L ART E^^ BOURGOGNE
tion et raménagement cFun sufïisant local, situé rue Chanoine (i), avec tout le matériel et les fournitures nécessaires au premier fonctionnement d'une institution totalement à sa charge. Vingt-cinq élèves répondent aussitôt à son appel. Rien de plus précis que son langage aux Elus provinciaux, sollicités, enfin, par sa requête du 2^ décembre 1766, de s'associer à une œuvre bien et dûment fondée, éprouvée en son organisation, notoirement pratique, pleinement populaire. « Le dessin, leur écrit-il, ne s'applique pas seulement à la peinture et à la sculpture ; il est l'âme de tous les arts. La menuiserie^ la serrurerie, tous les arts qui ont du rapport à la construction des bâtiments, ne peuvent être poussés à la perfection sans la connaissance de cette partie du dessin qui s'applique à l'ornementation. Il est également essentiel aux manufactures d'indiennes et de porcelaine qui s 'établissent avec succès dans cette province, d'avoir aisément des personnes versées dans le dessin pour exécuter promptement l'ouvrage qu'on leur demande. » L'unique but n'est donc pas de former à tout prix des artistes ; l'affaire n'est pas de moindre importance d'améliorer, par une sage direction, le goût des ouvriers. On le comprend si bien que le concours des pouvoirs publics et, bientôt, la puissante protection du prince de Gondé, sont acquis au libéral professeur. Il pourra recevoir jusqu'à deux cents élèves à la fois, tous gratuitement instruits.
Je ferai remarquer combien la question de l'école de dessin gratuite prend de haut intérêt dans la seconde moitié du xvm" siècle (2). En 1767, un anonyme envoie
(i) Actuellement rue Jeannin.
(a) Il est à noter que, dès 1697, Bernard Dupuy du Grez, avocat au Parlement de Toulouse, avait tenté d'établir à ses frais, dans cette ville, une école gratuite oii l'on copiait le modèle vivant.
à rAcadémie française une médaille d'or « pour être décernée à celui qui prouvera le mieux l'utilité de cette conception. » Descamps rédige un mémoire en vue de ce concours et remporte la médaille. A Dijon, Picardet Taîné publie ses Considérations sur les écoles où l'on enseigne le dessin. Derosoy donne son Essai philosophique sur l'établissement d'écoles gratuites de dessin. Il serait facile de prolonger cette liste. Un document bien autrement digne d'attention, ligure aux Archives du département de la Seine-Inférieure (i). C'est la très curieuse Requête en relèvement de pension, adressée le 25 juillet 1771 par Descamps lui-même au secrétaire d'Etat Bertin. L'auteur incontestable du beau mouvement nouveau y résume à grands traits les fruits de son effort à compter de 1741 : les écoles de Reims, de Lyon, de Lille, de Marseille, de Dijon et de La Rochelle se sont inspirées de ses programmes ; on l'a constamment consulté pour toute innovation ; on a réclamé ses avis même d'Anvers et d'Edimbourg. Tout cela est exact, et, bien plus, il n'aurait tenu qu'à l'initiateur de revendiquer la part de son influence en l'organisation ou la réforme de bien d'autres établissements scolaires : témoin la fondation des écoles gratuites de Saint-Omer, par Dominique Hernaut, en 1767, de Dunkerque, par Nicolas Truit, et de Poitiers, par Aujollest-Pagès, en 1768. Et l'élan ne s'affaiblit point par la suite. Besançon, par exemple, doit son école gratuite, en 1774, à Wirels, peintre, à Luc Breton, sculpteur et à J.-B. Facchot, leur auxiliaire. Gaen aura pareillement la sienne en 1 784. • • Que dirai- La création n'avait pu se soutenir. (Jf. Roschach : Inventaire des Richesses d'art de la France; Musée de Toulouse, n" 228 (portrait de Dupuy du Grez par Rigaud).
(i) Archives départementales : C. 911.