CHAPITRE II
Les Controverses « de Auxiliis » à Rome
i. Dossier théologique de la controverse, part de Suarez. — 2. Banez réussit à substituer la question du Concordia à celle de la grâce. — 3. Le Concordia remis à une commission pontificale est aussitôt condamné par elle (2 janvier - 13 mars 1598). — 4. Mis en défiance à l'égard de sa commission, Clément VllI ordonne des débats entre les deux parties. — 5. Congrégations cardinalices (1599), leur inutilité. — 6. Intrigues contre le Concordia, efforts pour le défendre. — 7. Censures de la commission réduites à vingt propositions, que les jésuites défendent dans une série de conférences (1600-1601). — 8. Perplexité de Clément VIII qui se décide à instruire lui-même la cause (janvier 1602).
9. Mort de Molina (12 oct. 1600j. — 10. Suai'ez défend la doctrine de la Compagnie par son livre Opuscula theologica. — 11. Sa réponse aux attaques de Banez. Succès de ïOpascula.
12. Les congrégations papales sous Clément VIII : comment elles se tenaient (14 févr. 1602-21 janv. 1605). — 13. Séances de discussion et séances de délibération, leur nombre total. — 14. Clément VIII éloigne Bellannin (avril 1602). — 15. La condamnation de Molina paraît imminente. — 16. Mieux averti, Clément VIII hésite ; sa mort. — 17. Mort de Baiiez : sa prétendue rétractation. — 18. Opuscule de Suarez sur les devoirs des cardinaux en conclave. Élection de Paul V (16 mai 1605J — 19. Il reprend l'affaire de Auxiliis : dernières congrégations papales (14 sept. 1605-22 févr. 1606) et conclusion de la commission. — 20. Avis divers dont s'éclaira Paul V, notamment de l'université do Paris. — 21. Décision du pape et lin des controverses (28 août 1607).
22. Divers écrits composés par Suarez pour ces controverses : son De vora intelligenlia auxilii cfficacis. — 23. Son opinion sur la prédestination a-tellc été indépendante?
I. — On a vu que le souverain pontife, en évoquant à son tribunal la controverse De Auxiliis (août i594)> avait prescrit de préparer et de lui envoyer le plus tôt possible les écrits propres à renseigner sur les doctrines et les prétentions des deux parties. Quelques mois après, François de Porres, provincial des jésuites de Tolède, écrivait à Aquaviva :
« Nous avons remis à Mgr le nonce et aux inquisiteurs de Tolède le mémoire composé et signé par nos meilleurs théologiens. Une copie en a été expédiée à votre Paternité. Les autres provinces feront de même, conformément à l'ordre donné à tous les provinciaux. Il y aura là de quoi apporter à cette cause pleine lumière. L'affaire étant aux mains de Sa Sainteté, nous espérons que, Dieu aidant, elle tournera bien (i). »
Les trois autres provinces espagnoles de la Compagnie firent de même, en effet, ainsi que les dominicains et les personnages ou corps savants, dont l'avis avait été demandé.
Mais on prit, ici ou là, si peu à la lettre la recommandation de se hâter, qu'il s'écoula plus de trois ans avant que tous ces documents fassent réunis, si bien que Rome dut rappeler qu'elle attendait.
« J'ai envoyé, mandait le nonce de Madrid le 12 juin 1597, les écrits qui m'ont été remis par les deux parties et j'ai prié le grand inquisiteur de le faire aussi. De plus, j'ai fait en sorte que le roi lui envoyât l'ordre de ne pas différer plus longtemps. »
Quelques mois plus lard, le nonce informe encore le cardinal Aldobrandini qu'il a, sur son avis, parlé aux dominicains de leurs écrits De Auxiliis, toujours attendus à Rome : ils ont répondu qu'ils avaient tout remis à l'évêque de Guenca, grand inquisiteur. Celui-ci a déclaré que leurs papiers, ainsi que d'autres reçus de divers savants, ont déjà été par lui expédiés au Saint- Père, à l'occasion des galères qui faisaient route le mois précédent (2). Ce mois précédent était le mois d'octobre. Or, de fait, par lettre datée du 23 octobre de cette année iSq^, le secrétaire du conseil suprême de l'inquisition, Garcia de Molina, avait prévenu le docteur Jean de Hozes, procureur à Rome de ce même conseil,
(1) François de Porres à Aquaviva. Oropesa, 22 janv. 1595. — Arch. cent. S.J.
(2) Arch. du Vatican, Nunziatura di Spagna, t. 48, pag. 179, et, à la date du 29 nov. 1597, p. 373.
qu'il lui envoyait, « dans une cassette en bois, recouverte de toile cirée », tous les écrits et documents, demandés et réunis, par ordre du pape, sur la question évoquée à son tribunal. Une réponse de Jean de Hozes, datée de Rome 28 mars iSqS, accusa réception de cet envoi (i).
La cassette renfermait trois cartons. Le premier contenait les avis des universités d'Alcala, de Salamanque et de Siguenza, avec ceux de cinq évêques et de quatre théologiens, avis en grande partie favorables à Molina (2). Le second contenait une Apologie des Frères Prêcheurs, composée par Banez (3), une autre défense portant dix signatures de dominicains du collège de Valladolid, une troisième sans nom d'auteur, enfin une quatrième, œuvre du religieux de la Merci, Zumel, toujours inséparable de Banez.
Dans le troisième carton se trouvaient dix écrits ou traités de jésuites : un du procureur de la Compagnie à Madrid, un autre d'un auteur inconnu, quatre envoyés par la province d'Aragon, par celle de Tolède réunie en congrégation à Alcala, et, pour celle d'Andalousie, par les collèges de Gordoue et de Séville, enfin quatre présentés par la province seule de Gastille. Ces derniers étaient les plus importants. Deux d'entre eux, écrits l'un par le P. Padilla en quarante-trois sections, l'autre par Suarez en quatre livres, étaient de véritables ouvrages. Un autre, signé par ces deux mêmes Pères, en donnait le résumé sous ce titre : Courte solution des questions qui se trouvent longuement exposées dans le traité du Père Padilla et dans celui du Père Suarez sur le concours et la grâce efficace (4).
« Nos supérieurs, y était-il dit, nous ayant ordonné d'exposer et d'établir notre doctrine touchant l'objet de ces débats, nous nous sommes longtemps demandé s'il valait mieux le faire en peu de pages ou dans un
(1) Poussines, 1. III, n° xxvi.
(2) Voir L. de Meyer, 1. II, c. 13.
fo) C'est dans celle Apologia FF. Prœdicatoruw, in proviacia Hispant'œ professorum, adversus quasdum novas assertiones, de Baùez, que se rencontre pour la première fois l'expression prmdetcrmiaatio pbysica.
(4) Voir à la fin du présent ouvrage, Appendice « Le dossier théologique », les titres des principaux de ces mémoires, et l'indication du dépôt oii on peut les trouver.
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long écrit. Nous nous rappelions le mot de saint Augustin : Il est malaisé d'instruire l'homme : si on est court , il ne comprend pas ; si on est long-, il s'ennuie. De fait, les hommes, même très savants, ont des goûts divers. Les uns aiment l'abondance des développements, les discussions pleines et entières ; les autres préfèrent la brièveté et la concision. Or, le sujet que nous traitons étant aujourd'hui d'une importance capitale, nous avons voulu contenter tout le monde en adoptant l'une et l'autre méthodes. Nous avons d'abord composé, l'un une longue dissertation en quarantetrois sections, l'autre uu traité complet en quatre livres, où l'on trouvera, développé avec soin, tout ce qui peut servir à l'étude et à l'intellig-ence de la matière. Mais tous n'auraient peut-être pas le goût, ou le temps, de lire des écrits de cette étendue. Aussi avons-nous voulu indiquer et renfermer , dans un résumé sommaire , le point essentiel de la controverse. »
Ce point essentiel était précisé dans cette question : La grâce efficace consiste-t-elle en une motion préalable, dont la nature et l'eflet seraient de prédéterminer la volonté de l'homme ? L'opuscule combat et rejette cette motion prédéterminante et défend la détermination libre de la volonté, prévue par Dieu sans être voulue absolument, aidée sans être imposée.
Cet écrit était signé de ces deux noms : Antoine de Padilla professeur de théologie, François Saurez professeur de tfwologie. Suivait une courte formule d'adhésion, signée par dix-huit théologiens de la province de Gastille. Si le mémoire porte deux signatures d'auteurs, c'est qu'il était donné comme le résumé commun des deux grands traités composés par chacun d'eux. Mais l'auteur véritable est Suarez.
La preuve en est, sans parler des caractères intrinsèques, dans ce fait que Suarez lit, de cet écrit, le troisième des opuscules, que, deux ans après, il réunit en un volume et publia sous ce titre : Varia opuscula theologica. Bornons-nous à dire pour le moment que cette dissertation, rendue par sa brièveté même plus lumineuse et plus forte, est un des écrits les plus utiles à lire sur la question de l'efficacité de la grâce.
Le dossier théologique était donc enfin à Rome, Dossier énorme et ardu, dont la lecture, au dire de Bancz même, aurait demandé deux années, et l'élude, une aulre encore (i). Il ne fut
(1) Schneemann, c. 12, p. l'ik.
alors, semble-t-il, ni étudié ni lu. Le fut-il même plus tard, on peut en douter, car dans les interminables discussions qui suivirent, on ne voit guère qu'il en soit lail mention.
2. — Au reste, l'alTaire ne l'avait pas attendu pour marcher, et, avant qu'il ne fût arrivé, elle avait déjà fait beaucoup de chemin, mais dans l'ombre et par suite en s'égaranl. Banez avait poursuivi avec activité l'exécution de son plan, qui consistait à frapper la doctrine de la Compagnie par la condamnation du livre de Molina. A l'automne de iSgô, il avait fait partir pour Rome son disciple, Diego Alvarez, chargé de présenter au pape et d'appuyer un mémoire accusateur contre le Concordia. Ce mémoire dénonçait et censurait, comme erronées ou même comme pélagiennes, neuf assertions de Molina sur la grâce, le concours, la science de Dieu, la prédestination. Suivait une dixième proposition sur la validité de la confession, faite par mandataire ou par lettre à un prêtre absent. Quel rapport avait cette question avec celle de la grâce efficace et suffisante? Aucune, assurément. Mais la proposition était donnée comme enseignée par Suarez : ainsi, à côté de Molina, serait atteint le plus redoutable soutien des doctrines de la Compagnie (i).
Alvarez trouva autour de Clément VIII de bienveillants introducteurs et de puissants auxiliaires. Trois surtout méritent d'être signalés. D'abord, le dominicain, neveu de Pie V, Michel Bonelli, cardinal Alexandrini, qui avait acquis, par de réels services rendus à l'Église, une grande autorité dans le Sacré- Collège, et, par des services personnels, une autorité plus grande encore auprès de Clément VIII. En second lieu, un autre cardinal dominicain, Jérôme Berneri, évèque d'Ascoli, l'un des principaux membres du Saint-Office. Enfin, l'espagnol François Pena, séculier, doyen de la Rote, très versé dans les affaires ecclésiastiques, et, à cause de cela, très écouté de Clément VIII,
(1) Voir les propositions de Molina dans Meyer, 1. III, c. 1.
La proposition attribuée à Suarez était la suivante: « La confession faite par lettre à un prttre absent, et l'absolution donnée par lettre sont vraiment sacramentelles et dans certains cas licites. « — (Arcb. du V'atic. Controv. de Auxiliis. t. I.) — Nous aurons plus tard à revenir longuement sur cette question.
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mais adversaire si déclaré des jésuites, que, laissant dans son testament une fondation en faveur des écoliers pauvres, il stipula que, pour en bénéficier, il faudrait n'être pas et n'avoir jamais été leur élève. Quand il mourut, en 1612, le cardinal Borghèse écrivit au nonce d'Espagne :
« Sur l'affaire de Auxiliis le silence s'est fait, et on peut d'autant mieux en espérer la durée, quelaniort de Monsignor Pefïa est venue rendre la paix beaucoup plus facile (i). »
Gagnés par Alvarez, ces conseillers, dont l'influence n'était plus contrebalancée par celle du cardinal Tolet, mort peu de temps auparavant (1596), obtinrent en secret du pape une décision, qui, dès le premier pas, faisait dévier la procédure en dehors de la voie que lui traçaient l'objet et la nature du litige. Nous l'avons dit et redit, ce litige portait sur les doctrines des deux parties et non sur le livre de Molina. Clément VIII accorda qu'il serait procédé d'abord à l'examen du livre. On lui avail tenu cachés, la suite le montra, l'histoire déjà longue du Concordia, les jugements favorables déjà portés sur lui par l'inquisition de Portugal, par les conseils royaux, par les prélats et les théologiens, faits peu ou point connus à Rome, surtout de celui qui aurait eu le plus besoin de les connaître.
Sans doute aussi, on lui avait persuadé que, cette question tranchée, les bannésiens se tiendraient pour satisfaits et que tout rentrerait dans le calme. Peut-être encore, plus canonistc que théologien, pressé d'ailleurs d'arriver à une conclusion que déjà l'Espagne attendait, se porta-t-il d'instinct à ce qui lui paraissait le plus facile et le plus court, au jugement d'un livre plutôt qu'à une décision doctrinale sur le terrible problème de la grâce. Au moins aurait-il fallu, si on voulait substituer la question secondaire à la question principale, le faire sur toute la ligne et soumettre également à l'examen les écrits des deux parties, ceux de Banez et de Zumel aussi bien que ceux de Molina. Quelles qu'aient été les raisons de la détermination de Clément VIII, elle fut loin d'être heureuse, ainsi que le constatera plus tard Paul V, son successeur (2).
(1) Lellre du 4 janv. 1013. — Arcb. du Vatican. Nunzialura di Spagna, 338, fol. ?A\.
(2) Autographe ilc Paul V, en réponse au roi d'Kspaijnc. — Arcli. du Vatican, Borghèse, I. 370. A.
3. — Donc, en novembre 1697, le pontife nomma secrètement, pour examiner le livre, une commission à laquelle il donna pour présidents les cardinaux Madruccio et Pompée Arigone, tous les deux inquisiteurs généraux. Elle comprenait trois évéques, dont deux de l'ordre de saint François et cinq docteurs, dont un carme, Jean Antoine Bovio, le seul qui se montra favorable aux Jésuites, deux augustins, Jean-Baptiste Plumbino, procureur général de l'ordre, et Grégoire Nunez Coronel qui fut désigné pour secrétaire, deux docteurs de Sorbonne, Louis de Greil et le bénédictin Jacques le Bossu, l'un et l'autre exilés de France pour l'opposition qu'ils avaient faite à Henri IV (i). Dans la suite, d'autres membres furent substitués ou ajoutés. Il semble que le choix des hommes se fit sous l'inspiration de ceux qui déjà avaient amené le pape à leur plan intéressé. Car il manquait en général à ce tribunal, pour bien s'acquitter de la mission difficile et délicate qui lui était confiée, les deux choses les plus essentielles, une compétence suffisante et l'impartialité. Aucun, sauf le carme Bovio, régent du collège de son ordre à Rome, n'enseignait alors la théologie. Aucun, sauf peut-être le franciscain Jean de Rada qui vint plus tard, n'a laissé quelque écrit sortant de la médiocrité.
« Ces docteurs, écrivait à Paul V le cardinal Dominique Pinelli, l'un de ceux qui furent appelés dans la suite à juger les travaux de la connmission, ces docteurs, si je m'en rapporte à mes faibles lumières, ne m'ont pas tous paru, au cours de leurs discussions, être des théologiens assez remarquables et assez éminents pour que leur avis tranche une aussi redoutable controverse (2). »
Et ailleurs, le même cardinal précisait sa pensée, en disant : « que trois ou quatre de ces consultems étaient des hommes de valeur, mais que les autres — ils étaient alors au moins douze — ne méritaient pas qu'on s'en rapportât à leur jugement (3) », et il engageait à chercher ailleurs, dans les universités et parmi les savants d'Allemagne, d'Espagne, de France, des
(1) Bibl. du Vatican, Fonds Barberini, lat. 9Ga. Le MS. contient les actes dei; premiers travaux de la commission, dont il va ctie parlé, du 2 janv. au \'6 mais.
(2) Pinelli à Paul V. — Arch. du Vatican, Rorghèse, I. 370. A. fol. 33.
(3) Autographe de Paul V. — Arch. du Vatican, Borghese, I. 370. A. loi. 94.
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conseils plus autorisés. Pinelli, cependant, n'était point favorable à ]Molina. Cette insuffisance aurait dû, et, jusqu'à un certain point, aurait pu être compensée par beaucoup de prudence et d'équité : elle l'ut* aggravée par beaucoup de précipitation et de partipris.
Le 2 janvier 1598, la commission fut convoquée pour la première fois par le cardinal Madruccio assisté du cardinal Arigone. Dans une courte allocution, Madruccio dit aux commissaires que Clément VIII leur ordonnait de lire, avec la plus grande attention, l'ouvrage du jésuite Molina, ayant pour titre Concordia, etc., d'en examiner avec soin la doctrine sans aucun esprit de parti, mais dans le seul désir de chercher la A érité, et de se disposer ainsi à signaler, dans la prochaine réunion, tout ce qui leur aurait paru mériter quelque censure. « Ils répondirent qu'ils allaient mettre tout leur zèle à l'exécution de cet ordre. »
Si le zèle doit toujours se mesurer à l'empressement et k la hâte, il est sûr qu'ils tinrent parole. Ils se réunirent de nouveau, trois semaines après, pour commencer leurs travaux, et déjà ils avaient lu le long et difficile ouvrage de Molina, ils l'avaient étudié, ils le possédaient ; du moins on doit le supposer, puisqu'ils en ramenèrent aussitôt le contenu, si vaste et si complexe, à ces quatre chefs, concours naturel et surnaturel, don de persévérance finale, science moyenne, prédestination, et qu'ils déclarèrent que ce résumé, reproduisant fidèlement la doctrine de l'auteur, servirait de base à leurs discussions. Ces discussions se poursuivirent, le vendredi de chaque semaine, jusqu'au i3 mars, onzième et dernière séance, où tout fut terminé.
Les docteurs avaient censuré soixante-et-une propositions de Molina, qui leur servirent de considérants pour formuler ce jugement définitif :
« Nous sommes d'avis que rinlérêt de la religion catholique exige que le livre, ayant pour titre Concordia, etc., et pour auteur Louis de Molina, soit absolument interdit, ainsi que sa doctrine. Notre avis est le même en ce qui concerne le commentaire du même écrivain sur la 1'"" partie de saint Thomas, tant qu'il n'aura pas été expurgé, par des hommes à ce délégués, des opinions nouvelles qu'ils jugeront contraires à la
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doctrine du saint docteur, des anciens théolog'iens et des Pères (1). »
Ces censeurs expéditifs avaient-ils lu, avaient-ils même vu de leurs yeux et ouvert de leurs mains cet énorme commentaire ? Quant aux propositions condamnées, Baslida écrivait plus tard à Paul V :
« N'est-ii pas vrai que, en trois mois ou g-uère plus, temps à peine suffisant pour lire le livre, ils ont tranché toutes ces questions, dont une seule dans la suite a retenu pendant plusieurs années le pape, les cardinaux et leurs théologiens, sans qu'ils aient pu encore arriver ù une conclusion {2). »
L'avis ainsi formulé n'était que consultatif ; mais il tendait à faire rendre, par le tribunal de l'inquisition, ou par le pape luimême, une sentence judiciaire, qui aurait frappé k mort le Concordia et avec lui la doctrine des jésuites sur la grâce. Clément VIII venait de partir pour Ferrare. On lui apporta la conclusion de la commission. Surpris qu'elle eût si tôt terminé, il voulut qu'elle révisât son travail et que chaque consulteur mît par écrit son jugement motivé. Cette révision, faite avec des dispositions qui n'avaient point changé et ne changèrent jamais, fut achevée, d'après Serry, le 22 novembre iSgS.
Alors le secrétaire, Nunez Coronel, fut chargé de rédiger le compte rendu des délibérations et la censure doctrinale.
A cette époque, deux hommes disparurent, dont l'influence s'était fait et se serait fait encore puissamment sentir dans ces controverses. Le cardinal Alexandrini était mort le 29 mars 1698, grande perte pour les dominicains, et le roi Philippe II, le t3 septembre suivant, grande perte aussi pour les jésuites, dont la modération et la patience leur avaient, en dernier lieu, rendu ce prince favorable.