AVANT -PROPOS . IX
au contact des réfugies français par qui se reforme Topinion démocratique submergée, désemparée, décomposée durant les années du mirage impérial. Le déclin du règne de Charles X le retrouve au bord de la Seine, hésitant, un peu surpris; puis, aux jours de Louis-Phihppe, il s\ibandonne au lyrisme napoléonien, partout encouragé à s'exalter et mêlé en tant de cœurs à la foi républicaine. Dans l'explosion d'idéalisme de i848, il saluera la victoire de la démocratie sans répudier la légende du grand empereur. L'avènement de Napoléon III ne portera, d'autre part, nulle atteinte à son culte pour la République. Deux principes, à nos yeux contradictoires, se sont de bonne heure conciliés en lui ; mais l'un n'est, en somme, qu'un principe d'enthousiasme et l'autre seul a eu force de croyance sociale et vertu de direction. A mesure que les idées s'accentuaient et qu'on sentait s'élaborer un nouvel ordre de choses, les libéraux, se prenant à redouter les équivoques, s'étaient appliqués à établir une distinction entre Napoléon-César et Bonaparte, incarnation du génie révolutionnaire. Leur subtilité prétendait écarter le César de la glorification décernée au général de l'armée d'Italie. Nous aurons, avec le Réveil de Bonaparte de Rude, au parc de Fixin, un écho direct de cette théorie de dédoublement imaginée pour la plus grande commodité des polémistes. A peine nous importe-t-il de rappeler ici combien de si «pécieuses précautions doctrinales, destinées, aux dernières années du gouvernement de Louis-Philippe, à expliquer l'union momentanée d'instincts opposés, de tendances divergentes, tout en laissant prévoir les divisions futures, ont tourné contre leur but et préparé la voie au second Empire. Que si, d'ailleurs, telle ou telle statue du maître nous évoque en traits sensibles les inquiétudes suscitées autour de
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lui, nous ne saurions en être choques ou étonnés. Gœthe a eu raison de dire que le talent des maîtres est le nfiiroir du temps où ils vivent. Leurs créations doivent donc être considérées à ce point de vue, non moins attentivement qu'à tout autre.
Je n'ai pas fait l'apologie du sculpteur bourguignon. Un homme de sa complexion s'ofTre aux historiens et repousse les apologistes. Les faiblesses qu'on découvre en lui ne le diminuent pas : elles font partie de son individualité presque à l'égal de ses qualités mêmes. On n'a pas le droit de les dissimuler. L'époque n'est plus où l'on faisait de la vie d'un artiste un roman de vérité embellie à plaisir : nous y voulons voir la révélation de son humanité complète, corrélative à celle de ses contemporains qu'elle résume, élargit et relève, mais aux détails de laquelle elle participe aussi sans cesse. Nos différents chapitres raconteront, en conséquence, les étapes de la carrière de Rude, en tenant compte des influences générales et des circonstances accidentelles, de l'atmosphère des milieux, de l'apport des fréquentation, de tout ce qui agit sur les facultés d'un producteur et s'empreint en la plus ou moins complexe physionomie de ses œuvres. Au revers de considérations graves, nous ne craindrons pas de faire place aux indications les plus familières. Les œuvres saisies, autant que possible, à leur point d'émergence, auront chance de se présentera nous sou* leur vrai jour, en leur valeur absolue, en leur relative portée. Il se pourra que certaines convenances de rapprochement nous détournent, çà et là, de l'ordre strictement chronologique; la chronologie aura bientôt sa juste revanche. Aux curieux que ne rebute la minutie d'aucun labeur d'enquête, je voue le Répertoire historique et raisonné des sculptures de Rude, publié en appendice à la fin