La tradition locale qui attribue à Antoine Rude l'introduction en Bourgogne des poêles dits « à la prussienne » ne saurait être prise en considération. Cette tradition est manifestement erronée.

Page 1