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LA STATUE DE GASPARD MO>GE A BEAUNE

^nifique de la personne qui relève Fétrangeté, la familiarité de la forme et de la pose (i). )> Il est triste, en raccourci, qu'un si neuf chef-d'œuvre soit si peu compris dans sa rare portée !

Au centre de la place d'Armes de Beaune, on construit le piédestal en marbre de Prémeaux. La place est curieuse et pittoresque, de plan triangulaire, encadrée de hauts toits bruns, flanquée de l'élégant beffroi de l'ancien Hôtel-de- Ville. Le logis natal de Monge est là-bas. Combien de fois le grand homme a passé à l'ombre de ces vieilles murailles ! Son souvenir y survit ; sa statue y fera merveille. Mais diverses circonstances ont motivé l'ajournement de l'inauguration. L'hiver s'écoule et le socle est toujours vide, derrière son rempart de planches. Une nuit du mois de mai 1849, il y a foule aux alentours. C'est le bronze qui arrive. Les ouvriers le déchargent et le dresse en quelques heures, puis l'enveloppent de toiles et, de nouveau, il n'en est plus question. Jusqu'à l'été, même silence. Enfin, au mois d'août l'on semble se réveiller : la fête aura lieu le dimanche 2 septembre. Ce jour-là retentissent, au point du jour, vingt et un coups de canon. Rude est à Beaune depuis l'avant-veille. A toutes les fenêtres flottent des drapeaux. Des corps de troupes, venus de Dijon, défilent musique en tête, précédant le préfet de la Côte-d'Or, le premier président de la Cour d'appel, des membres de l'Institut, des ingénieurs, des élèves délégués de l'Ecole polytechnique. Tout le pays est sur pied, en liesse. On acclame le norn de Monge devant sa maison, enguirlandée et pavoisée. Sur la place d'Armes, qui sera dorénavant la place Monge, une estrade reçoit les autorités. Le

(i) Article du i4 avril i8/j8, sous les initiales Pr. H,

32/i FRANÇOIS RUDE ET S0> TEMPS

voile de la statue s'abat et la figure apparaît, fière et tranquille, auréolée d'un beau rayon de soleil.

Le maire de Beaune, Henry Welter, prononce un discours. A son tour, le baron Charles Dupin prend la parole au nom de F Académie des sciences. Un autre académicien, Jouvard, rappelle les travaux de Monge durant l'expédition d'Egypte, où il fut son compagnon. On entend alors M. Michaud-Monait, président de la commission du monument et ancien maire. Et, comme il est écrit qu'on n'échappe point à l'obsession du Bonaparte de Fixin et des aspirations bonapartistes, M. le premier président Muteau couronne la cérémonie par cet emphatique « hommage au sculpteur » :

« Que l'éclat de cette fête réveille un autre grand homme que tu as confié naguère à la religion d'un ami fidèle. Que le bronze de Fixin tressaille au bruit de nos applaudissements ! Que Napoléon, soulevant son manteau d'airain, reconnaisse en cette statue le témoin de ses premières gloires, et que le nom de Rude, à jamais attaché à la mémoire des deux génies, ranimés par son talent, soit transmis, avec les leurs, à la postérité ! ))

Laissons, après cela, les rues s'illuminer et la journée se clore par un banqueta l'Hôtel-de- Ville. Nous n'avons écouté que trop de toasts et vu que trop de lampions s'allumer. Que si l'on a curiosité de savoir la véritable impression des Beaunois sur le chef-d'œuvre, elle s'indique assez clairement dans ce passage d'une brochure de l'époque : « Peut-être eût-il mieux valu représenter Monge en créateur d'une science nouvelle, en homme d'initiative, d'inspiration. Rude a compté, comme à Fixin, sur sa verve et sur son intellii^encc pour ennoblir ce que sa conception, d'ailleurs

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