‹ François Suarez, de la Compagnie de JésusChapitre 9 sur 38 · AVANT-PROPOS XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XI

Je ne me suis pas seulement servi des documents, je les ai souvent et beaucoup cités, peut-être trop. C'est le péché ordinaire des auteurs qui ont beaucoup cherché. Péché très grave au jug-ement de plusieurs et qu'ils ne pardonnent g-uère. Ils veulent que les matériaux soient fondus dans le récit au point d'y disparaître, tout en l'alimentant et le fortifiant, sans qu'une phrase d'emprunt vienne trancher sur le style et la manière personnelle de l'écrivain. Il y a peut-être, dans cette méthode de rédaction, plus dart et plus de rapidité; mais y a-t-il aussi, quand elle est trop exclusive, autant de variété, autant d'intérêt, autant de manifeste objectivité, comme on dit aujourd'hui? Provoque-t-elle au même deg-ré la confiance du lecteur ? Est-elle toujours la meilleure, notamment quand il s'ag-it, non pas d'exposer, sans trop s'attarder, des événements historiques, mais de faire connaître, dans toute leur vérité et leur complexité, le caractère et l'existence d'un homme illustre?

Je parle de vérité. C'est qu'en effet j'ai abordé ce travail avec la ferme résolution d'écrire une histoire vraie, de la faire vraie, lors même qu'elle ne pourrait l'être qu'au détriment de mon héros. Ce cas, d'ailleurs, ne s'est jamais présenté, du moins en matière quelque peu sérieuse. Mais enfin je n'ai reculé ni devant des détails de vie, des traits de physionomie, des apparences même d'imperfection, ni devant des critiques, des plaintes, des oppositions, qu'aurait consciencieusement écartés ou g-azés la plume des anciens biog-raphes. Ils n'écrivaient guère qu'avec le seul désir de l>rovoquer l'admiration et d'édifier. C'était le temps des panégyriques intempérants, soit de saints en qui la grâce ne laissait rien paraître de l'homme, soit de héros taillés tout entiers sur une invraisemblable mesure. Aujourd'hui on veut trouver autour des auréoles les ombres qui les font ressortir, à côté de l'idéal les réalités humaines qui l'accréditent, et, dans la g-randeur même, certaines petitesses inévitables qui, sans la rabaisser, la rapprochent de nous. On n'exige pas seulement de l'écrivain qu'il ne dise rien que de vrai, mais qu'il dise aussi tout ce qui est vrai, dès que la connaissance des hommes et des faits peut y gagner quelque chose. L'histoire n'est-elle pas une enquête, une instruction, ouverte pourporter, sur le passé et sur les morts, un jugement éclairé ? Et comment sera-t-il éclairé, si on n'enregistre que les dépositions à décharge? D'ailleurs, les hommes, dont la vie mérite vraiment d'être écrite, n'ont rien à craindre de la vérité.

J'ai donc mis dans cette Vie tout ce que j'ai trouvé sur celui qui en est

thèques de plusieurs villes (par ex. : Rome, Paris, Lyon, Bruxelles, Liège, Madrid, Salamanque, etc.). L'auteur étant mort à Toulouse, son autographe y resta et il s'y trouve «ncore dans une bibliothèque privée (gr. in-4' de 1.25C p.iges). C'est de lui que je me .suis servi. {V. Sommervogel, Bibl. des ôcrivaias de la Compagnie de Jésus — Guilliermy, Ménologc de la Compagnie de Jcsus, France, 2 février 1686).

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