‹ François Rude, sculpteur, ses œuvres et son tempsChapitre 37 sur 111 · LA FRISE DE LOUIS-PIIILIPPE · texte numérisé non relu

LA FRISE DE LOUIS-PIIILIPPE

couronne par une fenêtre des Tuileries et on les ramasse au Palais-Royal.

A le bien prendre, ce n'est point parce que Charles X a commis des maladresses que la Restauration s'écroule : c'est parce que l'œuvre est accompli pour lequel elle était désignée. Elle a relevé la France en face des autres nations, mais, au dedans, il n'y a plus rien de commun entre elle et le peuple transformé. De quelque côté qu'elle s'affirme, son ressort est prêt à se rompre. S'affirmant à droite, elle se perd ; s'affirmant à gauche, elle se trahirait. Elle ne pourrait pas davantage aller vers le centre, ori s'élabore le mouvement social, car ce serait saluer 89. C'est pourquoi tout finit pour elle ; on acclame Louis-Philippe.

Et Louis-Philippe ceint la couronne avec un double et populaire mandat tacite : renouer à la République et, tout à la fois, glorifier Napoléon. « Ce qu'il faut aujourd'hui au peuple français, lui dit nettement La Fayette, la veille de son avènement, c'est un trône populaire, entouré (i institutions républicaines , tout à fait républicaines. » Le duc d'Orléans en demeure d'accord ; le monarque l'oubliera parfois, dans la suite. Mais, au moins, il se souviendra toujours de glorifier Bonaparte, dont il doit bientôt ramener impérialement les cendres à Paris. Et, d'abord, il achèvera l'Arc de triomphe.

11 n'est pas douteux que le changement politique ait été bien accueilli des ateliers. Les dispositions de la masse des artistes sont invariablement celles du gros de la nation. Quelque opinion qu'ils affectent, ils aiment, subissent ou haïssent un gouvernement selon qu'il répond aux nécessités immédiates et s'approprie ou se refuse aux aspirations du plus grand nombre. C'est surtout à la poussée | des aspirations publiques que, sa mission remplie, avait succombé la Restauration. Les

l'RAINÇOIS RUDE ET SON TEMPS

artistes n'ont rien fait pour la renverser, mais, la voyant sur le pavé, ils se réjouissent. Il est vrai que, la première joie passée, des craintes leur viennent, dont nous avons déjà noté Féclio dans les lettres de Madame Rude. Si l'on allait tarder à reprendre les travaux ! Si dans la multiplicité des mesures à prendre, on ajournait ce (|ui touche aux arts !... Ces craintes sont chimériques, d'ailleurs, et tout spécialement à l'endroit du monument de l'Etoile, qu'il est dans le dessein du roi de rendre à sa destination primitive et d'inaugurer le plus tôt possihle. Dès les premiers mois du règne, ordre est donné au ministre de l'Intérieur, comte de Montalivet, d'élahorer un nouveau programme décoratif, conforme à la pensée de l'œuvre, sans tenir compte des modèles récemment exécutés. Au plus vite, on se concerte et Ton s'accorde. Conclusion : le 1 6 novembre i83o une décision ministérielle commande à Rude, Laitié, Jacquet, Brun, Cailhouet et Seurre aîné le modèle de la frise sculptée depuis tout le long du grand entablement de l'Arc : le Départ et le Relour triomphant des armées de la République et de l'Empire. Je lis dans la brochure du D"" Maximin Legrand ([uc Rude a reçu la commande d'un tiers de la frise et de l'ornement tout entier. C'est une double erreur dont les documents font foi. Les six sculpteurs sont 2)artagésen deux groupes, chargés chacun d'une des façades principales et de la moitié des deux façades latérales. Laitié, Jacquot et Brun retracent le Départ des Armées , Cailhouet, Seurre et Rude figurent le Retour. Il n'est même pas question d'agrandir la part de Rude. La direction de l'ornement lui est si peu dévolue qu'elle appartient à l'ornemaniste Jacques (i).

(i) Archives nationales, F'-^, liasse io3o.

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