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un enfant de pécheurs napolitains. Mais là s'arrête Tanalogie de leurs envois et, de chaque côté, nous trouvons un artiste nettement accusé à sa manière.
(( Sans prospectus, sans tapage préliminaire, sans trompettes qui l'aient révélé au monde, M. Rude a complètement résolu deux problèmes sur lesquels les sculpteurs se disputent depuis cinquante ans et davantage. Il a montré que, dans une œuvre d'art, le fini était inséparable du sentiment, l'un achevant l'autre au lieu de lui nuire. 11 a prouvé aussi qu'une figure pouvait conserver toute la grâce, toute la suavité, toute la noblesse imaginables sans s'écarter de la voie de la nature, de cette imitation timide, scrupuleuse, terre à terre, pour laquelle les prétendus sectateurs de l'antique n'ont jamais eu assez de dédains. Allez voir la figure de M. Rude. La grande question des classiques et des romantiques, dont nous vivons, nous autres critiques, depuis tantôt dix ans, aux dépens du bon public ébahi, cette grande question M. Rude la tranche : il réduit à leur juste valeur les exagérations des deux partis ; il les confond dans un reproche pareil d'impuissance et de préjugé ; il donne gain de cause aux hommes à vues non courtes, mais directes et claires, sur les extatiques, les fanatiques et les lunatiques de tout bord ; il nous réengage dans cette route de travail continu, d'observation simple et constante qui, selon les lieux, les motifs et les influences, a fait Raphaël comme Ostade, Gérard Dow comme Phidias.
« M. Rude, qui a passé une grande partie de sa vie d'artiste hors de France, n'a pas donné au public de ce pays un gage suffisant de l'étendue et de la variété de son talent. Nous avons vu de lui, à Bruxelles, des basreliefs dénotant un goût rare d'ajustement et une assez grande abondance d'invention. D'ailleurs, nous ne
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savons et ne pouvons savoir encore la porlée d'un homme pour nous, malgré ses années, presque entièrement nouveau ; mais ce qu'on doit alïirnier sans crainte, c'est que l'École française n'a pas produit, depuis soixante ans, une œuvre plus complète en son genre que le Pêcheur napolitain...
« Le jeune pêcheur, assis sur un filet, coitTé du honnet de laine rouge commun à tous les habitants des côtes de la Méditerranée, a glissé un brin de jonc autour du cou d'une tortue apprivoisée... La tortue marche en clopinant; l'enfant suit en riant, un bras tendu, l'autre main appuyée sur la terre, le mouvement du bizarre Pégase qu'il vient de dompter. L'âge choisi justifie l'enfantillage et y donne une part à l'imagination du spectateur. Le jeune pécheur n'a pas plus de douze ans, mais l'extension précoce des muscles annonce le développement prochain d'un homme vigoureux. L'ensemble de la figure présente une forme ramassée, surbaissée en quelque sorte et comme les anciens n'en concevaient guère que pour les angles des frontons. Pour bien jouir de l'œuvre, il faut venir tout contre, il faut chercher les détails d'imitation dans les recoins nombreux des membres repliés sur eux-mêmes. Quant à la valeur de l'imitation proprement dite, sauf un peu d'indécision dans le bras qui guide la tortue, je n'ai ni mots pour la louange, ni prétexte pour la critique. Ce n'est pas seulement des os, des muscles et de la chair, c'est de la peau ; c'est un tissu élastique et inégal, épais sous les pieds, tendu sur les os, mou sur le ventre, luisant sur le visage, mince et transparent sur les lèvres ; c'est de l'eau dans les yeux, de l'air dans la chevelure. La tête parle ; elle rit d'un rire franc. La statuaire n'a jamais mieux su rencontrer l'animation sans charge et sans exagération ».
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Il Y a, clans cet article au style gauche, des vues judicieuses sur Fart et le naturel, une saine notion du tempérament de Rude et do libérales tendances, mêlées de quelques idées surannées. Au fond, Lenormant ne se trompe pas : les querelles d'écoles reposent invariablement sur des malentendus. L'accueil fait au précieux marbre, dès son apparition, le démontre sans ambage. On est en pleine effervescence de guerre entre classiques et romantiques, et tout le monde s'accorde à célébrer l'œuvre. Qu'importe que les raisons de louer se veuillent différentes, lorsque la beauté s'impose à tous? « Voilà une admirable statue, disent les classiques, pour la pureté du goût et la perfection du procédé. Le mouvement se recommande d'une simplicité exemplaire. Pas de complication dans le sujet; pas de littérature dans l'intention. Rien de fiévreux, d'excessif, d'inachevé et d'insensé. Le sculpteur a tous les mérites qui nous sont chers : il est donc vraiment à nous » . — « Le sculpteur est à nous seuls, ripostent les romantiques, puisqu'il ne sacrifie ni aux Grecs, ni aux Romains et qu'il aime par dessus tout la vie. A d'autres le culte étroit de l'abstraction ! Les détails familiers le ravissent. Il coiffe son adolescent d'un bonnet de laine, il lui laisse sur la poitrine le scapulaire, accessoire inconnu des anciens. Aux moindres nuances de l'exécution se précise l'ardent désir de rendre la vérité sensible, la chair intimement palpitante et moite. Nous saluons en cette figure la vitalité, la vivacité. Elle est originale ; elle ne relève que de nos principes. Tant pis pour qui ne le voit pas. » Lorsque Rude, à la fin de l'exposition, est proclamé chevalier de la Légion d'honneur, les deux partis battent des mains, comme si <hacun venait de remporter une victoire. Personne n'a l'air de soupçonner qu'il y a eu, aux jours antiques, et De Foukcaud. io
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qu'il y a de nos jours, des artistes de sincérité et des. artistes de convention, des créateurs et des adaptateurs abusant plus ou moins des modèles, des praticiens habiles et de médiocres. Les vrais maîtres, à toute époque, sont ceux-là qui, libres devant le réel, forts de leur observation, de leur pensée et de leur science, impriment à la dure matière les signes de l'humanité telle qu'il leur appartient de la voir. Au-dessous d'eux, selon leurs ressources intellectuelles et techniques, les producteurs secondaires tirent ce qu'ils peuvent des traditions.
A la distance où nous sommes du romantisme et du classicisme, nous sourions légitimement de l'un et de l'autre. Dans les deux camps s'agitaient de vulgaires esprits, affolés de préjugés également ridicules en sens contraire, mais on y reconnaissait aussi de droites intelligences, curieuses des formes et des expressions vivantes, très dignes de se comprendre et séparées, au bout du compte, par de simples habitudes techniques, des nuances de sentiment et quelques définitions de mots. Rude, pour sa part, fut un indépendant dans^ la force du terme, même en subissant les influences ambiantes. Pour mieux dire, deux hommes sont en lui, souvent en discord : un franc Bourguignon, fervent naturiste ; un académiste innocent, se défendant des routines, mais entraîné par l'esthétique générale de son temps vers les fictions abstraites. L'homme à théories cherche à imposer ses programmes à son compagnon instinctif, qui résiste et lui impose au moins ses pratiques de matérielle observation. Quelquefois l'un des deux voisins l'emporte : le Mercure de 1827 donne la note du Prix de Rome enhardi ; le Petit pêcheur de i833 atteste le naturiste rebondissant, irréductible. Plus souvent (et, en partie, jusque dans le prodigieux
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haut relief de l' Arc-de-triomphe), la double tendance s'amalgamera, aux dépens de l'identification supérieure de la forme et de la pensée. Un fait certain, c'est que le maître doit à sa seule bonne foi intraitable et naïve d'exécutant son style décisif et que jamais, en vertu de son fond même, il ne sera si noblement inspiré qu'en s'eflbrçant de traduire, comme les vieux imaigiers de son pays, la vérité directe. Aussi, dans la statuaire iconique, s 'élèvera- t-il au-dessus de ses rivaux — et peut-être de ses devanciers.
La vie intime, rue d'Enfer.
S'acclimater au ciel de Paris, se créer une vie heureuse en un coin de l'immense ville, a été, pour le sculpteur et pour sa femme, l'affaire de peu de jours. La maison qu'ils habitent, 66, rue d'Enfer, est une ruche faubourienne, peuplée de petites gens, dénuée de tout luxe, mais honnête et silencieuse. Au fond de la cour, en contrebas, s'ouvre l'atelier de Rude, très restreint et très rustique, ayant pour plancher la terre battue, s'éclairant sur des terrains vagues en pleine végétation. Comme mobilier, presque rien : un méchant poêle, deux ou trois mauvais sièges, une platef-orme à modèle montée sur roulettes, plusieurs selles à modeler, une table de bois blanc, des planches clouées aux murs, chargées de maquettes en plâtre, en cire ou en argile sèche, ou, portant divers moulages du Parthénon, le torse de l'Illissus, la tête de cheval de Phidias. Le ménage a son logis au second étage: im couloir d'entrée, quatre pièces, une cuisine, le tout réduit, d'aspect bourgeois, d'une propreté quasi flamande. Aucun objet d'art, sauf, sur la cheminée de la chambre, une petite figure d'athlète debout, — sans doute le Thésée ramassant un palet de 1806, — et, près du lit, le portrait du petit Amédée par sa mère, puis, au salon, sur un piédouche à côté du piano, le buste de
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Louis David. Dans la salle à manger, M™*^ Rude a son chevalet où elle touche ses prudents tableaux de genre et ses estimables mais sèches effigies.
Rude, à l'atelier, se couvre avec coquetterie d'une toque de velours noir inclinée vers l'oreille droite. Dès la fm de son séjour en Belgique, il a laissé croître fluvialement sa barbe, déjà grisonnante, dont le flot très uni cache sa poitrine. Son costume consiste en un pantalon large serré du bas, en un veston amadou soigneusement fermé, et, par les jours froids, en un court man teau de même nuance, jeté sur les épaules négligemment. Du matin au soir, en travaillant, il fume sa pipe, il se parle à soi-même, il chantonne entre ses dents. Une de ses habitudes les plus invétérées, en cours de labeur, c'est de venir tout près de son modèle, de palper ses saillies, de provoquer le jeu des os et des muscles sous les tissus, de se rendre compte des moindres particularités. Il le pose à des distances variables, selon qu'il construit Tensemble ou se préoccupe des détails et, souvent, il rompt son immobilité par des demandes de mouvements, de tensions ou de détentes musculaires. Sa curiosité de ce qu'il appelle « Tenchaînement anatomique des attitudes » est sans arrêt. Une joie d'enfant souligne ses constatations en cet ordre d'idées, manifestée par ces simples mots : « C'est étonnant ! C'est étonnant ! » et par un léger rire. Aux minutes de repos, il se donne de l'air à son seuil, il appelle son garçonnet ou s'assied devant sa table, griffonne une note ou se met à lire. A portée de sa main, entre ses croquis et ses papiers rangés en petits paquets symétriques, un livre est un permanence, corné à maintes pages, les marges incisées de coups d'ongle aux bons endroits. Les bréviaires de prédilection de Rude, vers i83o, sont le recueil des Maximes d'Epiélèle et les Recherches d'Eméric David sur la statuaire
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{Considérée chez les anciens et chez les modernes. A-t-il une raison de sortir ? Il se chausse de fins escarpins, endosse une redingote bleu de roi à vin seul bouton, se coiffe du chapeau « tromblon », prend volontiers son pardessus sur le bras et, selon son expression amusante, (( soigne sa draperie » . Regardez-le s'éloigner. Le corps plein, la tête droite sans raideur, il va d'un pas rhythmé, avec un soupçon de solennité dans l'allure. Dès qu'un étranger l'aborde ou qu'il se trouve dans un cercle inaccoutumé, une extrême timidité de plébéien inquiet, malgré tout, de ses manières, apparaît en lui. On le voit gauche à saluer, embarrassé de ses mains et de son chapeau ; d'une politesse accomplie, d'ailleurs, et jamais banale (i).
Si l'on veut connaître les amis de nos Dijonnais, au retour de Bruxelles, je citerai en première ligne Jean- Baptiste-Louis Roman, le meilleur et le plus cher de tous(2). Nous savons déjà qu'il a plus que personne contribué à ramener François Rude à Paris. Les deux sculpteurs se sont connus de bien bonne heure, chez Cartellier, et liés plus durablement, plus tendrement qu'eux-mêmes n'avaient pu croire. Roman, plus jeune que son camarade de huit années, ne lui ressemble en rien : un pur Parisien d'esprit et de race, délié, fm comme l'ambre, insouciant, aimant les spectacles et les plaisirs, un peu
(i) Ensemble de renseignements extraits des lettres de M™<= Rude ou fournis par son ami Etienne Arago, son élève et son parent le statuaire Emmanuel Frémiet, ses élèves Christophe et Guitton, etc.
(2) Jean-Baptiste-Louis Roman, élève de Cartellier, né à Paris le 3i octobre 1792, mort dans la même ville le 11 février i835. Lauréat du prix de Rome en i8i6 avec ce sujet : Ulysse et Ajax députés par Achille vers Agamemnon. — Membre de Tlnstitut en i83i. Son buste en marbre de Girodet, son groupe en marbre de Nisus et Euryale, SA figure de VInnocence et son Calond'U tique, achevé par Rude, sont au musée du Louvre. Talent de second ordre, insuffisamment dégagé de la tradition, mais non indigne d'intérêt.
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railleur de nature, mais franc, délicat, dévoué, d'âme généreuse ! Lorsque Rude a obtenu le grand prix de sculpture, en 1812, sur le sujet d'Aristée pleurant ses abeilles. Roman qui lui a disputé la palme, qui a même remporté le second prix, lui a, fraternellement, sauté -au cou. Leurs tendances diffèrent profondément, l'un aspirant à la force, Fautre doué pour la grâce ; leurs qualités de cœur s'attirent et les unissent. Depuis i8i5, ils avaient cru s'être oubliés ; ils ne s'étaient que perdus de vue. Rude, en Belgique, gagnait durement sa vie. Roman enlevait le prix de Rome en 18 16, partait pour l'Italie, moissonnait, à sa rentrée, de belles commandes, comme la statue de Saint Victor, destinée à l'église Saint-Sulpice, et, de personnelle initiative, sculptait un groupe important de Nisus et Earyale. Pour se sentir plus mutuellement attachés que jamais, il a suffi aux deux amis de se revoir. Roman a le vent du succès en poupe. Au Salon de i83i, sa Baigneuse est saluée d'éloges surprenants. Bon compagnon, aimable, doux, heureux, chacun le pousse ; tout lui est facile. On le •décore, on l'élit membre de l'Institut, il a je ne sais combien de morceaux décoratifs à exécuter pour la -cour du Louvre, pour la Madeleine, pour la Bourse... « Prends garde de te laisser absorber par l'art officiel, lui répète Rude en souriant. » Bah ! Il se sent jeune •et solide. Du diable s'il n'a pas le temps de faire des œuvres à son goût, par la suite, et qui vaudront au moins sa Baigneuse trop adulée ! Pour l'instant, il n'a rien de plus à cœur que de carillonner les mérites de «on camarade reconquis, sous le viril ascendant duquel il finira par entreprendre son Caton d'Utique Usant le Phédon au moment de se donner la mort. Mais quelle fatalité est sur lui ! L'instant ne viendra que trop tôt de le dire.
Le sccoiid familier de Rude, c'est Victor Jacolot, le fds de Joseph Jacotot, l'inventeur de la fameuse mélliode mnémotechnique dite d'émancipation intellectuelle ou universelle. Ces deux hommes passent à bon droit pour des personnages originaux. Le père est né à Dijon, le 4 mai 1770, d'une famille de bouchers. Un de ses cousins en ligne paternelle, fils de ses œuvres et savant professeur, l'a pris en affection et recueilli pour l'instruire. Joseph s'est jeté dans l'étude avec cette fièvre qui brûle, aux approches de la Révolution, nombre de jeunes gens de la bourgeoisie. A dix-neuf ans, il faisait ses humanités au collège de Dijon ; puis il devenait avocat, embrassait passionnément les idées révolutionnaires, s'enrôlait dans un bataillon de volontaires de la Côte d'Or en 1791, s'adonnait, tout à coup, aux sciences exactes et occupait, bientôt, une chaire à l'Ecole polytechnique auprès de Monge, de Vauquelin et de Prony. En ce poste supérieur, il était justement apprécié : on l'y pouvait croire à demeure. Point î Son goût du changement le tenait encore : il s'en revint, à Dijon, professer à l'école centrale, « la logique et l'analyse des sensations ». En réalité, il n'est novice en aucune connaissance : mathématiques, histoire, langues, littératures, philosophies, sa mémoire visionnaire a tout retenu et son intelligence le met en état de tout enseigner ; mais son agitation lui fait tort. En 181 4, les Autrichiens, passant par la ville bourguignonne, ont maille à partir avec lui et le gardent un temps en otage. Le peuple, en guise de réparation, le nomme député. Le voilà se prononçant, d'une violence inouïe, contre les Bourbons qui, naturellement, ne sont pas plus tôt rétablis qu'ils l'exilent. Rude l'a quelque peu fréquenté à Bruxelles, de 1816 à 1818, époque où l'étrange Bour-
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guignon, aux manières brusques, aux paroles narquoises, à l'esprit systématique et dévorant, a été chargé cFun cours de littérature française à Louvain. Il a même — on s'en souvient — modelé soq buste. Joseph Jacotot regagne la France en i33o, mais il s'arrête à \ alenciennes, où il passera huit années. Au contraire, son fils Victor est à Paris dès 1829 et Rude le voit journellement. Victor est, presque en tout, l'ombre fidèle de son père. Le sculpteur se grise de la verve originale, encore que fumeuse, de ce professeur extraordinairement érudit, à l'imagination féconde en mirages. Ses enthousiasmes napoléoniens assoupis se réveillent aux incantations de son libéralisme enflammé. Mais c'est, surtout, à la grande méthode pédagogique que leurs entretiens reviennent sans cesse. « Apprendre, dit A ictor Jacotot, c'est comprendre et communiquer ce qu'on a compris. Le plus sûr moyen de comprendre, c'est de procéder du connu à l'inconnu en rapportant, dans un ordre constant, l'inconnu au connu, de façon à les pénétrer de la même lumière. Lisez une page ; interprétez-là minutieusement ; attachez-vous à la redire ; commentez-là par des paraphrases, et vous en rapprocherez naturellement, suivant la loi des analogies, les pages que vous lirez ensuite. Dans l'idée et dans la forme, l'analogie est la clef de la compréhension. Les intelligences sont égales chez les hommes bien constitués. Parvient toujours à la connaissance qui veut y parvenir. On a tout à gagner à l'application de la méthode rationnelle aux études les plus diverses, théori- (fues ou pratiques. Elle conduit à la liberté intellectuelle et stimule par degré l'habileté de la main » (i).
(1) C'est ici le résumé des théories de Joseph Jacotot développées dans son Journal d'émancipation intellectuelle, et son Enseifjnement universel.
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De frappants échos de cette phraséologie se remarquent •dans le parler de Rude. L'influence des Jacotot sur le statuaire paraît avoir été sérieuse, même à un -certain point de vue technique qui sera plus tard attesté.
Un autre familier de l'artiste est le musicien dijonnais Louis Dietsch (i), en ce temps-là profess3ur à l'École Choron. Rude écoute volontiers, le soir, quelques airs -de musique, pour ce que le chant et l'harmonie mêlent de douceur à l'air qu'on respire, et l'amitié de Dietsch lui vaut, à cet égard, de très pures jouissances. Une circonstance mémorable ajoute bientôt au •charme de cette intimité. Louis Dietsch a pour élève une modeste jeune fdle de Bruxelles, du nom de Pauline Sacré, dont il s'est épris de tout son cœur et dont les Frémiet ont approché les parents en Belgique. Grâce au sculpteur et à sa femme, le mariage s'ac- •complit au mois de mai i83i. Les heureux époux n'oublieront jamais leur affectueuse intervention et ils ne cesseront de leur prodiguer des marques de gratitude.
Je vois encore dans les lettres de Sophie Rude de fréquentes mentions d'une pauvre famille Héquet, d'origine bourguignonne, composée de la mère et de ses deux filles, à laquelle elle s'intéresse et cherche à intéresser ses amis. Une des filles est éternellement malade, minée d'une fièvre de consomption ; l'autre s'épuise avec la mère à exécuter des broderies, vendues pour une bouchée de pain. On leur a procuré un
(i) Louis Dietsch, né à Dijon le 17 mars 1808, mort à Paris le 22 février i865. On lui doit vingt-cinq messes, de nombreux ouvrages didactiques et un opéra en trois actes, le Vaisseau fantôme, représenté le 9 novembre iS^a à l'/Vcadémie royale de musique. Dietsch a été chef d'orchestre à l'Opéra de 1860 à i863.
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