‹ François Rude, sculpteur, ses œuvres et son tempsChapitre 74 sur 111 · LA STATUE DU MARÉCHAL >ET A PARIS · texte numérisé non relu

LA STATUE DU MARÉCHAL >ET A PARIS

depuis quelque temps, à l'abandon de ses premiers programmes, y renonce de bonne grâce. Voici son remerciement à M. de Persigny : «J'accepte sans réserve les conditions que vous m'imposez. Je ferai tout mon possible pour m'élever à la bauteur du sujet et mériter l'honneur que vous voulez bien me faire (i). »

Est-ce d'après la maquette initiale de Rude sur le thème nouveau que Gisors a dessiné la statue dont il surmonte son projet de socle, soumis, sur ces entrefaites, au Conseil des bâtiments civils? Il se peut, le grand artiste n'ayant jamais été l'homme du premier jet. Tête nue, le regard à gauche, le corps sur la jambe droite, la gauche avancée au bord de la plinthe, une main à la garde de l'épée, l'autre retombant le long de la cuisse et froissant le gant d'ordonnance : c'est un général quelconque. Le large ruban de la Légion d'honnevir, coupant, en sautoir, les chamarrures du plastron, n'imprime pas à l'œuvre plus grand caractère que le vaste et pesant manteau déroulé de l'épaule gauche, — toujours le manteau de Monge et de Bertrand. Si Rude est l'auteur de cet arrangement, il n'a pas eu tort d'en chercher un autre. Mais il n'a pas tardé, par bonheur, à rencontrer l'inspiration. Les chroniques des batailles impériales retentissent du cri de Ney : En avant ! En avant ! C'est Ney fanatisant le soldat, le sabre au poing, clamant la charge, que Rude va tirer du bronze. Il ne rappellera point, comme il le voulait hier, l'outrage de sa mort : il résumera, dans une saisissante attitude, la gloire de sa vie.

Au mois d'octobre 1862, le modèle est fort avancé,

(i) Billot du i''*juin 1 852. Ces divers documents appartiennent aux Archives de la Direction desbeaux-aris, dossier du monument au maréchal Ney.

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au moins comme dessous. Rude a, selon son droit, demandé un acompte; on envoie l'inspecteur des Beaux-Arts, J. Pasqualini, vérifier Fétat de Touvrage : « La statue, qui n'est encore qu'une terre glaise, est bien modelée, écrit ce fonctionnaire au style peu châtié, mais elle n'est pas encore costumée ; elle est entièrement nue. Ce travail consciencieux et savant est à peu près au tiers de son exécution. » Le mois suivant, avertissement de Rude à Fadministration que la figure achevée sera prochainement remise au fondeur. 11 devient urgent d'obtenir de la commission municipale de Paris la concession d'un terrain circulaire de neuf mètres de circonférence et d'accélérer l'établissement du piédestal. Malgré les bonnes volontés, des lenteurs se produisent. Ce n'est que le l\ mars i853 que la Ville de Paris concède la place; ce n'est que le i4 niai que l'architecte en peut prendre possession. Rude assiste en curieux à l'édification du massif où posera son bronze. Les ciseleurs d'Eck et Durand donnent la dernière façon à sa statue. Le 7 décembre, trente-huitième anniversaire de la mort de Ney, aura lieu l'inauguration. Déjà l'on arrive aux derniers jours de novembre. Sera-t-on prêtP Gisors se multiplie à stimuler le zèle des entrepreneurs. Enfin, le 4 décembre, voici le héros debout sur sa plate-forme. 11 reste à dresser des tribunes, à improviser les décorations de circonstance. Charpentiers et tapissiers, peintres et serruriers se hâtent ensemble. Au fond, une grande estrade officielle ; à droite, à gauche, deux autres plus petites, pour la famille et ses invités particuliers. Partout, des drapeaux, des banderoles. Ensemble l'architecte et le sculpteur, vaquent aux derniers préparatifs, au milieu des coups de marteau qui se répojident. 11 est décidé que la cérémonie aura un caractère religieux.

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