‹ François Rude, sculpteur, ses œuvres et son tempsChapitre 41 sur 111 · LES TROPHEES I · texte numérisé non relu

LES TROPHEES I

Tartiste eût apporté à sa composition des changements sérieux et, pour le moins, métamorphosé l'allégorie énigmatique et bizarre. Il faut, nonobstant, tenir compte de la conception qui est grande. Des héros écrasés par la guerre, rompus de fatigue, endoloris de blessures, s'entr'aidant en leur détresse ou résistant en dépit de tout et livrés aux bêtes sauvages affamées, proposent une donnée d'œuvre aussi neuve que forte. En outre, le cheval tombé, la tête pendante, épuisé, n'ayant plus qu'à mourir et les loups acharnés après leur proie sont des indications du caractère le plus fier. Du profond sentiment d'une situation Rude a tiré l'idée d'une évocation intimement tragique, aux éléments issus du réel et généralisés dans le mode légendaire. Si les traits essentiels s'en sont dénaturés par des formules classiques et, tout à la fois, soulignés de détails poussés jusqu'à la brutalité, comme les linges de pansement du blessé, la libre générosité d'âme du sculpteur se dénonce en ce qui s'exhale de pitié humaine. De semblables recherches nous le montrent sur la voie d'une sculpture moderne, robuste, française, populaire, se renouant à l'imagerie de pierre des aïeux qui parlait si éloquemment aux simples par cela qu'elle attachait l'émotion et le symbole à la vie même. Ce dessin du lietour, si incomplet soit-il, est plus que précieux : il est capital. Rude y dégage quelque chose de son tempérament primitif, bourguignon, plébéien, et, d'instinct, trace une voie plus large qu'il ne le croit lui-même et 011 l'on souhaiterait qu'il pût s'avancer franchement. Mêmes tendances se dénotent aux deux compositions suivantes, mais avec bien moins de vigueur et bien plus de mélange. Ici, c'est la Défense du sol, symbolisant l'effort de i8i/|. Un héros à la façon de Louis David, nu et casqué, armé du bouclier et de la lance ^

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tenant à la main les palmes des anciens triomphes, vient s'abattre, mourant, devant Fautel de la Patrie autour duquel on se bat toujours. A terre, un chapiteau et un vase antiques. Dans Fair, une Gloire ailée portant une verte couronne et une statuette de la Victoire. Là, pour faire vis-à-vis au drame de Finvasion, Fidylle de la paix, une sorte d'arrangement de médaille où monte une figure féminine aux ailes ouvertes, la tête penchée, coiffée du bonnet phrygien, une branche de laurier dans la main gauche, et de la droite, protégeant le guerrier richement armé et drapé qui remet au fourreau son glaive, le laboureur nu, au front couvert d'une coiffure assez comparable aux casquettes de nos jockeys, qui rajuste le collier de ses bœufs, et le matelot, sans vêtement aussi, accroupi, chargé d'une ancre, auprès de son navire aux voiles repliées. Mais cette scène est, de tout point, la plus faible des quatre. On ne se rend pas raison, d'après ces croquis, de ce qu'auraient pu être les compositions exécutées. Les intentions qui s'y font jour s'y fussent évidemment accusées en des formes plus typiques, en des agencements meilleurs. N'est-ce rien, cependant, que de constater sur ces feuilles, déjà marquées de visées certaines, une aspiration de l'art classique à secouer le joug de son idéal abâtardi? Pour le fond des pensées, il semble trahir, chez Rude, une recrudescence, inconsciente peut-être, du vieil esprit républicain. Seulement, combien l'anarchie est en lui vivace ! S'il célèbre la Révolution avec le Départ des Volontaires, s'il réprouve les guerres d'ambition de l'Empire dans la Retraite de Russie, s'il fait honneur au parti libéral des dévouements de i8i/i, il coiffe bien gratuitement du bonnet phrygien la Paix de i8i5, qui est une paix royaliste, et voilà, par surcroît, qu'il songe à décorer le faîte de

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