PREMIÈRES ŒUVRES DE RUDE A PARIS I ^ I
travaux pour rintéricur de la Madeleine et la façade du Palais-Bourbon (i). Déjà même son nom est inscrit au tableau des artistes cbargés de préparer la liante frise de TArc-de-Triomphe (*2). Toutefois son grand souci sera longtemps le Petit pêcheur, en lequel il prodigue le meilleur de soi, ses complaisances et ses persévérances. Le modèle, amoureusement pris et repris, étudié avec autant de largeur que de finesse, se dérobe au courant, somme toute artificiel, d'où le Mercure est sorti. Ce garçonnet joyeux, accroupi sur le sol, agaçant à plaisir la tortue, doit son originalité et son charme à la compréhension épuisée de la nature. Au Salon de i83i. Rude se décide à Texposer en plâtre. Le sort veut qu'il passe inaperçu (3); mais l'exécution en marbre est déjà commencée. Loin de se rebuter de rindilïérence, le maître redouble de soins. Tout ce qu'il peut mettre, en une figure sculptée, de vie profonde, de souple vérité, d'expression surprise, fixée d'une si
(i) Il aura, en efTet, mais seulement vers 1887, la commande du {.Toiipe de la Chapelle des Fonts baptismaux, à la Madeleine : le Baplême du Christ. — On verra de lui, pareillement, sur la façade du Palais-Bourbon (coté droit en regard de la Seine), un basrelief du Promélhée animant les arts. Nous ignorons à quel moment précis celte œuvre a été cntre[)rise. Elle n'était terminée qu'en i835, à peu près en même temps que l'admirable groupe de l'Etoile, mais elle est d'une composition et d'un style attardés. Rien ne dit ((ue Rude ne s'est pas servi, pour cette allégorie, de quekjue ancien projet conçu en Belgique.
(2) Arrêté ministériel du i4 février 1829 {Archives nationales, F'' io3o).
(3) Le modèle en plâtre fut cependant regardé, voire fort mal traité par Gustave Planche : « Ce Jeune pécheur, dit-il, en son Salon de i83i, n'a rien de nouveau que son bonnet et ses dents qu'il montre. La ligure elle-même est d'un choix malheureux ; le torse et les membres sont lourdement exécutés ». Nous devons reconnaître que, deux ans après, devant l'exécution en marbre, la critique se radoucissait, tout en s'obslinanl à trouver « le style lourd ».
honnête et délicate science que plus rien de convenu n'y est souffert, il l'accusera dans sa statue. L'œuvre, en abrégé, se hausse au chef-d'œuvre. Deux ans écoulés, le Salon se rouvre. Le Petit pêcheur napolitain ou Enfant H la tortue, placé par hasard auprès du Jeune pêcheur dansant la tarentelle de Duret, partage avec lui l'attention générale (i). Les critiques indépendants y saluent l'œuvre d'un art noblement émancipé et généreux. A cet égard, l'article publié par Charles Lenormant, dans le journal Le Temps, du 21 mars i833, mérite qu'on le lise :
« MM. Rude et Duret, sans s'être entendus et, probablement, sans se connaître, sont partis du même point... C'est, encore une fois, et comme dans les tableaux de M. Léopold Robert, une démonstration de la marche que les anciens ont suivie dans l'art ; c'est la protestation de deux artistes sensibles et bien organisés contre les rêveries glacées de l'idéal. En prenant leurs modèles dans les classes de la société les plus voisines de la nature, en imitant, non ce que l'imagination échauffée conçoit, mais ce que chacun peut voir chaque jour, ils ont prouvé que la véritable supériorité des anciens consistait à vivre dans une nature plus vraie et plus spontanée que la nôtre et à imiter cette nature avec une entière simplicité, MM. Rude et Duret ne se rapprochent, au reste, que par cette communauté d'opinion, devenue un lien commun pour tous ceux qui sentent l'art assez fortement. Elle les a poussés à choisir, pour type de l'adolescence, ce que notre mémoire nous rappelle de plus riche et de plus gracieux dans les formes et les mouvements juvéniles :
(i) La figure de Duret, en bronze, et inférieure à celle de Rude, est entrée au musée du Louvre.