‹ François Suarez, de la Compagnie de JésusChapitre 6 sur 38 · AVANT-PROP(3S VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROP(3S VII

Je fus ainsi amené à me demander de quelle manière il conviendrait d'honorer Suarez ; et il me sembla que, supérieur ou égal à tous, il méritait que rien ne lui fût refusé de ce qui a été accordé à d'autres ; que l'homme et l'œuvre appelaient ces quatre sortes de travaux et de j)ublication :

D'abord, une vie complète du grand théologien jésuite ;

Ensuite, la recherche, et, s'il y avait heu, l'impression de ses écrits inédits ;

En troisième lieu, une étude d'ensemble sur ses doctrines, soit philosophiques soit théologiques, et sur l'influence qu'elles ont exercée ;

Enfin, une édition critique, et, autant que possible, définitive, de toutes ses œuvres.

Cette édition, pour en parler tout d'abord, il est à souhaiter qu'un érudit l'entreprenne et la mène à bonne fin. Celle de la Ubrairie Vives, la plus récente (1856-1861), la plus répandue et peut-être la meilleure, à coup sûr la plus commode, ne saurait, malgré ses avantages, ôter l'espoir de faire mieux : d'ailleurs elle doit être épuisée. II faudrait reviser le texte, en s'aidant soit des éditions antérieures, surtout des premières, soit des manuscrits qui se rencontrent ici et là dans les bibliothèques. Il y aurait lieu aussi d'adopter un ordre plus logique, d'apporter quelques améliorations typographiques, de vérifier les citations et les références, de mettre des notes, soit pour indiquer les variantes utiles, soit pour aider à l'intelligence de l'auteur par des renvois aux passages similaires et par des données historiques. Tout cela, très longue et très laborieuse tâche, où il ne m'a jamais été possible de songer, même un instant, à m'engager.

L'examen critique des doctrines de Suarez, leur comparaison avec celles qui avaient précédé et celles qui suivirent, la détermination de la place qu'elles occupent dans l'histoire de la pensée chrétienne, fourniraient assurément la matière d'un ouvrage non moins intéressant que puissamment instructif. Il y aurait là comme une revue de la philosophie et de la théologie catholiques, faite sous la conduite d'un génie qui les embrassa dans toute leur étendue, à l'époque où ces sciences, épurées par les longues luttes des anciennes écoles, excitées aussi par les défis que leur jetaient les hérésies du xvi" siècle, éclairées d'ailleurs par les travaux du concile de Trente, recueillaient l'héritage doctrinal du moyen-âge et commençaient à l'exploiter par des méthodes adaptées aux besoins des temps nouveaux. De cette étude, des ébauches et des fragments se rencontrent dans les histoires soit générales de ces sciences, soit particulières des dogmes et des systèmes. Mais, dans son ensemble et avec ses proportions normales, elle n'a été abordée, à ma connaissance, que par l'allemand Karl 'Werner, professeur au séminaire épiscopal de Saint-Hippolyte, à

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