‹ François Rude, sculpteur, ses œuvres et son tempsChapitre 18 sur 111 · L EMPIRE ET LES ARTISTES · texte numérisé non relu

L EMPIRE ET LES ARTISTES

Berlin, de M"*^' Gérard ; la Bataille d'Iéna, de Gros ; l'Empereur pardonnant aux révoltés du Caire, de Guérin ; le Bivouac de l'Empereur en Moravie, avant Austerlitz, de Le Jeune ; le 'jQ° de liijne retrouvant les drapeaux français à l'arsenal d'Inshruck; de Meynier; Napoléon au tombeau de Frédéric, de Ponce Camus ; l'Entrée de Napoléon à Munich, de >iicolas-Antoine Taunay... La sculpture ne marque pas moins de zèle : nous avons pour garants le buste colossal de iNapoléon, par Delez ; le Napoléon proté(jeant la religion, de Dulet ; S. M. Empereur et Roi, d'Espercieux ; les bustes de l'Empereur et de l'Impératrice, de Houdon et le buste de l'Empereur, de Massa. Il n'est pas jusqu'à l'architecture qui n'apporte son témoignage sous la forme d'un « Projet de monument à ériger à la gloire de S. M. l'Empereur », par Camille Le Bossu (i). Je veux bien qu'il faille mettre une part de cette production césarienne sur le compte des commandes, voire une autre sur le compte de la courtisanerie, mais un mouvement si soutenu et si général ne s'expliquerait pas sans la sincérité du plus grand nombre. François Rude, fixé à Paris depuis 1807, et dès longtemps ébloui de l'astre impérial, a, tout naturellement, partagé les impressions de son milieu et s'est développé dans le même sens que ses camarades.

Ce n'est guère qu'à partir de 181 2 que le dégrisement s'annonce de tous côtés. Cette année-là, cent soixante-quinze mille Français ont passé le Niémen. Toujours des levées d'hommes et des accroissements d'impôts ! On ne se dissimule plus que nos étonnantes victoires sont plus que chèrement payées. En 181 3, quatre cent mille conscrits franchissent le Rhin, puis

(i) Catalogue du Salon de 1808.

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à l'automne, sept cent quatre-vingt-seize mille hommes sont encore appelés sous les drapeaux (i). « Votre armée n'est-elle pas formée par un appel de classe anticipé, dit Metternich à Napoléon? J'ai vu vos soldats : ce sont des enfants. ., Et quand la génération enlevée par un appel anticipé aura disparu, appellerez-vous de même la classe suivante ? » Napoléon s'irrite de ce langage : (( Vous n'êtes pas militaire, répond-il... Sachez qu'un homme comme moi se soucie peu de la vie d'un million d'hommes (2) » . Hélas ! il n'en a que trop donné la preuve. En bien des endroits les champs demeurent en friche, faute de cultivateurs et faute de chevaux.

Maintenant, des colonnes mobiles poursuivent les réfractaires cachés dans les bois et l'on installe des garnisaires chez leurs parents. Arrêt des travaux publics ; faillites multipliées ; transaction nulles ; rentes sur l'Etat tombées presque à rien ; taxes écrasantes sur toutes les denrées; retenue de 20 pour 100 sur les appointements et pensions militaires : autant de traits de la situation. Rares sont les maisons où le malheur n'est pas entré. Partout l'on pleure. Miot de Melito, l'un des commissaires envoyés par le maître dans les provinces, pendant les Cent- Jours, pour se renseigner et le renseigner sur l'état des esprits, le lui dira sans ménagement : à force d'avoir pris les enfants, il a contre lui toutes les mères. Les femmes le haïssent ; on a peine à les contenir. Et puis, on sent qu'avec ses tendances, on n'aura jamais fini de verser des larmes. Les conquêtes entraînent aux conquêtes ; les victoires préparent des désastres pour l'avenir. On est las, très las et endolori. Les vieux républicains se disent que

(i) Cf. Henry Houssaye : Mil huit-cent-quatorze. (2) Cf. Papiers de Metternich, i8i3.

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