LV IRISE DE CHARLES X I
tout à respérance et à la joie, si bien qu'il se promet de ne penser jusqu'à nouvel ordre à nulle autre chose. Il V a, malheureusement, un point noir. Chacun des titulaires de la commande doit fournir un modèle de dix pieds de la partie qui le concerne, moyennant cpiinze cents francs. En vérité, la somme est petite. Les quatorze statuaires se réunissent, discutent leurs intérêts, se livrent à de longs raisonnements mêlés d'économie et d'esthétique, et adressent à Huyot la lettre suivante, en date du it mars 1829 :
« Monsieur, en conséquence du désir de S. Exe. le ministre de l'Intérieur qui, en nous comprenant dans la distribution des travaux de l'Arc de triomphe, nous invite à nous entendre avec l'architecte de ce monument, plusieurs d'entre nous ont eu l'avantage de conférer avec vous sur le genre de ces travaux. Ils ont rapporté aux autres qu'il s'agissait de modeler une suite de 210 pieds environ de bas-reliefs historiques, figures de trois pieds de proportion, qui, doublés par le praticien lors de l'exécution, devront produire en place 420 pieds de frise et dans le système de saillie des métopes du Parthénon ; enfin que votre intention était de nous faire allouer une somme de i 5oo francs par chaque dix pieds de cet ouvrage. Après avoir écouté ce récit, on a pensé, d'abord, qu'il y avait malentendu d'une part ou erreur de l'autre...
« Les métopes du Parthénon ne sont pas des basreUefs, vous le savez. De toutes les sculptures du temple de Minerve, la frise des Panathénées, faite pour être placée assez près de l'œil du s[)ectateur, mérite seule ce nom. Les métopes, élevées au-dessus, sont et doivent être considérées comme des rondesbosses nj)j)H(piées sur une surface plane, comme les sculptures de l'angle ou du pourtour olTrent des statues De Fourcal'd. 12
l-yS FRANÇOIS RUDE ET SON TEMPS
détachées du plan, qui est là seulement pour recevoir leur ombre. Mais, avec une modique somme de I 5oo francs, est-il possible de modeler dix pieds de haut-relief présentant le triple au moins du travail du bas-relief proprement dit, de subvenir aux dépenses du modèle, du moulage, réparage, frais d^atelier, etc.?...
« En y réfléchissant, vous serez convaincu, Monsieur, que, malgré l'ardeur de notre zèle vis-à-vis du gouvernement protecteur des arts et l'envie d'attacher nos noms à un monument glorieux pour la France, le roi, les princes et l'armée, vous serez convaincu, disons-nous, de l'incapacité oh nous sommes d'entreprendre un travail qui, même porté à 2 000 francs, nous obligerait à de grands sacrifices.
« Si notre réclamation ne vous semble pas fondée, nous vous prions d'en référer à une commission de statuaires et nous nous en rapporterons à ses décisions... »
Cette lettre est signée de tous les intéressés, à commencer par François Rude. On a, je l'avoue, quelque surprise et quelque déplaisir à voir le farouche républicain doublé d'un fougueux admirateur de Bonaparte attester son zèle pour le gouvernement royal et s'employer à une œuvre évidemment contraire à sa foi ; mais nous savons que, longtemps avant son départ de Bruxelles, ses sentiments politiques ont grandement tourné au platonisme et, depuis son retour à Paris, ce qu'il cherche, essentiellement, c'est à gagner sa vie en faisant tâche d'artiste. Gartellier le pousse et il se laisse pousser. Il a de la misère une terreur de petit bourgeois. Au point de vue d'une sorte d'esthétique morale, il nous en coûte de ne pas le trouver plus héroïque. Mais qu'y pouvons-nous faire '> Nous le donnons comme il est.