‹ François Rude, sculpteur, ses œuvres et son tempsChapitre 66 sur 111 · EN MIL IILIT CENT QUARANTE-HUIT · texte numérisé non relu

EN MIL IILIT CENT QUARANTE-HUIT

ries subversives toucliant la démocratie et l'art et toute sorte de mots d'ordre à l'intention des camarades. Gomment déloger l'oppressif jury de sa citadelle bastionnée ? En attendant qu'on y parvienne, on éveille des échos révolutionnaires, on se passionne à combiner des règlements pour les Salons futurs. Boissard, si spirituellement subtil, doit s'égayer, au dedans de soi, de toutes ces balivernes. Amusettes, ces levées de boucliers I Distractions de vieux écoliers, ces complots aboutissant à des grimoires ! Nous savons déjà que les jurés de la quatrième classe de l'Institut vaquent, dès maintenant, à leur office, au nom du roi, en vue de la prochaine exposition. Pense-t-on que la faconde de Jeanron lui-même les puisse troubler sur leurs chaises curules.^... Eh bien, les sceptiques en seront, cette fois, pour leur scepticisme, démenti par les événements. La logique des faits s'exerce immédiatement partout d'une énergie pareille. Le roi plie bagage; l'administration de la Liste civile est dispersée. A la porte, le jury en train de siéger au Louvre ! Tout le reste est connu. Le Salon ne dépendra que des artistes : il s'organisera aux Tuileries et les ateliers saluent la République avec transport.

Ce brusque changement de régime s'est accompli, pour ainsi dire, dans le temps que met un cavalier à tomber de cheval. Ouvrons nos fenêtres et regardons la rue : on n'a pas idée de l'étrangeté du spectacle. Blouses, guenilles, tuniques de la garde nationale, redingotes longues de bourgeois, se mêlent en des cortèges de victoire. Les barricades sont encore debout ; les fumées des fusillades se sont évanouies à peine ; il vient de se jouer une tragédie. Des passants braillent des chansons; des enfants, dans les parages du Carrousel, traînent un buste de Louis-Philippe au bout

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d^unc corde avec de grands éclats de rire; on se heurte à des ivrognes armés jusqu'aux dents, exaltés ou goguenards, criant : « A THôtcl-de- Ville ! » La bamboche suit la bataille ; une immense gouaillerie sort des pavés. A THôtel-de-Ville, pendant ce temps, on s'attendrit aux incessants dithyrambes de Lamartine, célébrant sur tous les tons Famour universel, l'humaine fraternité et les bienfaits d'une République qu'il a tout fait pour éloigner. Jamais événements ne se présentèrent avec des caractères simultanés plus déroutants et plus divers, terribles, pittoresques, grossiers, lyriques, ironiques. Les artistes, dont un fort petit nombre a l'ait le coup de feu, ne se tiennent pas d'aise devant cette allure fantaisiste de la Révolution. On a entendu, le 23 février, le romancier réaliste Ghampfleury, ameuter le peuple près du pont des Saint-Pères. Le même jour, Raudelaire s'est promené par les rues, une carabine sur l'épaule. Le lendemain, après le sac des Tuileries, Honoré de Ralzaca trouvé moyen de s'introduire en la salle du trône dévastée et il y mène sa rêverie au milieu du tumulte, tandis que Mérimée et le comte Léon de Laborde, travestis en gardes nationaux, procèdent au sauvetage des objets d'art.

De toutes parts s'agitent des artistes. Le sculpteur Garraud, de Dijon, s'empare de la direction des Beaux- Arts en signifiant au directeur, l'honnête Gavé, qu'il ait à « f — le camp à la minute ». Le 26, dans la cour du Louvre, paraît un homme de haute taille, solide et commun, les cheveux embroussaillés, la lèvre hérissée d'épaisses moustaches, en houppelande marron et le fusil au bras. G 'est Jeanron, qui vient, militairement, prendre la place de M. de Gailleux à la tête des Musées. Gomme on se défie des milices, on appelle des peintres, des sculpteurs, des graveurs, des

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