‹ François Rude, sculpteur, ses œuvres et son tempsChapitre 70 sur 111 · STATUE DU GÉNÉRAL BERTRAND A CHATEAUROUX · texte numérisé non relu

STATUE DU GÉNÉRAL BERTRAND A CHATEAUROUX

Cependant il faut choisir un nouveau sculpteur. C'est toujours grande affaire, pour un Comité, de fixer ses préférences ; à plus forte raison, au lendemain d'un mécompte. Le nom de Rude met tout le monde d'accord. On est en iSlig. Le maître a signé le fameux Bonaparte de Fixin ; nul n'est mieux désigné pour faire revivre le plus dévoué serviteur de Napoléon. Je n'ai pu découvrir les conditions pécuniaires qui lui sont faites ; mais rien n'autorise à supposer qu'on ait rabattu pour lui des trente mille francs promis à Marochetti. Au résultat, le modèle achevé est livré, dans l'été i852, aux fondeurs Eck et Durand chargés de le couler en bronze. Au printemps de l'année suivante, la statue est exposée quelques jours, au miUeu de la cour du Louvre, par spéciale faveur. Pas un témoignage ne nous est resté, par malheur, touchant l'effet de l'œuvre. L'inauguration n'a lieu, à Châteauroux, que le 2 juillet 1854. Inutile d'ajouter que la ville, à cette

cusé de réception à Marochetti de sa lettre de proposition est du i4 décembre i844- Diverses lettres de i844, i845 et i846 font mention de la commande et du prix stipulé de trente mille francs, bas-reliefs du piédestal compris. L'examen du projet par la commission de Châteauroux a eu lieu le 17 octobre i845. Une souscommission est chargée, à la fin de l'année suivante, d'aller à Paris inspecter l'ouvrage à peu à peu terminé ; son Rapport, concluant au refus, a été déposé le i4 février 1847. ^^e 8 janvier i85o, le préfet de l'Indre informe le Comité que Marochetti s'est désisté de ses prétentions et qu'il va falloir désigner un autre artiste, et c'est le 10 avril de la môme année qu'on traite définitivement avec Rude. Celui-ci, ayant terminé son modèle le 18 mai i852 et l'ayant soumis à l'approbation de la famille Bertrand, convoque les commissaires dans son atelier avant le i*^"" juin, jour où son plâtre sera remis au fondeur. — La statue de Marochetti, érigée k Touvent, représente le héros en tenue de campagne do général de division, bottes, culotte courte, habit à la française ; nu tète, la main gauche appuyée sur son épée, la droite tenant un rouleau de papier en partie déroulé, posé sur un tronc d'arbre. On lit sur le socle : « Marocheill, sculpt,, i845, fondu par Eck cl Durand, i846, »

occasion, est toute en joie. On voit d'ici les pavoisements, la réunion des autorités civiles et militaires, la multitude poussant des acclamations. L'empereur Napoléon III est représenté par le comte de Montebello; le ministre de la guerre par le général Schramm. Parmi les invités officiels, les yeux cherchent en vain l'illustre statuaire : Rude, retenu à Paris par sa santé et ses travaux, a prié qu'on l'excusât. Il y a des discours et des fanfares, des salves d'artillerie et des acclamations. Le soir, banquet, feu d'artifice, danses populaires : on n'a rien omis. Cette journée a coûté au Conseil de ville dix mille francs sonnants, inscrits à son budget (i).

Laissons se dissiper la foule et approchons de la statue. A l'extrémité d'une allée d'arbres, dite l'avenue de Déols, est une sorte de tribune, élevée de trois marches et ceinte d'une grille, dominant comme un promontoire, la petite place Sainte-Hélène, formée par la rencontre de deux rues en contrebas. Au fond se dresse un vieux corps d'église, triste et noir, auprès d'une construction banale, servant de caserne à la gendarmerie. A gauche, un mur d'enclos, verdi de mousse, percé d'une porte basse, masque un très vaste et très ancien hôtel au pignon aigu. Pour compléter le décor, quelques maisons grises, d'humble apparence, — plusieurs composées seulement d'un rez-de-chaussée. C'est un lieu de silence, un asile morne, qui sent la province lointaine. Le bronze du général Bertrand se silhouette devant nous en cette mélancolie.

François'Rude, en ses constantes réflexions, en est venu à se formuler une large théorie de la statuaire

(i) Délibération du lo juin i85^. Voir aussi, sur la fête de l'inauguration, les journaux de l'Indre (juillet i854).

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