DURAINT LES CENT-JOURS
l'un des plu? malheureux, est celui de Charte octroyée. L'opposition considère Louis XYIII comme un « tyran» . Au bref, de jour en jour renaissent les sentiments révolutionnaires et, de même que sous le Directoire, on a espéré en Bonaparte pour rétablir Tordre, on compte maintenant, sur Napoléon pour restituer « la Révolulion et la Liberté ». Incroyable mouvement d'opinion, mais indéniable et irrésistible. « Je n'oublierai jamais, s'écriera, un jour, FEmpereur foudroyé, que j'ai été ramené de Cannes à Paris au milieu de ces cris de sang : .4 bas les prêtres ! A bas les nobles ! »
Donc Rude est ressaisi, tout d'un coup, des sensations de sa vie d'enfance. Cette agitation de la rue, il en a été le témoin jadis. Que M. Frémiet, son bienfaiteur, entre dans la bagarre, il y entre avec lui d'élan de cœur, d'enthousiasme. Dès la première restauration, le contrôleur a fait éclater son bonapartisme et, violent, poussant droit au but, en ce pays aux passions soulevées, labouré d'incessantes marches d'armées, il en vient vite à ne ménager rien. Il discerne, il signale ces lâchetés, ces incertitudes d'esprit qui dictent, par exemple, à dix mois de distance, à la même cour d'appel de Dijon, une adresse au roi Louis XYIII (i) et une adresse à Napoléon (2). Sa foi dans l'avenir est profonde et communicative. Plus on va, moins on a de nouvelles de Porto-Ferrajo. Le reclus de l'île d'Elbe aspire, croirait-on, à se faire oublier. Point du tout, personne ne s'y trompe : un grand événement se prépare et l'on attend. Soudain le bruit circule du débarquement de César au golfe Juan. Déjà le conquérant a traversé Grenoble ; il s'avance dans un tourbillon de
(i) 22 mai i8i4- (2) 23 mars i8i5.
victoire, à grandes journées. M. Frémiet bat le rappel des patriotes ; Rude s'enivre de sa propre fièvre. Où vont CCS troupes qui recommencent à passer de toutes parts ? — Elles vont combattre l'ogre de Corse. — Arrêtez, soldats ; les patriotes vous en conjurent. — Il n'est question partout que de liberté, comme si, depuis le retour des Bourbons, on n'eût vécu qu'en esclavage ! Mais c'est, en vérité, que l'appétit révolutionnaire se retrouve et se déclare en sa passion d'autrefois et, sur ce point, tous nos documents sont d'accord. Feuilletons le procès dn maréchal Ney ; nous verrons ce qu'est la Bourgogne en i8i5. « Dans tout le pays, dit le lieutenant général comte Hendelet, commandant a Dijon, on ne peut compter ni sur les habitants, ni sur les soldats. Le parti du roi est en infime minorité... Les habitants des campagnes sont exaspérés et portés à se réunir à Bonaparte. » Le baron Passinges de Préchamps a gardé cette impression de la revue du i3 mars, à Lons-le-Saulnier, où s'est consommée la trahison du prince de la Moskowa : « Toutes les figures étaient pâles et annonçaient une grande catastrophe. Je pressentis le retour du régime de quatre-vingt-treize, où les officiers étaient chassés par les soldats. » « C'est une rechute de la Révolution, s'écrie le baron Capelle, préfet de l'Ain, obligé de fuir son département... » <( Tout était en fermentation révolutionnaire, ajoute le général de Bourmont ». A Dijon et à Châlons, le populaire se précipite avec fureur sur les canons qu'on veut opposer à Bonaparte. Dans toutes les régions, les bourgeois libéraux circonviennent les militaires, lesquels se laissent déplorablement glisser à la politique. (( Sous la première Restauration, écrit le sergent Guillemard, en garnison à Valence, le soldat était oisif, il fréquentait le bourgeois, il s'occupait de politique et,