‹ François Rude, sculpteur, ses œuvres et son tempsChapitre 43 sur 111 · PROJETS DE COURONNEMENT 2O · texte numérisé non relu

PROJETS DE COURONNEMENT 2O

être en harmonie avec le monument, qu'il conviendrait de le couronner. Mais quels sujets choisir pour ces statues ? Des sujets allégoriques ? — Les faces du mo nument en sont déjà surchargées. Il faut des figures historiques, des personnages célèbres. Il en est qui s'offrent tout naturellement à la pensée. L'Arc de triomphe est un monument militaire : il faut en faire une sorte de Panthéon de la France guerrière depuis 89.

« Ici se rencontrent quelques difficultés. Jetterait-on pêle-mêle les généraux de la Révolution et ceux de l'Empire? Il y aurait, dans cette confusion, quelque chose de faux et d'injuste. Il me semble, après y avoir réfléchi mûrement, que l'on devrait en former deux groupes, séparés et liés à la fois par une figure colossale de la France victorieuse, sur un char de triomphe. Et, pour mettre de l'unité en chacun de ces groupes, on pourrait ranger l'un autour de Napoléon, et Vautre par exemple, autour de Carnot, l'homme qui organisa la victoire des armées révolutionnaires et qui ne fut peut-être pas moins grand que Napoléon lui-même.

« D'un côté, le grand théoricien, de l'autre, le grand praticien militaire. Nos deux belles époques se trourait ainsi en présence. Autour de l'Empereur, ses ducs, ses princes, ses maréchaux ; autour du Citoyen la simplicité républicaine. Là, Masséna, Descdx, Lannes, Ney, Mural, Eugène Deauharnais ; ici Kléber, Hoche, Joubert, Marceau, Jourdan, peut-être La Tour d'Auvergne, ef pourquoi pas Moreau? La mémoire du vainqueur de Ilohenlinden doit être réconciliée avec la France ; elle doit en obtenir un généreux pardon. Mais comment placer Moreau près de Bonaparte, son persécuteur? Ou' il figure, plutôt en témoignage d'absolutum auprès du patriote sans reproche, auprès de Carnot, qui fut longtemps son ami. — Et Kléber, De FoiRCAUD. i4

et Hoche surtout, pourquoi ces généraux que la mort seule a empêché de s'élever à la même gloire que Napoléon, peut-être à la même ambition, figureraient-ils parmi ses lieutenants ? Il J aurait là anachronisme et injustice. Mettez-les à côté de l'homme qui sut deviner leur génie et les révéler, pour ainsi dire, à eux-mêmes. Cet Olympe de héros guerriers, distribués habilement en deux groupes, offriraient, je n'en doute pas, un admirable coup d'œil et satisferait à la fois les amis de l'Empire et ceux de la Révolution.

a Examinez cette idée, M. le Ministre, avec votre sentiment éclairé des Beaux-Arts, avec le sentiment qui vous animait quand vous avez écrit en pages éloquentes les grandes époques que l'Arc de triomphe est destiné à rappeler. . . »

Ainsi s'exprime M. de Paulet, donnant aux théories du juste milieu le tour le plus inattendu et, sans malice, étalant l'incohérence des doctrines propagées par Thiers. La lettre est caractéristique, au point de vue moral, jusqu'au degré divertissant, mais, au point de vue de l'art, les indications n'en valent guère. On voit d'ici l'entassement de cent figures héroïques s'échelonnant au sommet de l'Arc comme aux pentes d'une colline. En trop bel ordre, elles sembleraient froides; en ordre pittoresque, elles causeraient, à distance, une impression de désarroi. Cependant, d'autres propositions se formulent, diverses et très nombreuses. Le 9 mai, i83/i, James Pradier demande à soumettre au ministre un projet de couronnement sur lequel il ne s'explique pas, mais Blouet, à ce moment, prône si fort les avantages du quadrige qu'on incline à supposer qu'un quadrige en forme le motif principal. Moyennant une centaine de mille francs, on exécuterait l'œuvre en pierre préparée comme aux voûtes du Pan-

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