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théoii et, de ce fait, dure comme le marbre. Avec cinq; ou six mille francs de plus, l'ensemble recevrait une riche et solide dorure qui en magnifierait l'aspect. Il ne reste pas trace du projet, hormis, au dossier, le petit billet du sculpteur, d'où je tire ces détails.
De son côté, Foyatier a une grande composition en tête. Laquelle ? Je ne sais ; mais je vois, aux Archives, que Thicrs est convié, le 25 juillet i834, à examiner l'esquisse. Il en coûterait environ 25oooo francs de la réaliser. C'est un gros denier, en somme, et les choses en demeurent là.
Vers le même temps (i 4 juin i834), le Roi a reçu d'un sieur F. -H. Chauvin, conducteur des ponts et chaussées à Beauvais, un projet naïvement drolatique, appuyé d'un dessin. L'acrotère est complètement dissimulé sous une gigantesque couronne royale surmontée d'un coq et, si je ne me trompe, — le croquis étant un peu vague — décorée, au-dessus du bandeau, de fleurs de lis et de fleurons. Sur les piédestaux qui coupent la balustrade de la terrasse, des aigles étirent leurs ailes. Ce conducteur des ponts et chaussés n'a peur de rien.
Un vœu plus digne d'attention émane, au commencement de l'année suivante (12 janyier i835), de M. C. Farcy, membre de la Société royale des antiquaires de France, directeur du Journal des Artistes. Au plus haut de l'édifice, un aigle dessinerait en plein ciel son envergure démesurée, une couronne de laurier dans son rostre et comme s'abattant sur un amas de drapeaux et d'armes brisées. Ce thème a, tout d'abord, souri au ministre au point qu'il s'en est ouvert àBlouet. « Non, répond l'architecte : un aigle de soixante pieds serait hors de proportions avec toutes les autres sculptures ; les formes maigres et découpées du dessin de
M. Farcy ne sauraient s'accorder aux lignes architecturales, et l'idée même qui plaît à l'imagination comme expression poétique n'est peut-être pas admissible pour le monument sévère auquel on veut l'appliquer. » De telles objections manquent de force et la dernière, spécialement, ne supporte pas l'examen. Farcy défend son projet, toute une année, sans succès. Il n'est pas hors de propos de rappeler que deux sculpteurs, par la suite, ont repris son programme. Chardigny fils, <Mi i836, rêve de poser un aigle de soixaute-dix pieds sur une hémisphère accostée, à ses deux pôles, des deux allégories de l'Orient et de l'Occident ; et notre glorieux Barye sollicite, un peu après, l'honneur de modeler un aigle de vingt mètres, les ailes étendues et tombant, à bout d'essor, parmi les trophées de nos guerres (i). L'administration des Beaux-Arts écarte le projet de Chardigny et celui de Barye lui-même, bien qu'on puisse attendre un chef-d'œuvre de ce maître et qu'on en ait le sentiment.
Ecartée aussi l'esquisse du statuaire Bougron : « La France élevée au plus haut degré de prospérité par la victoire, les arts, les sciences, le commerce et Vindustrie, groupe exécutable en pierre )>. Songeant aux compositions enchevêtrées de plusieurs de ses émules, l'artiste écrit : « Ce monument aurait au moins l'avantage d'être compréhensible à tous les points de vue )>(2). Justifiée ou non, son allégation n'est d'aucun secours à son œuvre, laquelle, apparemment, ne vaut pas qu'on s'y fixe. Le ministre, en abrégé, satisfait d'avoir suscité un mouvement dans les ateliers et
(i) Cf. Inventaire général des richesses d'art de la France : l'Arc de triomphe, par H. Jouin, et biographie de Barye, par Arsène Alexandre.
(2) Lettre du 18 octobre i835.
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dans le pul)lic. recule de jour en jour la décision à prendre. Sa pétulance disserte ; sa vanité se rengorge à faire de l'esthétique ; sa diplomatie se gaspille en demi-promesses, en jolis faux-fuyants oia chacun croit démêler des certitudes. On pourrait étudier en lui un type parfait du méridional, très prompt à tout deviner et ne déparlant pas, se faisant une opinion des opinions de tout le monde, mal assuré, au vrai, de ce qu'il pense, mais créant de charmantes illusions autour de lui, soulevant des poussières dorées d'érudition et d'imaginalive, et supérieurement enjôleur. Ah ! l'homme rare que ce Thiers, virtuose miraculeux du piétinement sur place simulant la marche en avant !
Au milieu de ces amhitions d'artistes, insidieusement tenues en haleine, la bonne volonté de François Rude n'est pas oubliée. Son Excellence y a si bien fait appel et il s'est si bien mis à l'ouvrage que je lis dans une lettre de Blouet, du 28 avril i83/i : « Les esquisses demandées par M . Thiers à MM. Rude et Marochetti seront remises dans la salle de l'Epure dès samedi matin ». On prie le ministre de les venir voir au plus tôt, afin de conclure. Pour toute réponse, M. Thiers rappelle que, dimanche dernier, il a visité l'Arc. Qu'at-il besoin de rien brusquer? C'est affaire aux sculpteurs d'avoir de la philosophie.
Ce qu'a conçu Marochetti, nous l'ignorons. Nous nous rappelons au contraire, que Rude a composé un Triomphe de Bonaparte, dont le croquis est au Louvre. On y reconnaît à première vue une adaptatif )n de l'allégorie du Vainqueur, inutilement crayonnée naguère pour l'un des pieds-droits. Un jeune César au front lauré, un manteau flottant agrafé à l'épaule, lance son cheval au galop sur le globe du monde. Sa main gauche tient le sceptre avec la bride ; de la
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droite, rejetée en arrière, il brandit le glaive large et court. Il va tranquille, sûr de soi, gouvernant son cheval cabré, sondant l'horizon du regard. La Victoire le suit à grand vol ; Faigle essoré le couvre de son ombre, le bec ouvert, le cou tendu, le foudre aux serres. A terre, une tête de bélier, exprimant peutêtre les fécondités de, la glèbe foulée par les combats, et un autre objet, qui paraît être une couronne tombée dans la boue. L'esprit concentré de l'artiste se travaille à sous-entendre, par tout moyen, le plus d'idées possible. Observons qu'en évoquant son jeune César, c'est à Bonaparte qu'il a pensé plutôt qu'à Napoléon, — au Bonaj)arte d'Arcole et de Lodi à qui nous le verrons, plus tard, consacrer un autre hommage. Le ministre, à quelques jours de là, examine le groupe et, suivant sa coutume, engage le sculpteur à lui soumettre de nouvelles maquettes, à ses risques et périls. Rude ne se lasse point. Coup sur coup, au dire de Théophile Silvestre(i), il imagine un Quadrige triomphal, puis une France victorieuse, colossale statue, nimbée de rayons, ayant à ses pieds un aigle porteur d'un butin de sceptres et de couronnes, environnée d'images allégoriques des Puissances vaincues. Ces projets, en tout état de cause, ne s'enhardissent qu'à des lieux-communs ; mais, chez Rude, nous savons déjà combien lente et pénible est l'élaboration première. Toute œuvre qu'il conçoit s'offre à son esprit, en son principe, non claire et affirmée, mais en gestation, simplement pressentie, ainsi que dans un brouillard. Les éléments se modifient ensuite ; les formes, peu à peu, se condensent, se justifient et s'ordonnent. Par une recherche instante, il filtre pro-
(i) Th. Silvestre. Les arlistes français, étude déjà citée.
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.gressivcment sa pensée à travers vingt esquisses, jusqu'à ce qu'il ait senti la possibilité de faire transparaître Kjuelque chose de ce qui s'émeut en lui.
Que sont devenues ces séries de maquettes d'acheminement ? Elles sont détruites ou perdues. Nul intérêt durable ne se cache, à son avis, en des ébauches mal débrouillées. L'œuvre achevée ou arrêtée, autant les laisser périr. Mais quelle ardeur il prodigue à la poursuite de son but et comme il se tient naïvement certain du choix de M. Thiers ! Celui-ci n'a pas approuvé le Quadrige triomphal] Rude s'est rejeté sur un Triomphe de la France. La commande tarde à venir. Eh! qu'importe .^ Il a foi qu'elle viendra... «Vous espérez bien à tort, lui disent ses camarades. Etex, le confident et le conseiller du ministre, ne peut vous souffrir. Redoutez une déception... » Allons donc! On ne sait de quoi l'on parle. Sainte confiance d'un artiste que rien ne désarçonne et qui n'admet même pas qu'on le puisse décevoir ! Il sollicite, par avance, l'autorisation de construire im abri au milieu de la plate-forme du monument pour y travailler sur place au groupe projeté...
Un peu auparavant, le maître modelait, rue d'Enfer, peut-être en s'aidant d'anciennes études, un bas-relief destiné à la façade du Palais -Bourbon, du côté de la Seine : Prométhée animant les arts (i). Deux praticiens, en i835, vaquent à le mettre au point sous sa surveillance. On voudrait savoir de quel œil Rude envisage, maintenant, cette composition d'un goût arriéré
(i) Ce Prométhée a dû être commandé à la fin de 1882 ou au commencement de i833, à l'issue de la construction de la nouvelle Chambre des députés et de ses dépendances. Je dirai au Héfjertoire chronolofjlque (§ V ; OEuvrcs de Rude sous Louis-Philippe^ mes raisons de penser que la composition en précéda celle
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et rattachée, pour le style, à ses ouvrages bruxellois. Dans un décor de portiques et de palais, le demi-dieu au torse nu, sur un trône, penche sa torche qui s'allume. Des merveilles naissent autour de lui, symbolisant la puissance de Fart à dompter la matière ; làbas une cariatide supporte son fardeau d'architecture ; ici le Milon de Crotone de Pierre Puget se dresse sur son socle, captif éternel. D'invisibles représentants de l'humanité, un berger, demi-nu, coiffé du pétase, une femme drapée, les mains jointes, s'extasient du feu inconnu jailli de la bouche du Titan. A l'envi travaillent les artistes. Un architecte prend, au compas, des mesures sur une tablette que lui présente un petit génie agenouillé ; un autre amour sculpte à grands coups de maillet une tête colossale ; une jeune femme joue delà lyre; un dessinateur, assis à terre, étudie d'après le vif; un peintre en tunique, sa palette à la main, auquel Rude semble avoir prêté son visage, revêt de couleurs, au mur du fond, une Victoire ailée tenant une couronne... Combien toutes ces figures composites, de laborieuse et classique convention, s'éveillent froidement ! Depuis que l'élève de Cartellier a terminé son modèle, ses yeux ont commencé à s'ouvrir. Encore qu'il raisonne assez hasardeusement d'esthétique, son instinct le pousse toujours plus en avant; le sens de la vie et du mouvement le tourmente. Aussi réserve-t-il le meilleur de lui pour l'exécution du hautrelief du Départ, également, en i835, aux mains des praticiens.
du Départ des Volontaires. Legrand date l'achèvement de l'ouvrage à i835. — D'un billet de VI"»^ Rude du 6 avril de cette année il appert que le sculpteur s'annonce au Palais-Bourbon avec deux praticiens, mais sans indication de ce qui l'y appelle. Ce ne peut guère être que le soin de son bas- relief.