‹ François Rude, sculpteur, ses œuvres et son tempsChapitre 45 sur 111 · PROJETS DE COURONNEMENT 2I · texte numérisé non relu

PROJETS DE COURONNEMENT 2I

On lui a accordé sept cent-vingt journées de tailleurs de pierre afin d'opérer, dans le bloc de Chérence, le refouillement initial. A présent, les masses inutiles sont abattues ; les sculpteurs font vivre ces corps héroïques dont les chairs palpitent davantage à chaque coup de ciseau. Le maître assiste à la graduelle apparition de son rêve. Presque tous les jours, il se confine à Tatelier de l'Arc, revêtu de la blouse des ouvriers, tâchant à faire passer en ses colosses lentement dégrossis quelque étincelle du feu de son âme. Bien des mois, TefTort se prolonge, — empli, à son propre aveu, d'inquiétudes et de joies. Ce que font ses rivaux le laisse en paix. Sa porte est fermée à tous. On ne jugera point son œuvre qu'il ne Fait enflammée de sa passion, qu'elle ne tressaille et qu'elle ne crie. L'Arc de triomphe, de i834 à i836, est pareil à une ruche énorme où, dans leurs abris de planche et de verre, les statuaires font parler l'Histoire dvi siècle ; mais Rude seul la fait rugir. Là-haut, sur la plate-forme, Tacrotère s'arrondit, nu et morne. C'est l'unique partie du monument qu'on diffère de décorer. De tous les I)rojets de couronnement soumis à M. Thiers, n'en at-on reconnu aucun digne de sonner la grande fanfare des triomphes de nos. armées ? A-t-on reculé devant la dépense? Hélas! bien des labeurs humains, entrepris avec enthousiasme et longtemps continués, sont voués A rester ainsi sans conclusion ! Et, comme ces cathédrales, tant de fois séculaires, dont les tours attendent, de génération en génération, leur flèche hautaine, le solennel portique de l'Etoile se dressera, dans les lointains avenirs, sublime et inachevé.

L'inauguration de l'Arc de triomphe.

Nous sommes à la fin du printemps de i836. La jdIus fourmillante activité règne aux chantiers. Blouet a formellement promis de livrer l'édifice le 29 juillet, pour être inauguré en grande pompe. A mesure que s'achèvent les sculptures, on démolit les échafau- <iages des praticiens et les groupes ou bas-reliefs s'enveloppent de grosse toile. Un seul sculpteur a menacé, un moment, d'être en retard : c'est Gechter, chargé d'un bas-relief de la bataille d'Austerlitz. Les architectes Rohaut et Blouet et les statuaires Marochetti, Etex et Rude, ont été délégués pour examiner son cas, Gechter a eu recours à un chef praticien disposant de trop peu d'ouvriers et usant d'un procédé mécanique acceptable, mais très lent. Il met bon ordreaux mauvaises volontés de son entrepreneur. Tout sera prêt à l'heure utile.

Ce n'est pas assez de hâter les derniers travaux du monument; il faut, d'urgence, régulariser les abords. Au mois de juin, on déblaie la place de l'Etoile, depuis tant d'années encombrée de matériaux ; on trace une route en continuation de l'ancien boulevard de Passy ; l'on improvise des chaussées ; on pave l'enceinte de l'Arc et on la circonscrit d'un grand cercle de bornes -en granit reliées par des chaînes de fer. Des consignes

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