‹ François Rude, sculpteur, ses œuvres et son tempsChapitre 25 sur 111 · PRELUDES DU RETOUR EN FRANCE · texte numérisé non relu

PRELUDES DU RETOUR EN FRANCE

vre, cette année, à la Saint-Charles (4 novembre). Nous avons pensé qu'en partant tous il y aurait à nous installer et que cela prendrait du temps. Mon mari n'a que Tété pour exécuter cette statue, essentielle pour lui puisqu'il s'agit de se faire connaître. Nous avons donc décidé que Rude irait seul à Paris, d'ori il reviendrait dès que sa figure serait exposée, passer peutêtre encore un hiver ici. C'est un grand parti que de nous séparer pour aussi longtemps, mais il était nécessaire de le prendre, sans quoi mon mari n'eût pu exposer et il aurait fallu attendre trois ans une nouvelle exposition (i). »

En effet, vers le i5 mai, le statuaire boucle sa malle. Il laisse, complètement achevé, un modèle de buste de Louis David, demandé par la famille et qu'on admire fort (2). La figure à laquelle il compte, enfin, se consacrer, c'est, naturellement, le Mercure rattachant ses talonnières . Mais une bonne fortune l'attend, à son arrivée dans la grand'ville, sous forme d'une commande municipale, obtenue pour lui par Cartellier : une Vierge immaculée pour l'église Saint-Gervais. A peine l'a-t-il ébauchée que, par un illogisme tout féminin. M'"'' Rude, qui ne voulait à aucun prix distraire l'artiste de son labeur, accourt avec le petit Vmédée. « Nous resterons ici jusqu'à la fin de l'été, dit-elle. Rude voudrait exposer sa Vierge au prochain Salon; puis, nous serons un dernier hiver à Bruxelles et nous nous fixerons à Paris au printemps (3). » Je ne peux m'empécher de sourire parmi ces détails, à l'idée des prodigieuses complications, des atermoie-

(i) Lettre du iG avril 1827.

(2) Cf. Report, chronol. ^ III: année 182C : Le modèle en plâtre du buste de David.

(3) Lettre du 29 juillet 1827.

mcnts, des déviations bizarres, des troubles singuliers qu'apportent, dans l'accomplissement des résolutions les mieux prises, les incidents de la vie et les caprices bumains. Depuis je ne sais combien de mois le statuaire est déterminé à ne plus résider hors de France. Rien de plus facile, à ce qu'il semble, que de planter définitivement sa tente et de s'établir avec les siens. Eh bien, non ! Rien n'est plus difficile. La preuve, c'est qu'il n'y parvient pas, qu'il en est réduit à diflérer sans cesse et qu'il a bien du mal, en son provisoire, à parfaire sa Vierge pour le Salon.

Il paraît, par contre, que cette statue, dont nous toucherons un mot plus loin, plaît à Cartelher et aux artistes. Rude reçoit un tel contentement de ces approbations qu'il commence sur le champs son Mercure, dans l'espoir de l'achever avant la fin du Salon, ouvert pour trois mois (i). A la dernière semaine de janvier 1828, il y travaille encore. Heureusement l'exposition est prorogée jusqu'au i*"" avril. Pour M'"° Rude, nvil ne lui ferait renoncer à la grand' ville, à présent, qu'elle n'ait vu le plâtre de son mari en bonne place, entre les œuvres exposées. Ce n'est guère qu'au courant d'avril que les deux époux se retrouvent au logis de la rue d'Arenberg. Sur ces entrefaites, Sophie tombe malade, Amédée n'est pas bien, Yictorine Van der Haert est enceinte et réclame de grands soins, la tante Gatiche se multiplie à soulager tout le monde et Rude, mélancoliquement, reprend de menus travaux décoratifs en souffrance. Au mois de juillet, le voici de nouveau à Paris, seul, s'ennuyant à mourir. Sa femme ne le rejoindra pas avant les couches de

(i) Lettres des 6 novembre 1827 et 26 janvier 1828.

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