‹ François Rude, sculpteur, ses œuvres et son tempsChapitre 27 sur 111 · TREMIÈRES ŒUVRES DE RUDE A PARIS I · texte numérisé non relu

TREMIÈRES ŒUVRES DE RUDE A PARIS I

n'uTC, il va remonler aux cicux. Le double mouvement par lequel le dieu marque son impatience de s'élever dans les airs en s'occupant d'un léger accessoire, produit, dans le développement de la ligure, des contrastes heureux. Déjà le bras gauche, sur lequel voltige ime élégante chlamyde, semble prendre sa route vers la hauteur, tandis que le regard se dirige encore vers la main qui touche au talon. Rien de gêné dans cette attitude, si tendue qu'elle soit ; tout est souple ; les formes sont nobles et légères; la tête est bien celle de Mercure et l'ouvrage est d'un statuaire excellent ». Contre cette appréciation pas un visiteur du Salon ne s'inscrit. Le concert d'éloges est instantané, unanime, pur de dissonance (i).

Au salut donné à l'œuvre en sa nouveauté il con- >ienl de joindre une plus récente louange, appuyant sur le sentiment ancien. Je l'emprunte à la notice de Charles Blanc, dans le Catalogue de la collection Thiers au Musée du Louvre : « ... Le Mercure de llude est supérieur au Mercure de Jean de Bologne. Celui-ci est figuré dans la plénitude du mouvement (pTil accomplit ; celui-là promet le mouvement qu'il va accomplir. Il le commence et l'imagination du spectateur le continue et l'achève. Le Mercure de Iiude est plus jeune, plus beau, de plus haute race

(i) Le Mercure de llude est au Louvre, fondu en bronze et d'une foule assez défectueuse. On s'en af)erçoit, notamment, en examinant le dos de la statue où la lime de l'ajusteur a dvi brutalement intervenir, au grand dommage du modelé. Une petite réduction originale de l'ouvrage, demandée à Rude par Adolphe Thiers, et beaucoup plus tard exécutée et coulée en bronze, est également entrée au Louvre avec la collection Tliiers. Profilons de l'occasion pour indiquer que les morceaux dont il va s'agir, le buste de La[jérouse et le Petit pécheur napolitain appartiennent aussi à notre grand musée national (Musée de marine et Département de la sculpture moderne).

De Fourcaud. q

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et d'une élégance olympienne. Sa tête sans pétase est vraiment divine. Un dieu ne craint ni l'ardeur du soleil, ni les intempéries de l'air, et ce qui semble inventé pour l'en garantir ne lui sert de rien... Mais quelle grâce dans l'élan du jeune immortel ! Quelle auguste beauté dans ses formes ! Je ne me lasse point d'admirer sa tête charmante et sereine, sa chevelure ailée, son torse évasé aux dépressions légères, ses hanches serrées indiquées à peine, ses bras qui n'ont point connu les efforts du travail, ses mains qui effleurent ce qu'elles touchent, ses jambes sveltes comme doit les avoir un messager des dieux, son pied leste, rendu plus leste encore et plus mince par le déploiement de ses talonnières, enfin cette draperie négligemment nouée autour de son cou et qui n'est, ici, qu'une élégance de plus, car elle n'est pas, seulement, par la fine cassure de ses plis, un indice du vent qui souffle dans les régions de l'air où Mercure va prendre son vol , elle vient encore accompagner les membres de ce corps robuste et délicat, en racheter les angles et les minceurs et donner à la partie supérieure de la figure une ampleur qui fait paraître la jambe plus fine et la tête plus légère... » En vérité, je n'ai cité ces amplifications que pour l'acquit de ma conscience, à cause de la grande impression produite par la statue à son apparition et du renom qu'elle a conservé. J'avoue n'être point épris de cette figure savante, fortement construite, scrupuleusement modelée, mais d'intention trop ingénieuse et de lignes, surtout, maniérées. Laissons de côté la rhétorique à la mode d'an tan. Si le type est ou non d'un dieu de l'Olympe, je n'aurai garde de le rechercher — et pour cause. Les Grecs seuls, suivant leur intime tradition sacrée et leur âme sociale, pouvaient

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incarner des dieux; nous ne pouvons évoquer que des hommes. Ici, malheureusement, l'humanité ne se trahit <nie par la magistrale technique d'interprétation du corps. Cette façon de rattacher les ailettes de ses talons xivec un geste de danseur, en un équilibre de danse, est peu significative et passablement déplaisante. Les traits n'ont aucune individualité. Nous sommes en présence d'une œuvre d'abstraction classique plus nerveusement animée, poussée à la perfection physique, non d'un œuvre émue. Rude a oublié pour un temps jusqu'à la familière maxime de Devosge « qu'il faut toujours prendre une figure dans son mouvement le plus naturel » . Vers la fin de l'année 1829, l'Etat commande au sculpteur un buste en marbre du navigateur Lapérouse pour être placé au Musée de marine. Il le traite librement, quelque peu au goût décoratif de Caffieri. Une tradition aussi courante que difficile à accepter veut qu'on lui ait remis, en cette occasion, un si gros bloc qu'il en a pu détacher tout un prisme triangulaire susceptible de fournir une figure complète. Son Petit pêcheur napolitain jouant avec une tortue serait né du désir, d'utiliser cet excédent. De cette légende, en soi négligeable, un seul point semble se dégager : c'est que, dès ce moment, il s'occupe de la composition de l'œuvre charmante. Entre temps, on le voit mener à bonne fin le marbre de son buste de David, lequel, exposé sans signature au Salon de i83i, fera dire au critique Charles Lenormant : « Nous ne saurions attribuer ce buste à aucune des mains connues de l'école. Il nous semble les surpasser toutes sous le rapport de la vie dans l'imitation » (i). Rude se sent

(i) Appréciation rappelée par le critique à propos du Salon de i883. Journal le Temps, 21 mars i833.

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aussi ranibilioii de créer de grands ensembles comme il a fait à Tcrvuercn. Nous établirons tout à l'heure qu'il a pris part au concours, institué au printemps de 1829, en vue d'enrichir d'une vaste composition sculptée le fronton de l'église de la Madeleine ; mais il n'entend pas faire parade d'ambitions sujettes à ne se point réaliser. Son amour-propre redoute l'humiliation des vaines démarches ; son esprit, essentiellement raisonneur, se plie aux circonstances et masque sa timidité, un peu ombrageuse, en se prévalant d'une règle progressive : « Je débute, dit-il : il est sage de se présenter sans fracas. On me tiendra compte de mes allures modestes. Pour être bien accueilli, il n'est pas nécessaire d'avoir les portes ouvertes à deux battants. D'ailleurs, il est plus facile de mettre son art dans une petite chose que dans une grande. Vous avez du vin généreux de quoi remplir une coupe : à quoi bon l'aflaiblir et le noyer d'eau pour le seul plaisir de remplir un plus grand vase? )> (i) Ce langage, d'une subtilité dont l'artiste lui-même est peut-être dupe, nous apparaît, surtout, spécieux. Instruit par ses expériences de Bruxelles et de Tervueren, François Rude ne se méprend ni sur ses aptitudes, ni sur ses forces. Le tout est qu'il colore toujours sa conduite et qu'il ait pour lui, en cas d'effort trompé, au moins le bénéfice de sa modestie.

Je viens de faire allusion au concours pour le fronton de la Madeleine. Longtemps, malgré la tradition, j'ai douté de l'inscription du jeune maître parmi les concurrents. En nulle de ses lettres à M'"^ Cécile Moyne, Sophie Rude ne touche un seul mot de cette aventure. Mais, d'autre part, une phrase du sculpteur lui-

(i) Lcgrand, brochure déjà citée.

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même, clans une lettre qu'on lira plus loin, adressée à M. Moyne le 26 février i832, prêtait fort à penser. « J'ai déjà fait la sottise de concourir à Paris, écrit-il, ^/ je ne sais plus à m'en repentir. » Le ton de la page entière et le très formel ressouvenir du concours parisien qui la traverse sont des aveux non dissimulés (i). Il ne saurait être question des anciennes passes d'armes de rélève de Gartellier autour du prix de Rome. Ces luttes sont trop lointaines et elles n'ont pas, du reste, été toutes infructueuses, puisque le jeune homme a obtenu tour à tour le second prix et le premier. C'est donc du concours pour le fronton de l'église royale qu'il s'agit de toute évidence.

Personne n'a éclairci l'histoire de ce concours . L'église de la Madeleine, commencée sous Louis XYI, continuée sous l'Empire pour servir de « Temple à la Gloire », achevée selon sa destination chrétienne par la Restauration, n'offrait encore aux yeux, en 1829, qu'un tympan de façade au triangle entièrement nu, au-dessus du portique. Deux moyens se présentaient pour en hâter la décoration en sculpture : la commande directe à un statuaire en renom ou le concours entre tous les artistes. L'idée du concours, combattue très vivement en certains ateliers, critiquée notamment par David d'Angers comme « plus favorable aux improvisateurs d'esquisses qu'aux sérieux exécutants », rallia, néanmoins, la majorité de l'école et le Gouvernement s'y rangea. De fait, l'avis suivant figure au numéro du 6 mars du Moniteur uiversel :

« Le Ministre de l'Intérieur vient de prendre un arrêté portant f/u'il sera ouvert un concours pour l'exécution du cjrand bas-relief devant orner le fronton de

(i) Voir le texte de cette lettre au cha[)ilre suivant.

récjlise royale de la Madeleine, sur la façade méridionale. Tous les sculpteurs sont appelés à y prendre part.

« Les artistes choisiront un trait de la vie de sainte Madeleine ou tout autre sujet propre à rappeler la destination pieuse du monument.

« Les concurrents se feront inscrire à la Direction des Lettres, Sciences et Arts (rue de Grenelle-Saint- Germain, io3j. Ils déposeront avant le i" mai prochain, dans le local préparé à cet effet à l'église de la Madeleine, une esquisse modelée dans la proportion du tympan, qui offre un triangle de 35 mètres de base sur 6 mètres 856 millimètres de hauteur.

« Les esquisses seront soumises à une commission formée de MM. le comte de Tournon, président ; le baron Gérard; le baron Bosip ; le chevalier Cartellier ; le chevalier Fontaine. La commission désignera les six qui lui paraîtront mériter la préférence. Les auteurs des compositions ainsi désignées présenteront, dans le délai de six mois, des bas-reliefs modelés à l'échelle du vingtième de l'exécution. — Le Ministre prononcera sur le concours définitif après s'en être fait rendre compte ; et le sculpteur qui aura remporté le prix commencera immédiatement l'exécution de son modèle (^i^. »

Peu de jours après la publication de cette note, une brochure anonyme est mise en circulation, oii l'écri-

(i) L'arrêté du ministre de l'Intérieur, M. de Martignac, est du 23 février 1829. Un arrêté complémentaire intervient le 28 avril suivant, décidant que « chaque esquisse sera accompagnée d'un billet cacheté portant le nom de l'artiste » mais que ce billet ne sera ouvert que pour les six esquisses primées, dont les auteurs^ auront à prendre part au concours définitif. — Les dimensions des maquettes pour l'épreuve d'éUmination restent facultatives. On ne tiendra compte que de la proportionnalité (^Archives nationales. Liasse F^^ ii52).

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vain, se faisant Técho de groupes d'artistes, réprouve la constitution d'un jury trop restreint, trop académique, sans contrepoids, sans garantie contre lui-même. L'aréopage devrait comporter au moins vingt jurés, artistes divers et indépendants, hommes de goût, hommes de lettres, prêtres et même théologiens, capables d'examiner les projets à tous les points de vue, chacun selon sa compétence. Il importerait, enfin, que l'exposition publique des esquisses durât une quinzaine entière, afin de donner à tous les connaisseurs le temps de formuler leur opinion (i). Par un effet de ces réclamations ou pour toute autre cause, l'exposition des projets, organisée à l'Ecole royale des beaux-arts, rue des Petits-Augustins, et non à la Madeleine, se prolonge plus d'un mois. On ne sait, au cours de ces semaines, ce qui se passe dans la commission, ni si quelque pression extérieure s'exerce sur elle, mais le 17 juin le Ministre l'informe que, déférant à sa demande, il lui adjoindra six nouveaux membres, élus par les concurrents à la majorité des suffrages. L'élection a lieu le surlendemain (2). Je n'en ai vu le résultat nulle part, non plus que je n'ai découvert la liste des auteurs d'esquisses, au nombre de vingt-sept (3). Une lettre de la Direction des Travaux à Huvé, l'architecte du monument nous révèle les six statuaires admis aux honneurs de la seconde épreuve: Pradier, Jacquot, Desbœufs, Lemaire, Gayrard et Guersant(4). Gedocu-

(1) « Du concours pour les bas-reliefs de la Madeleine », brochure in-8de iC pages, Paris, mars 1829. Bibliothèque delà Ville de Paris à l'hôtel Carnavalet, n" 2108.

(2) Cf. Moniteur universel des 3 et 21 mai et du 17 juin 1829.

(3) Ce chiffre de vingt-sept revient à plusieurs reprises dans les pièces du dossier (Archives nationales. Liasse F^^ ii52).

(4) Lettre du i5 juillet 1829 à IIuvc pour l'infortner qu'il devra

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ment écarle Rude trun débat à propos duquel son nom ne sera mêlé désormais que par visible méprise. Aux concurrents sortis de pair Huvé envoie, en septembre, des châssis de charpente au huitième de la grandeur d'exécution, pour les guider dans une réalisation plus achevée de leurs modèles et faciliter, ensuite, la tâche de comparaison du jury (i). C'est au mois de mai i83o que la commission s'assemble. Si nous en croyons certain passage d'un rapport de Thury, postérieur de peu de jours à sa réimion, elle a loué en tous les envois « de grandes beautés » (2). Il ne semble pas, à beaucoup près, qu'une telle indulgence ait été générale. Les critiques, déchaînées dès la première heure sur les conditions mêmes du concours, n'ont cessé de se reproduire en s'aggravant. Entre vingt preuves je signale deux pièces curieuses, conservées à la Bibliothèque d'Angers, parmi les papiers de l'ancien chef de bureau François Grille : une lettre virulente du sculpteur Théophile Bra, du 22 mai 1829 et la copie d'un article de journal sans signature ni indication de provenance, du 3o mai i83o (3). L'auteur de cet article, écrit avant la proclamation du lauréat, estime le concours si faible qu'il attend du ministre un ajournement de décision. Même inculpation d'extrême faiblesse, plus tard, dans

se mettre à la disposition des six lauréats de l'épreuve préliminaire et leur fournir les renseignements dont ils pourront avoir besoin (Arc/i. nat. ibid.).

(i) Proposition de liuvé du 20 août 1829 Approbation du ministre de la Bourdonnaye du 10 septembre {Arch. nat. ibid.).

(2) Rapport d'Héricart de Tbury (juin i83i), à l'appui d'une demande du sculpteur Gayrard (^Arch. nat. ibid.)-

(3) La lettre de Bra est reproduite par M. H. Jouin (Cf. les Maîtres peints par eux-mêmes, Paris, 1902, p. 206). L'artiste y rappelle un article sur les concours récemment publié par le publicisle Alphonse Rabbe. Je n'ai pu retrouver cette page, laquelle ne se rattache, d'ailleurs, que bien indirectement à mon sujet. 11 n'est pas impossible

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lin opuscule imprimé en i834(i). Inutile d'insister. En fin de compte, le jury et le ministère se sont accordés sur la composition de Lemaire, commandée aussitôt, immédiatement entreprise (2). Nous n'avons pas à nous occuper de cette Madeleine aux pieds du Christ au jugement dernier, sans puissance, sans émotion. Nous n'aurions même pas eu la tentation de nous enquérir des autres sujets présentés si, en 1893, une donation particulière n'eût introduit dans les réserves du Louvre et sous le couvert de Rude l'un des six modèles débattus au mois de mai i83o (3). Lorsque l'éminent conservateur du Département de la sculpture, le savant, l'excellent Louis Courajod voulut bien me consulter sur le grand plâtre nouvellement arrivé, je formulai contre l'attribution des objections multiples tirées du style de l'ouvrage et des habitudes de travail du maître. Par malheur, je n'avais pas encore découvert le papier décisif énumérant les seuls artistes mis en présence au concours du second degré. Certes, rAssomplion de la Madeleine offert au Musée, toute foisonnante de figures, d'un art facile, d'une élégance molle, d'une facture d'improvisateur adroit, n'était point de notre Bourguignon ; mais de qui pouvait-elle être ? Un mot, jadis entendu de la bouche de Lemaire,

que la Iclirc-criliquc sans nom d'écrivain transcrite dans les papiers de Grille, à Angers, soit aussi de Rabbe, mais, avec sa date du 3o mai i83o, elle constitue un tout autre document.

(1) « Notice sur le fronton de la Madeleine», brochure anonyme, Paris, i83'j (Hibliolhèque nationale L7k,692o).

(2) Le maire est à l'oeuvre avant la fin du mois de mai II sollicite pour son modelage « la construction d'échafauds » (^Archives nationales. Liasse F'' 1 loa). — L'atelier que lui a ménagé l'architecte est dans la partie nord de l'église. Le 20 octobre, il réclame l'éliiblissemcnt à bref délai de deux [)oèles, « ajîn de n'avoir pas à s'interrompre durant les froids de l'hiver n (Arch. nal. F'^ 11 53).

(3) Donation de \\. Nloinard, de Besançon.

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nie revint à l'esprit : « Louis Roman, disait-il, avait conçu une pittoresque glorification de sainte Madeleine sous la forme d'une Assomption ». Juste, je pus lire dans un billet du même Roman, daté du 19 janvier 1829 : « Je prépare une Madeleine qui monte au ciel; il y aura beaucoup de figures^ et de la grâce » . Un tel rapprochement invitait à une identification à laquelle, en apparence, rien ne s'opposait. Illusion pure. La liste des Archives prouve que, pas plus que Rude, le sculpteur de Nisus et Euryale n'a été privilégié. L'esquisse du Louvre ne saurait lui appartenir. Montée dans le châssis de charpente envoyé par Huvé, elle provient du concours final (i).

J'aurais voulu, comme corollaire à cette certitude pouvoir déterminer l'auteur de ce bas-relief. Tout ce que je suis parvenu à savoir, c'est qu'il n'est ni de Lemaire, ni de Pradier, ni de Gayrard. Le fronton de Lcmaire a été exécuté. Pradier avait traité ce thème : La Madeleine par donnée par le Christ. Son modèle, monté, comme V Assomption, dans le châssis imposé, est entré en i838 au musée de Lisieux. Pour Gayrard ^ il ressort de plusieurs documents qu'il avait représenté : Le roi Louis XVI, la reine Marie-Antoinette et Madame Elisabeth accueillis ciu ciel. Sous les auspices de la Dauphine, qu'une semblable donnée touchait au cœur, peu s'en est fallu que l'artiste n'ait obtenu de la réaliser au fronton nord de l'église (2). En revanche, du triple

(1) Ce morceau, à considérer uniquement comme une attestation assez notable d'une des tendances de nos sculpteurs en i83o, n'a jamais été exposé jusqu'ici dans les galeries publiques du Musée.

(2) Lettre de Gajrard au ministre de l'Intérieur, le 20 mai 1829, lui demandant la commande de son bas-relief pour le tympan « de l'arrière-face de la Madeleine » (fronton du nord). — Rapport favorable du directeur des travaux publics, HéricartdeThury, en juin (Arch. nat. F'^ ii52).

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apport de Desbœufs, de Jacquot et de Guersant, nous ignorons tout. Le projet du Louvre ne peut 'être que de l'un de ces trois statuaires. Il n'a pas dépendu de moi d'aller plus loin.

Mais, encore que Rude soit ici, — et de toute façon, — hors de cause, je maintiens qu'il a tenté la chance à Torigine. En effet, dans un des dessins de la riche collection de M. Gaston Joliet, à Dijon, il m'a été possible de reconnaître sa composition de concours. Le Triomphe de la Religion en fait l'argument. Au centre, la Religion est assise, la croix à la main, entre la Foi, personnifiée en une femme portant le calice symbolique^ surmonté de l'hostie, et la Vérité, sous les traits d'un jeune homme à demi-nu, tenant un miroir. A droite et à gauche, des anges sans ailes, armés de glaives flamboyants ou de verges, dispersent, flagellent, terrassent les hérétiques et les impies. Aux angles extrêmes se tordent des serpents. La Religion et la Foi ne manquent point de noblesse ; la Vérité est une figure de médiocre intérêt ; les autres personnages, aux mouvements violents, sont de conventionnels comparses. Aucun souvenir de sainte Madeleine ; mais Farrêté laissait aux artistes toute latitude de s'en tenir « à un sujet propre à rappeler la destination pieuse du monument ». Les proportions du dessin se rapportent sensiblement aux indications de» proportionnalité fournies par le ministre. Enfin — renseignement capital — le croquis est daté de la main de Rude du 2/i mars 1829. A quelle autre église que la Madeleine pouvait-il penser pour un fronton au lendemain de l'ouverture du concours ofTiciel ? Dès lors qu'il a fixé sa conception sur le papier à ce moment précis, nul doute qu'il n'en ait aussi fait une esquisse en plâtre et qu'il ne l'ait soumise »iii jury ; mais il a été éliminé tout de suite. Son in-

succès nous surprend peu. Le mâle chercheur n'est rien moins qu'un habile jeteur de premières idées à l'impromptu et un bon artisan de maquettes. Sur sa difficulté à composer à son gré une scène complexe, nous avons, avec le témoignage de quelques-uns de ses projets subsistants, ses aveux écrits et les confidences de ses élèves les plus dévoués. Il n'arrive à l'arrangement désiré, à l'expression totale, qu'au prix de longs essais, d'acheminements successifs presque douloureux (i). On ne réussit guère dans les concours que par des semblants de spontanéité et un éclat immédiat, très souvent trompeur, de manière. Ses juges, et Cartellier lui-même, n'auront pu soupçonner de vraies promesses en son provisoire dispositif, hasardeusement rendu. Ainsi envisagé, l'incident devient clair. Or, la découverte du croquis initial du statuaire, le fait, désormais incontestable, que Rude n'a pas été associé à l'épreuve de conclusion et le texte de sa lettre de i832 à son ami Moyne, ne permettent plus de l'envisager d'autre sorte.

A tout prendre, le fâcheux épisode de 1829 n'a désarçonné le statuaire que peu de temps. Cette année même, je le répète, il donne ses soins au marbre de son buste de Louis David, modèle son buste de Lapérouse, ébauche son Petit pêcheur à la tortue, bat l'estrade, poursuit l'espoiv. On lui a promis, quoiqu'il advienne, de ne pas l'oublier dans la répartition des

(i) jXous aurons à revenir plus d'une fois sur le tourment de Rude aux prises avec chacune de ses conceptions. On peut se référer, d'ores et déjà, à sa lettre à Anatole Devosge en 1849, ^ P''^" pos de V Amour dominai enr. Il ne sait pas faire une esquisse agréable et toutes ses maquettes sont sujettes à d'incessants remaniements (Répertoire chronologique : i^ VII, 1849-1857 : ï Amour dominateur du monde).

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