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On ne peut dire que les hommes de grande valeur manquent à la quatrième classe, mais elle appartient prescjue en entier aux idées arriérées, alors que l'école française est en effervescence et tente de sortir des chemins battus. Aussi l'aréopage se rend-il odieux aux chercheurs par son éclatante intolérance. Les délégués de la Liste civile ferment impitoyablement les galeries du Louvre à tout ce qu'ils ne comprennent pas — c'est-à-dire à tout ce qui porte un cachet de nouveauté. A quoi bon pousser des cris ? « Il est impossible, écrit Gustave Planche, que M. Blondel, peintre nul, approuve la peinture de M. Delacroix, peintre à défauts, mais peintre éminent. » Théophile Thoré écrira de même : « M. Bidault, le paysagiste, n'est pas compétent pour juger Decamps, ni M. Abel de Pujol pour juger Diaz, ni M. Ramey pour juger Duseigneur. » Lorsque Planche envisage le rôle des architectes et des musiciens dans le jury, l'indignation le prend : « Ce jury, dit-il, échappe à la haine par la bouffonnerie. Le sort des peintres et des sculpteurs est entre les mains des musiciens et des architectes. Pourquoi ne pas les charger aussi, de temps en temps, des travaux du Conseil d'État ? » Si les colères des jeunes artistes sont enflammées, on le devine. Quel moyen de faire cesser de si déplorables errements ? Le critique que je viens de citer émet un avis, à ce sujet, dès i836, dans la Revue des Deux-Mondes : « Il n'y aura pas de justice possible tant que le jury ne comprendra pas dans son sein toutes les nuances de l'opinion : à savoir l'opinion conservatrice représentée par l'Institut ; l'opinion radicale, représentée par les novateurs, et l'opinion libérale et modérée représentée par la presse et les salons. )) Quatre ans plus tard, ce même Gustave Planche, outré de la partialité de la quatrième classe,
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se fait Fécho des artistes exaspérés et conclut : « Il y a un moyen bien simple d'imposer silence à toutes les plaintes : c'est d'admettre indistinctement tous les ouvrages présentés et, pour circonscrire l'exposition dans des bornes raisonnables, on ne permettrait pas aux peintres et aux statuaires d'exposer plus de deux ouvrages. En dehors de ce système, on ne peut s'attendre qu'à des iniquités. » Mais la Liste civile laisse les abus aller leur train, si monstrueux soient-ils.
Penche-t-on à croire que les artistes exagèrent leurs griefs ? Nous n'avons qu'à donner un aperçu des tables de proscription annuelles. En i836, on a refusé une Scène d'Hamlet d'Eugène Delacroix, un Roi Lear de Louis Boulanger, un Portrait de Champmartin, une Marine de Paul Huet, des paysages de Marilhat et de Théodore Rousseau, le Charlemagne du sculpteur Préault, et les Lutins, groupe en marbre d'Antonin Moine, dont le modèle en plâtre avait été acheté par l'Etat au Salon de i83i. Autant d'individualités méconnues, grandes ou intéressantes ! Autant d'œuvres au moins curieuses condamnées à n'être point vues !
En 1837, Jean Gigoux reste sur le carreau avec son Antoine et Cléopâtre, Riesner avec sa Aiobé, Barye avec ses groupes en bronze de sujets de chasse, « pièces insuffisamment exécutées, paraît-il, et tenant de l'orfèvrerie plus cjue de la sculpture ». Refusés encore les paysages de Th. Rousseau. Refusés bien d'autres ouvrages estimables. « Il y a ici plus que de la sévérité, de l'injustice et de l'ignorance volontaire ou involontaire, lisons-nous dans la Revue des Deux- Mondes. Il y a du ridicule et de la honte. » Et la Revue des Deux-Mondes ne se trompe pas.
Un paysage de Corot, figure, en i8/i4, dans l'hécatombe. L'an d'après, une toile de Delacroix est sacri-
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fiée, pele-méle avec des toiles de Paul H net, de Ghassériau et de Riesner, et Ton a obtenu ce beau résultat d'éloigner du Salon les Ary Scheffer, les Rousseau, les Dupré et les Barye.
Rude, jusqu'ici, n'a pas été touché personnellement, ayant la prudence de ne rien envoyer. En i8/i6, l'aimable jury va trouver un biais pour l'atteindre. Cette année-là, les principales victimes se nomment Decamps, Diaz, Corot et Gudin, Duseigneur et Maindron. Seize élèves de Rude ont essayé de forcer les portes du Louvre : ils sont repoussés en bloc. La persécution est manifeste. Comment se persuader que pas un des seize morceaux présentés avec l'approbation du maître ne méritât d'être soumis au public? Théophile Thoré a éclairci ce scandale. Il a vu de ses yeux « une Vierge de M. Blanc, im Enfant prodigue de M. Monta gni, un Saint-Pierre de M. Franceschi, un Ange funèbre de M. Capellaneau, « annonçant des études sérieuses et un bon sentiment de la forme et du style )). Le statuaire de l'Arc de triomphe n'a nulle peine à discerner que c'est à son enseignement que l'on s'attaque. En vain la fidélité de ses disciples et la netteté de ses convictions soutiennent- elles son courage ; son chagrin est profond et il ne le dissimule à point.
D'ailleurs, au lieu de s'atténuer, les rigueurs du jury redoublent, s'il est possible, en 18/47. Corot, Chassériau, Maindron et dix autres indépendants ont des envois rejetés. Le mécontentement arrive à son comble. Les uns réclament énergiquement le droit de choisir leurs juges par voie d'élection. Les autres vont plus loin et prônent la constitution d'un Salon libre où la censure ne s'exercera que pour la sauvegarde des mœurs. C'est une agitation ardente et qui se prolonge plusieurs mois. Mais déjà la quatrième classe de l'in-
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stilut est invitée à procéder à l'examen des œuvres proposées en vue de l'exposition de i848. Rien ne sera changé, malgré tout, aux pratiques adoptées. Or, subitement, la Révolution l'emporte ; la République est proclamée et l'on décrète la liberté du Salon. Le jury de la Liste civile n'a qu'à précipiter sa fuite (i). Nous aurons bientôt à insister sur ces faits. Une commission, issue du suffrage Universel des exposants, sera simplement chargée du rangement des toiles et des statues. Le vote a lieu le 5 mars, à l'École des Beaux- Arts. Rude est acclamé président du scrutin pour la section de sculpture. Quelle surprise! A côté des vieux noms académiques, des noms nouveaux sortent de l'urne, en quantité, Eugène Delacroix, Decamps, Corot, Jules Dupré, Théodore Rousseau, Ary Scheffer, du côté des peintres, seront les collègues d'Abel de Pujol. Les statuaires élisent Rude en première ligne et, après lui, passent ensemble, Barye, David d'Angers, Maindron même et des traditionnistes comme Petitot(2). Tant de joie vient au maître du succès des
(i) Les brochures publiées sur les expositions de i835 à i848 et les Salons des journaux et des revues abondent en renseignements sur les rapports des artistes et du jury. Voir, en particulier, les Salons de Gustave Planche et de Tlioré.
(2) Il est bon de transcrire, d'après le Moniteur, le procès verbal de cette élection, en ce qui touche la sculpture:
« Le 5 mars 18^8, les artistes sculpteurs, réunis dans une salle du Palais des Beaux-Arts, après avoir constitué leur bureau en nommant MM. Rude, président, Nanteuil, vice-président et Valois, secrétaire, ont procédé à la nomination de la commission de classement. Le scrutin a produit le résultat suivant :
« Membres titulaires : MM. Rude, Jouffroy, Barye, David d'Angers, Danlan aîné, Pradier, Toussaint, Debay fils, Maindron, Petitot, Daumas. — Membres suppléants: MM. Dumont, Feuchère, Nanteuil, Brian, jeune. »
A partir de ce moment, nous voyons Rude élu en tête des membres du jury — par exemple aux Salons de 18^9 et i85o — avec