‹ François Rude, sculpteur, ses œuvres et son tempsChapitre 24 sur 111 · PRÉLUDES DU RETOUR EN FRANCE · texte numérisé non relu

PRÉLUDES DU RETOUR EN FRANCE

pouvant suivre à son gré son idéal, éprouvait, à son insu, la lassitude de l'exil. De cette lassitude obscure, une amicale parole a fait sortir l'aspiration à rentrer en France. L'aspiration met bientôt Fartiste en humeur d'élaborer une fine figure à l'intention des Parisiens. Une secousse de plus et la volonté de quitter la Belgique va nettement se dessiner. Or, la secousse de salut est bien près de se produire.

Un jour du mois de septembre 1826, le statuaire travaille en son atelier des Douze-Apôtres. Quelqu'un frappe à la porte et se précipite, à bras ouverts. Rude pousse un cri de joie : c'est Roman, son vieux camarade, son plus sûr ami de l'Ecole et qu'il n'a pas revu depuis i8i/i. On cause affectueusement du passé plein de chimères, du présent semé d'embûches, des absents, des disparus, et de ce qu'on a pu faire, et de ce qu'on n'a pas fait. Roman est en passe de devenir un personnage; Rude s'est dépensé presque en vain. Le fils du poêlier mène son hôte à Tervueren, où se voient ses plus importants ouvrages. Comment, avec de tels travaux, s'est-il acquis si peu de renommée et si peu d'aisance à la fois ? « Viens à Paris, lui dit Roman. Fais y connaître ta sculpture. Les belles commandes auront vite fait de t'arriver. » Voici notre Dijonnais ému au vif. Prend-il, toutefois ^ son parti à la minute, ainsi qu'on le raconte? Point. M"" Rude nous informe qu'il se détermine à écrire à Cartellier pour solliciter son avis. « Hâtez- vous de revenir, lui répond Cartellier, je ne sais pas ce que vous pouvez attendre. » Aussitôt, sa femme, en personne prudente, émet un vœu : « Avant de nous décider, si nous allions faire un voyage à Paris pour Flous rendre compte ». Chose entendue! Donc, nous les rencontrons r];ms la grand'ville au commencement

de (loccmbre, accompagnes du petit Amédée dont ils ne se fussent point séparés pour un empire.

Le logement garni qu'ils occupent est iTie Saint- Nicolas, n° 8, à la Chaussée d'Antin, mais, toujours en course, durant leur bref séjour, c'est à Françoise Rude, la sœur de l'artiste, qu'ils doivent souvent confier leur garçonnet. De toutes parts, sous les auspices de Cartellier, de Roman et de Gros, on les accueille, on les encourage à se fixer au bord de la Seine. Ainsi le sort en est jeté : ils ne retourneront plus à Bruxelles que pour y préparer leur exode. (( Nous partirons aux premiers jours de l'été prochain, écrit Sophie, mon mari ayant encore quelques travaux à terminer. Je n'ai pas besoin de dire ce que ce départ aura de déchirant pour nous. Je n'aurais jamais eu le courage de m'y résoudre sans notre Amédée, à l'avenir duquel il faut songer, et sans Rude qui se fatigue deux fois plus qu'il ne faudrait si l'on rétribuait convenablement ses œuvres. Ce travail forcé pourrait, par la suite, atteindre sa santé (i). » Désormais, on est triste dans la famille, mais on échange de beaux projets. M. Frémiet et Yictorine Van der Haert viendront tous les ans à Paris ; Rude et sa femme viendront tous les ans en Belgique. On s'arrangera pour être ensemble aux vacances. Ce sera délicieux...

Le printemps de 1827 refleurit déjà les jardins belges. Encore quelques semaines et l'on roulera vers Paris. Il a été rêvé, aussi, d'un voyage à Dijon au mois de mai ou de juin. Mais le cœur tombe à la pauvre Sophie : elle cherche toutes sortes de raisons pour ajourner son dépaysement. « Rude, dit-elle, désire faire une figure pour l'exposition de Paris, qui s'ou-

(i) Lettre à Mme Moyne du 18 décembre 1826.

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