VIU AVANT-PROPOS
Ratisbonne, qui a publié en ISbl deux volumes intitulés : François Suarez et la Scolastique des derniers siècles (1). Cet écrivain rend pleine justice au grand théologien espag-nol. « Suarez, dit-il dans sa préface, est du nombre de ces auteurs classiques, auxquels on revient toutes les fois qu'il s'ag-it de pénétrer plus avant dans l'esprit et dans rintelligence de la science du dog^me catholique. En outre, la g-randeur franchement simple et le mérite plein de modestie d'un homme, dont la vocation et la conduite furent ég-alement saintes, a quelque chose de si édifiant, que si l'on veut connaître un vrai Ihéolog-ien, un théologien de bon aloi, on se sent forcé de le chercher en Suarez de préférence à beaucoup d'autres. »
L'ouvrag-e de Werner est sérieux et il défend les saines doctrines; mais, ainsi que le titre même l'indique, séparé des précédents écrits de l'auteur, il amoindrit le sujet, en partant de Suarez, au Heu d'arriver à lui à travers les siècles antérieurs, pour en repartir et aboutir à nous. II ne montre qu'un versant de la montag-ne, sans nous avoir découvert le premier. Pour les temps modernes même, on peut reg-retter qu'une part plus large n'ait pas été donnée aux auteurs étrang-ers à la scolastique. Pour cette raison, et pour d'autres encore qui tiennent à la manière même dont l'œuvre est exécutée, il est à souhaiter qu'elle soit reprise et refaite. .J'espère qu'elle attirera quelque écrivain capable de la traiter avecl'ampleur et l'érudition qu'elle demande ; ou plutôt je crois savoir que déjà elle l'a fait.
Pour moi, j'ai compris dès le début que ma part serait assez large si je me réservais la Vie et les Écrits inédits — j'ai même vu plus fard qu'elle Tétait encore trop. — D'ailleurs c'était par là qu'il était logique de commencer. Comment songer, en effet, à une édition définitive, sans avoir en mains tout ce que l'auteur a laissé ? Comment pénétrer à fond dans l'intelligence et l'explication de ses doctrines, sans connaître les circonstances et le milieu où elles furent élaborées ?
Pendant longtemps, il ne me fut possible, dans des situations qui raimposaient de tout autres devoirs, que de recueillir, à l'occasion, des documents, qui allaient, les uns après les autres, dormir dans mes cartons. Je les en retirai un instant, en 1895, pour faire l'inventaire de mes premières trouvailles d'inédit, et j'en exposai le résultat dans les Etudes (15 janvier 1895) sous ce titre : Les écrits inédits de Suarez. Ma collection comptait 75 pièces, dont 55 lettres, 20 opuscules ou consultations doctrinales. Elle me valut de précieux encouragements à poursuivre l'œuvre commencée.
.\insi le T. R. P. Louis Martin, alors général de la Compagnie,
(1) Franz Suarez uni die Scholastjk der letzten Jahrhunderte, von Dr. Karl Werner, professor ira biBchôflichen Seminar tu St. Polten. — Regensburg, Druck und Verlag von Gftorj Joseph Manz, 1861.