LA MORT DE RUDE
des feuilles publiques à honorer, en termes frappants, l'austère disparu. Pas une voix discordante. Peu de mots, mais, partout, Faccent fort de la vénération. Je citerai, à titre de raccourci, ces quelques lignes typipiques de Théodore Pelloquet, insérées au Siècle du 6 décembre : « Rude n'était pas de ceux qui croient pouvoir séparer le culte de l'honnête du culte du beau. Son existence tout entière fut un exemple d'abnégation, d'énergie et de fierté d'âme, en même temps que de modestie sincère. Il a mis son orgueil à ne pas s'humilier devant certains honneurs qui, trop souvent, ravalent le génie même. » Et je m'en voudrais de ne pas transcrire, également, un passage de l'article de Jean Rousseau, publié six jours plus tard, par V Emancipation, de Bruxelles, où le maître surgit pour nous comme à travers les traits burinés d'une inscription : « Parti d'une des régions les plus obscures de la société et parvenu à Tune des plus hautes célébrités contemporaines ; — ayant rempli la traversée de sa vie de beaux ouvrages et de nobles actions ; — admirable de courage, d'honnêteté, de modestie, dans les difficultés sans nombre de sa carrière artistique et de sa vie privée— caractère sans tache, digne de tous les respects; — immense talent, digne de tous les éloges ; — existence glorieuse à tous les égards ; — mort sans ennemis et sans critiques, à l'ombre d'un dernier laurier... ))
De Fourcald.
Conclusion.
Depuis plusieurs semaines, la lourde pierre est scellée sur le corps de François Rude. Sa veuve, absorbée en sa peine, ne souffre même pas qu'on tâcbe à la consoler et, pour tout adoucissement, recherche au fond de sa mémoire, le sillage de ses bonheurs perdus. On lui a dit que, le i5 novembre, à la distribution des récompenses à FExposition universelle, le nom de son mari, premier lauréat de la sculpture,* avait été salué d'acclamations. On a pu ajouter que, pour cette journée éclatante, un des chefs-d'œuvre de Rude, le Petit pêcheur à la tortue, avait figuré dans la salle d'honneur non loin du trône impérial. Misères que ces distinctions puisqu'il n'est plus là pour en jouir ! Elle n'a plus qu'un désir au cœur : être déchargée de la vie et le rejoindre par delà les sphères. Mais une circonstance imprévue va la mettre en cause une dernière fois, à propos du groupe d^Hébé et l'aigle de Jupiter. Que l'oubli la couvre ensuite ; elle n'a plus souci que de vivre en silence et de se souvenir.
Peu après la mort du maître, un rédacteur de 1'//lustration visitant son atelier où tout demeure en sa place comme s'il y allait rentrer, a vu ses deux œuvres inachevées : VHébé et l'Amour. Qui les achèvera ? — A son avis, le choix de Cabet s'impose et il n'omet pas