AVANT-PROPOS IX
m'écrivait : « J'ai lu avec un très grand plaisir votre article sur les œuvres inédites de Suarez. Oui, les écrits d'un tel homme méritent d'être recueillis avec soin. Je vous félicite donc d'avoir entrepris avec succès cette recherche, et je désire vivement que vous puissiez la mener à bonne fin. » (20 février 1895).
Mais alors plus que jamais les loisirs me firent défaut. Néanmoins les recherches, continuées avec l'aide de mon confrère, le Père Ernest Rivière, dont le concours m'avait déjà été précieux, augmentèrent rapidement notre fonds, au point de porter bientôt au double, et plus encore, la liste de ce qu'il renfermait. Dans ces derniers temps, elle s'est encore allongée grâce aux patientes et sagaces investigations du même collaborateur, qui, de plus, a bien voulu se charger de reviser tous ces textes, de les annoter, de préparer enfin, avec sa toute spéciale compétence, l'édition des Opéra médita Francisci Suarez. H y a lieu d'espérer que cette collection, malgré son étendue et l'énorme travail qu'elle demande pour être mise au point, sera bientôt en état d'être offerte à un éditeur. Elle apporterait un heureux couronnement aux œuvres déjà imprimées de l'illustre théologien, en complétant des points de doctrine, en éclairant certaines controverses, en donnant ces renseignements historiques qui font connaître avec plus de précision un homme et sa pensée.
Quant à la Vie de Suarez, je la donne, aujourd'hui enfin, après plusieurs années d'un travail que bien des obstacles ont ralenti. C'est la première qui parait en notre langue — je ne parle pas des courtes notices ou des articles de dictionnaires. — Au reste, même en langue étrangère, il en existe fort peu, ou plutôt il n'en existe que deux, Tune et l'autre en espagnol et fort anciennes, celle de Descamps et celle de Sartolo. Le reste ne dépasse pas les proportions et le genre des simples biographies, et ne fait guère que résumer celles-là.
Dans ces derniers temps, comme moi et avant moi, d'autres avaient regretté que nul livre ne fît connaître au public français la personne et les actes d'un auteur, dont le nom se trouve mêlé à tous les travaux sérieux de philosophie et de théologie. Plusieurs initiatives même furent prises pour combler cette lacune. Ainsi, un peu après le milieu du siècle dernier, le P. Gaydou, jésuite de la province de Toulouse, commença à prendre des renseignements sur les sources où il devait puiser en vue de ce travail : mais il mourut bientôt, sans avoir rien fait ni rien amassé. Vers la même époque, le P. Ramière voulut faire publier une traduction de la \'ie éciite, anciennement et à la manière ancienne, par Descamps; mais ce projet, confié à un tle ses jeunes confrères, n'aboutit qu'à un informe brouillon, et ce n'est pas à regretter. Plus récemment, à Lyon, le P. Eugène Seguin composa une Vie qui aurait rempli un volume de moyenne grossevn-. Il
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mourut au moment où il songeait à la faire imprimer. Au reste, ce travail n'avait été fait que sur les Vies déjà existantes, avec peu de critique, et sans aucune contribution personnelle.
Dans le présent ouvrage, je me suis servi sans doute des anciennes Vies, mais en complétant, dans de très larges proportions, tout ce qu'elles disent de vrai, en corrigeant plus d'une fois ce qu'elles disent d'inexact, en ajoutant bien des faits intéressants qu'elles passent sous silence : le tout à l'aide d'autres ouvrages et surtout d'apports inédits. Proscrits en qualité de religieux, le P. Rivière et moi, de la France livrée aux sectes impies, nous avons eu ainsi l'occasion d'entreprendre et de poursuivre dans les pays étrangers de longues recherches qui n'ont point été stériles. Des archives centrales et locales de la Compagnie de Jésus, des archives et des grandes bibliothèques de Rome, surtout du Vatican et deTAngclica, de celles de Madrid, de Simancas, d'Évora, de Paris, de Londres, de Bruxelles, pour ne nommer que les principales, de tous les lieux où Suarez a vécu, Grenade, Salamanque, Ségovie, Valladolid, collège romain, Alcala, Goimbre, Évora, Lisbonne, nous avons rapporté de très nombreux documents dont le classement suivant peut donner une idée générale :
Quatre-vingts lettres écrites par Suarez et une quarantaine écrites à Suarez.
Ses autres écrits inédits au nombre de cent, environ.
Plusieurs centaines de lettres ou extraits de lettres, la plupart émanant de ses supérieurs ou de ses confrères, et se rapportant toutes, de plus ou de moins près, aux incidents de son existence (i).
Beaucoup d'autres documents de sources officielles ou privées, notamment de sources diplomatiques, propres, eux aussi, à élucider les faits, ou à leur donner de nouveaux développements.
Enfin, plusieurs ouvrages restés inédits m'ont aussi fourni de précieuses informations (2).
(1) Lea lettres le plus fréquemment citées sont celles des généraux de la Cumpagn-o de Jésus. Sauf de très rares exceptions, elles ont été prises aux archives centrales rie l'ordre. Si parfois la source n'en est donnée que par une référence incomplète, le pays du destinataire et la date indiqueront assez à quel endroit elles doivent être clierchàes, dans les registres Epistolse Gcneralium, qui conservent le double de toutes les lettres expédiées par les généraux.
(2) Celui qui mérite le plus d'être signalé est l'ouvrage manuscrit du P. Pierre Poussines (1009-1686). Ce jésuite, né à Laure, au diocèse actuel de Garcassonne, fut appelé à Rome par le P. Goswin Nickel, général de la Compagnie de Jésus, et y remplit dirers emplois pendant près de trente ans. C'est là qu'il composa son Uistoriu Controversiarum qux inter quosiJam e sacro PrxdJcatorum ordino at Svcietatew Jesu iigilateB sunt ab anno iC>48 ad i612. Le général soumit ce travail au jugement de ses réviseurs qui l'approuvèrent; mais comme alors les décrets du Saint-Office interdisaient la publication de tout écrit sur les questions De Auxiliis, il permit seulement d'en faire des copies, pour les répandre dans les provinces de l'ordre. De là vinrent, après la suppression de la Compagnie par Clément XIV, les exemplaires manuscrits qui se rencontrent dans les biblio-