EN MIL HUIT CENT QUARANTE-HUIT
froideur marquée. Pourtant^ le sort est inéluctable : un second empire se proclamera bientôt, auquel se rallieront les lassitudes, les découragements de la plupart. A quoi bon prévoir? A quoi bon résister? Rude se réfugie dans le calme de son foyer et les joies de son art qui vivifie la matière. Sa nièce Martine, quand il revient de l'atelier, le réjouit de son espiègle jeunesse en lui réchauffant le cœur. Avec elle et M™" Rude, il s'en va, selon sa vieille habitude, se promener, par les beaux dimanches de soleil, du côté de la Bièvre. La campagne est si douce, si parfaitement étrangère aux troubles de nos passions ! Elle reverdit, elle refleurit, chaque hiver passé. Elle nous enveloppe de sa sérénité féconde... Et le vieux maître sent au plus vif de soi combien Fart est pareil à la terre inépuisable en sa germination. Par dessus nos déchirements, sa sève monte, ses fleurs s'ouvrent, ses fruits mûrissent ! . . .
La Jeanne d'Arc du Luxembourg.
Au mois de novembre i8/|5, durant la passe difficile où il se débattait, il nous souvient que François Rude a dû au patronage de M. Guillaume Saunac, député de la Côte d'Or la commande d'une statue que nous allons lui voir exécuter. Une première démarche du membre de l'Assemblée est restée sans réponse. Le député, fort de sa situation dans la droite constitutionnelle, fait remettre au ministre de l'Intérieur une note ainsi conçue : « M. Saunac rappelle avec instance à M. le Ministre sa demande en faveur de M. Rude (i). . . » On n'a rien à refuser aux représentants de la majorité. La recommandation tombe d'ailleurs, le mieux du monde, à l'heure où l'Administration avise à compléter la série de statues de femmes illustres entreprise pour la décoration des terrasses du Luxembourg. Au dernier Salon ont, justement paru, les figures de Marguerite de Provence, par Husson, de Marie de Médicis,par Gailhouet, d'Anne de Bretagne, par Debay, d'Anne d'Autriche, par Ramey. Ce n'est pas la faute des bureaux si ces médiocres ouvrages ont été quelque peu malmenés par la critique. D'autres statuaires, peut-être, seront plus heureux avec d'autres héroïnes. Puisque
(i) Les pièces officielles citées dans ce chapitre sont conservées aux Archives de la Direction des Beaux- Arts.
Le Makéchal Nrv, 1
ironzo (i<Sr)2-i(Sr)3).
Place de l'Observatoire, Pans.
LA JEANNE d'arc DU LUXEMBOURG 353
Rude sollicite une commande de l'État, on l'associera à cet ensemble décoratif. Le 4 novembre, Farrêté ministériel est signé. Sept jours plus tard, on avertit l'artiste qu'il est chargé de sculpter en marbre, pour le jardin du Luxembourg, et moyennant un prix de douze mille francs, une ligure non déterminée encore. Le directeur des Beaux-Arts ajoute même, en guise de conclusion, cette phrase éminemment comique à l'adresse du sculpteur de F Arc de triomphe : « M. le Ministre aime à penser que vous apporterez à ce travail tous les soins nécessaires pour justifier la haute confiance de l'Administration. »
S'est-on mis d'accord tout de suite sur le sujet de Jeanne d'Arc écoutant les Voix ou a-t-on différé de s^entendre ? Je ne puis douter qu'on ait différé. Le moyen d'admettre, en effet, dans une sorte d'oubli administratif, que l'artiste ait fait passer, avant une commande si instamment provoquée, son Réveil de Bonaparte, son Godefroi Cavaignac, son Gaspard Monge? Ce n'est que le 22 mars 1848 qu'il déclare son modèle en cours d'exécution en réclamant un premier acompte sur le prix convenu. Pour la première fois mention est faite de la donnée dans le Rapport de l'inspecteur général des Beaux-Arts, J. Garraud, écrit à cette occasion et grandement élogieux pour l'œuvre. Lorsqu'il s'agit d'attaquer le marbre, nouveaux retards. Le sculpteur a découvert, chez Dervillé, commissionnaire en pierre et marbre au quai Jemmapes, le bloc « blanc-clair » qui lui est indispensable. JMusieurs mois s'écouleront avant que les bureaux se décident à le faire livrer au praticien (t). Au bref, de
(i) Ce bloc, mesurant 2"i,GG(le longueur, i"'.i5 de largeur et o"',go (l'épaisseur — soit a"" ,7581 — est vendu à l'Etat à raison
Dli FoLRCAUD. 23
délai en délai, nous voici au Salon de i852, où la statue s'expose enfin et où on la juge.
On me pardonnera Faridité de ces détails. Il est bon de se rendre compte des petites misères à travers lesquelles s'accomplit l'œuvre d'art. De l'instant joyeux où l'artiste a vu sa conception éclore comme une fleur, au jour où son rêve s'off're aux yeux de la foule, glorieusement incarné dans le marbre ou le bronze, de très longs mois, de lentes années se succèdent , aigrissant les hautes anxiétés de mille contrariétés exaspérantes. Le modèle a été pris et repris ; on le sent à son point ; on brûle de le réaliser pour les siècles. Le fondeur n'a ^as reçu l'ordre d'allumer ses feux ; le marbrier n'est pas autorisé à fournir le bloc ; la somme d'argent attendue, essentielle à la continuation du travail n'est pas versée. On court au ministère ; Ips formalités se multiplient ; les employés sont négligents ; le temps se passe et l'on enrage. A force de ténacité, on a gain de cause : un chef de bureau feuillette le dossier et finit par tracer ces quatre mois sur un papier blanc : « Ancienne affaire à régulariser. » Alors tout se régularise. Mais pourquoi tant d'ajournements quand la vie est si courte et l'art si jaloux ?
Le témoignage des anciens élèves de Rude nous apprend que pas un de ses ouvrages ne lui a coûté de peine à l'égal de sa Jeanne d'Arc. Il n'avait point d'abord, attaché au sujet grande importance. En lisant l'histoire de la Pucelle, il s'est passionné. Qu'est-ce que la Bonne lorraine .^^ Une obscure jeune fille, une naïve paysanne à qui des Yoix mystérieuses ordonnent de s'armer en guerrier et de sauver son pays. Elle filait sa
de 800 francs le mètre cube : 2 202 fr. 5o. Il est mis à la disposition de l'artiste le 3i janvier 1849.
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laine, elle gardait ses moutons, elle vaquait aux soins du ménage, elle priait, elle chantait, lointaine et paisible, ignorant tout des orgueils du monde. Les Voix qui lui ont parlé en sa solitude lui ont mis au cœur tant de virilité, suggéré de telles éloquences qu'elle ira partout, plus forte que les plus forts, sa bannière au poing, entraînant les hommes au combat, relevant surnaturellement la « douce France ». Avec quelle puissance d'émotion ont dû retentir en elle les paroles divines, d'elle seule entendues ! Sa candeur de vierge en a tressailli de surprise avant qu'en ait vibré son âme héroïque. Comment exprimer cette indicible vocation ? A une certaine hauteur de vue, Jeanne d'Arc est plus qu'un personnage de nos annales; c'est la propre figure de la Patrie se ressaisissant aux heures de détresse. Le sentiment profond de sa vitalité ranime ses énergies, dissipe ses désespoirs. François Rude voudrait ardemment traduire ces choses. Ni composition d'apparat, ni concession à l'élégie. La Jeanne dont il a le tourment, c'est la paysanne s'éveillant guerrière, quittant son labeur journalier parce que l'œuvre du salut s'impose, prêle à redevenir paysanne, un jour. Par malheur, des influences romantiques lui faussent promptement sa donnée. Il s'embarrasse des soucis d'un pittoresque de bric-à-brac et tombe, sous prétexte de synthèse historique aux plus déroutantes inventions. Une seule idée se soutient énergiquement en lui : l'idée de la visionnaire. Pour le reste, il s'éloigne si complètement de l'idéal populaire qu'il ne songe même pas à se rapprocher de l'humble rusticité d'un type de « pastoure ». Le type vivant dont il s'aidera le plus ne sera pas autre, en effet, que celui de sa nièce, la blonde et peu rustique Martine Van der llaert.
rUANÇOiS lUDE ET SON TEATPS
La jeune fille, en casaque lacée, sa longue robe retroussée sur sa cuisse gauche par un cordon auquel son chapelet s'emmêle, se lient debout à nos yeux. Un premier appel Fa troublée ; elle a fait un pas comme pour se reprendre et, brusquement, irrésistiblement, elle a été immobilisée à sa place. Tout à l'heure, elle n'était pas sûre qu'on l'appelât ; maintenant elle est envahie par le mystère. Les Voix ont clamé ; des mots sacrés courent dans l'air ; sa tête se dresse d'un si soudain mouvement vers la droite que les cheveux, coupés en rond au-dessous de la nuque et serrés autour du front par un mince cercle de métal, se rejettent tout de l'autre côté. La main droite, en même temps, se hausse presque au niveau de l'oreille, par un geste inconscient qui semble chercher à saisir les sons lointains. Où sont les êtres qui lui parlent, et quels sontils? Elle n'en a cure. Ils lui parlent, elle les entend : cela suffit. Est-ce un miracle ? C'est à quoi elle ne pense guère : elle écoute, voilà tout. On sent au gonflement de la poitrine que le cœur se ralentit et se dilate et que la respiration est suspendue. Les lèvres se sont entr'ouverles ; un léger frémissement élargit les narines ; il y a du vague aux regards ; la physionomie se concentre en un émoi sans égarement, sans épouvante. Elle ne voit rien ; elle ne raisonne pas ; elle appartient aux Voix ; elle est pénétrée d'un fluide inconnu. Jeanne se trouve déjà investie de sa mission ; la clairvoyance et la force se font en elle pour la remplir. Son pied gauche, sous la jupe qui se relève, apparaît symboliquement chaussé de fer ; les pièces de son armure sont amoncelées auprès d'elle et sa main gauche étendue se pose instinctivement sur le casque.
La statue s'apparente à celle du maréchal de Saxe par un cerlaia ajustement de cadre militaire et
LA JEANNE d'aRC DI LlXEMnOLRG 3b']
au Réveil de Bonaparte, par la subtilité psychique. Elle est étrange, pleine de défauts, mais, à quelques égards, frappante et très neuve. Ce qu'on en peut dire pour réloge et pour le blâme, je le dirai plus loin. Mais n'oublions pas, présentement, que nous sommes au Salon de 1862 et commençons par nous informer de la première impression des critiques.
Cette impression est presque unanimement favorable — et même un peu mieux. Delécluze, au Journal des Débats, et Cbassin, au Nouveau Journal, ne voient pas à l'Exposition un second morceau de ce mérite. Chassin fait ressortir à son point de vue, l'originalité du concept : « Jeanne d'Arc, ordinairement représentée la hache à la main, en amazone, en Virago, a été comprise par M. Rude d'une toute autre manière. Il en a fait une sainte, une Vierge. Il l'a placée debout, le corps droit, un bras sur son harnois de bataille, l'autre élevé comme celui d'une femme qui écoute attentivement un bruit vague, les Voix d'en haut. Pensée calme et mystique qui nous plaît. Peut-être l'intention est-elle un peu difficile à saisir; mais, quand on a regardé quelques minutes, on s'imagine ainsi la Vierge de Vaucouleurs, l'héroïne d'Orléans, la victime de Rouen, et, au lieu d'une Pallas chrétienne et française, ce qui est commun, on a devant soi toute une légende, toute une époque de notre histoire, ce qui est réellement beau. »
Delécluze s'extasie devant « la beauté, la grandeur, l'individualité du visage » et ne peut assez louer « les formes souples, puissantes et virginales de ce corps entouré d'un simple vêtement qui obéit avec tant de grâces au mouvement de la figure». Dans la Revue des Deux-Mondes. Gustave Planche adresse à Rude ce singulier reproche d'avoir montré avec trop de
précision la partie supérieure du corps, mais déclare la tête « vraiment héroïque », l'œuvre « sérieusement inspirée » et conclut par ce raccourci auquel on ne saurait souscrire : « Depuis le Petit Pêcheur napolitain, Fauteur n'a rien produit d'aussi digne d'attention. » Un autre critique, J.-J. Arnoux, juge l'action réelle et saisissante : « Jamais, dit-il, on n'a écrit d'une façon plus lisible cette sorte d'inspiration que l'imagination prête à Jeanne d'Arc, écoutant les ordres du Dieu qui la suscite. » Le statuaire Louis Auvray fait ressortir les difficultés du sujet et vante le geste du bras droit qui complète si bien l'expression de la face, tandis que l'allure du corps et le mouvement de la main gauche indiquent que la prédestinée « va revêtir l'armure et voler au combat ». Des doutes sont venus, au contraire, à Maxime Du Camp sur la qualité plastique du thème. La statue de Rude lui paraît fort belle, encore que le visage soit « commun », mais il n'admet pas qu'une « attitude suspensive, une déformation de traits, puissent traduire ce phénomène tout intérieur qui est l'inspiration ». Le maître, à son avis, a posé un problème que son œuvre, en dépit d'une rare valeur technique, « permet de résoudre contre lui ». Personne, au surplus, ne méconnaît la force d'une exécution poussée jusqu'à la sensation de la vie. En toutes les appréciations se répètent des mots de ce genre : richesse du modelé, chairs palpitantes, draperies superbes, délicatesse exquise des mains... C'est une rumeur d'universelle louange, telle que n'en a provoqué, jusqu'à ce jour, aucune des œuvres du statuaire. Un seul publiciste fait dissonance dans le concert en taxant la trop fêtée Jeanne d'Arc de « laide figure qui semble gauchement jouer à la balle » . Cet écrivain nourri d'atticisme étudie
le Salon de i852 à la Gazette de France et se nomme ïhénot (i).
Ainsi le marbre de François Rude a été brillamment saliié à son apparition. Commandé pour l'ornement des jardins du Luxembourg, il y est demeuré longtemps exposé aux intempéries. Maintenant le musée du Louvre le possède ; mais à l'admiration de jadis, a succédé une extrême froideur. Je n'ai pas dissimulé la bizarrerie de l'aspect. Il faut passer outre au démodé et au guindé des détails de mise en scène pour envisager l'essentiel caractère. Le Bonaparte de Fixin nous fait assister à la transfiguration d'un mort en qui descend le souffle sacré. La Jeanne d'Arc échappe aux inventions arbitraires et nous fait assister à la réelle et instantanée transformation d'une créature hallucinée. C'est la première fois qu'un sculpteur a tâché à rendre un état tout ensemble violent et flottant de l'âme humaine, motivé par la souveraine exaltation des puissances nerveuses. D'une poignante vérité physiologique Rude tire une poésie intense, dédoublant pour ainsi dire, l'être transfiguré. Pourquoi faut-il que l'artiste, en cette figure qu'illumine un rayon du génie le plus moderne, ait poussé plus loin l'ingéniosité des sousentendus et subi, en même temps, la mode des illusions de (( couleur locale » du romantisme ?
Ce qui est émouvant, c'est le drame intime exprimé par la physionomie, par le geste, par les multiples signes de l'extase visionnaire, grandement observés, minutieusement et fermement rendus. Ce qui est excessif, c'est la prétention du sculpteur de nous faire comprendre, non pas simplement le phénomène intérieur qui, positivement transparaît, mais encore la transfor-
(i) Gazette de France du 8 juin 1802.
36o FRANÇOIS RUDE ET SOX TEMPS
mation de la bergère en guerrière. N'y a-t-il pas, par exemple, une insigne puérilité à nous montrer son pied et sa jambe revêtus de fer sous sa jupe savamment drapée? Pour le faux goût de l'époque, je l'aperçois dans le choix du type, dans le composite de l'ajustement et la disposition des accessoires. Rude, en fait, n'a pas évoqué une paysanne : il nous présente une romantique damoiselle aux traits délicats visiblement inspirés de ceux de sa nièce, aux mains effilées, à la chevelure ondée, coquettement entretenue et ceinte d'un léger cercle d'or ! L'ajustement lui-même a été conçu d'après une toilette de Martine : corsage lacé sur la poitrine, chemisette froncée montant jusqu'aux clavicules et là, strictement coupée en rond. Est-elle d'une pastoure, aussi, cette jupe longue, avec son beau retroussis sur une seule hanche? La rusticité n'est pour rien ici. Rude a cru prendre le chemin de Domremy ; il a été ingénument la dupe d'un mirage théâtral. Au magasin des accessoires, fréquenté des peintres « moyen-âgeux » il a même emprunté cette pyramide de pièces d'armes, surmontée d'un casque au panache frisé, digne de certaines illustrations de son compatriote Lécurieux dans VHistoire des ducs de Bourgogne. Et voilà quels éléments factices, quasi surannés dès le principe, nous gâtent cette œuvre si neuve en soi, si humaine, si française, où luit, je le répète, un éclair de génie (i).
(i) Les douze mille francs du prix convenu pour la Jeanne d'Arc ont été payés à Rude en cinq termes : un acompte de 3 ooo francs en vertu d'un arrêté du 8 juin i848; trois acomptes de 2000 francs, en vertu d'arrêtés du 8 décembre iS/Jg, du i5 juin i85o et du i4 septembre i85i ; enfin le solde de 3 000 francs, en vertu d'un arrêté du 8 mars i852. (Archives de la Direction des Beaux- Arts.)
La statue du général Bertrand, à Chàteauroux.
« Rude travaille en ce moment à la statue du gêné-' ral Bertrand. Ce sera un bel ouvrage, intéressant et poétique comme tout ce qu'il fait. » C'est M"^^ Rude qui donne cette nouvelle à Cécile Moyne, huit jours avant l'ouverture du Salon de 1862, oii paraissent le Calvaire de Saint- Vincent de Paul et la Jeanne d'Arc (1). La statue a été commandée, il y a trois ans, par la ville de Chàteauroux, en des circonstances inattendues. Rude, selon sa méthode, a longuement cherché sa composition et arrêté ses pensées sans en rien dire. Quand on le voit ébaucher, dans son atelier, une figure imposante, d'allure monumentale, de mouvement énigmatique, ses amis s'étonnent, ayant ignoré jusqu'à la commande. Voici donc ce qui est advenu.
Le général Henri-Catien Bertrand, comte de l'Empire, aide de camp de l'Empereur, grand maréchal de son palais, compagnon de ses deux exils, confident de ses souvenirs et témoin de son agonie, avait reçu de ses mains son épée et son testament pour les porter en France. A son retour de Sainte-Hélène, sa mission rempHe, il élut domicile en sa ville natale, Châteauroux, d'où ses compatriotes, fiers de son rayon de
(i) Lettre du 25 mars i852.
3 6 Si FRANÇOIS RUDE ET SOX TEMPS
gloire dans l'éblouissante épopée, honorant surtout en lui la fidélité au malheur, l'envoyèrent siéger en leur nom, à partir de i83i, aux Assemblées législatives (i). Lorsqu'il mourut, au mois de janvier i8/l/i, le colonel Bricqueville soumit aux Chambres la proposition de lui accorder une tombe aux Invalides — vœu qui devait se réaliser trois années plus tard, en vertu d'un décret royal — et, tout ensemble, les habitants de l'Indre résolurent d'ériger sa statue dans leur chef-lieu. Des sommes considérables tombèrent aussitôt dans la caisse du comité chargé de recueillir les souscriptions et qui accepta, dès l'abord, les offres du statuaire Marochetti. Mal lui en prit, car l'œuvre improvisée fut jugée peu ressemblante et, finalement, dut être refusée. L'artiste protesta, suscita mille difficultés. On avait fait marché avec lui pour trente mille francs. Le frère du général, Bertrand Boislarge, soucieux de dérober une mémoire vénérable à ces aigres querelles et d'écarter l'image déplaisante, parvint à tout aplanir en achetant personnellement la statue et la relégua dans son parc, au château de Touvent, en Berry, aujourd'hui propriété des archevêques de Bourges (2).
(i) Henri-Gatien Bertrand, général du génie, député de l'Indre en i83i, est né à Chàteauroux, le 22 mars 1778 ; il y est mort le 3i janvier 1844. La translation de ses restes aux Invalides a eu lieu en 1847.
(2) Documents conservés à la mairie de Chàteauroux ou communiqués obligeamment par M. Eugène Dugourd. Un double comité de souscription nationale a été formé sous la présidence honoraire du maréchal Gérard et sous les auspices du prince de Joinville « premier souscripteur «. La section de Paris comprend, en majeure partie, des officiers généraux ; celle de Chàteauroux, des notables, fonctionnaires et membres du Conseil général de l'Indre, etc., présidés par le préfet, Ferdinand Leroy. Par délibération du 9 mars i844> la Municipalité vote une participation de 6000 francs. Même somme pour la contribution de l'Etat. Le chiffre total où s'est élevée la souscription nous est inconnu. L'ac-